Salomon : reconstruire sa vie après la guerre

Publié le 31 janvier 2007 | Modifié le 31 mars 2016

Salomon a 17 ans. Cela fait 7 mois qu’il vit au centre de transit et d’orientation (CTO) de CAJED à Goma, dans l’Est de la République démocratique du Congo, une ONG soutenue par l’Unicef. Cette organisation s’occupe de la prise en charge transitoire et de l’accompagnement psychosocial des enfants sortis des forces et groupes armés (ESFGA). Elle propose également des activités de réinsertion socioprofessionnelle et économique aux ESFGA et autres enfants vulnérables dans la communauté.

Salomon sait qu’il a de la chance d’être ici, mais ce qu’il aimerait plus que tout c’est être avec ses parents. Il ne les a pas vus depuis deux ans et espère les retrouver à la fin de sa formation. Seulement l’insécurité règne dans la région où ses parents vivent. Il doit donc attendre dans le centre jusqu’à ce que le calme soit complètement revenu.

Au centre, Salomon s’occupe du jardin potager. Ce matin, il prépare les insecticides pour traiter les plants de tomates. C’est un travail minutieux, il doit préparer tous les produits, les mélanger, et ensuite vaporiser le mélange sur toutes les plantations.

« J’aime bien la culture maraîchère. Quand je rentrerai chez moi, je ferai la même chose dans le jardin de mes parents. Mais je veux aussi apprendre la couture ».

De retour dans son village, il compte s’inscrire dans le centre de formation CAJED qui propose des activités de couture. « Je voudrais pouvoir en vivre, fabriquer et vendre des vêtements pour les gens du village, faire des retouches ».

Salomon a retrouvé ici le calme et un environnement protecteur depuis quelques mois. Avant cela, il faisait partie de la 83e brigade (dont des éléments sont réputés proches du général congolais renégat Laurent Nkunda). Il y est resté pendant un an et demi, après avoir passé plusieurs années dans les groupes armés de la région.

Salomon dit s’être enrôlé volontairement, à 13 ans. Il dit que personne ne l’a forcé. Evidemment, cet engagement est beaucoup moins volontaire qu’il n’y paraît. Sa famille était très pauvre, il a entendu dire que les soldats étaient bien traités, qu’ils gagnaient beaucoup d’argent… Il s’est dit que c’était peut-être une solution, qu’il serait fier de défendre les siens. Mais la réalité fut bien différente. Il a été recruté pour devenir escorte, c’est à dire garde. Il devait accompagner le commandant de la brigade dans ses déplacements, devait garder sa maison… Il n’était pas heureux : « J’ai été frappé, j’étais mal traité. Ce n’est pas une vie pour un enfant. J’ai dû faire des choses cruelles : voler, préparer des embuscades… Je ne veux plus jamais y retourner ».

"Je ne veux pas être repris par les militaires"

Quand il a quitté la brigade, Salomon a voulu reprendre un bon départ, essayer de réussir quelque chose et surtout, retrouver les siens : « Mes parents me manquent, je leur ai écrit une lettre, mais je n’ai pas encore de réponse. Je dois attendre avant de retourner là-bas. Pour l’instant j’ai peur de rentrer, je ne veux pas être repris par les militaires ».

« Ici j’ai des amis, de vrais amis, à qui je peux me confier, qui me comprennent. J’espère que je continuerai à les voir, après. Pour l’instant je veux apprendre un métier, être indépendant et pouvoir aider mes parents ».

Pour Salomon, le retour à la maison est pour bientôt, mais la réunification avec la famille, étape très importante reste conditionnée au contexte sécuritaire de la région. Si un risque même minime existe, Salomon restera au centre pour éviter d’être ré-enrôlé dans les groupes armés.

De 2004 à décembre 2006, ce sont 1 260 enfants (dont 30 filles) qui ont été admis au CTO et ont bénéficié d’un accueil approprié et d’un programme individualisé de prise en charge. Ils ont participé à des activités socioéducatives structurantes. La recherche, la médiation et la réunification familiale ont été effectuées avec succès pour 1 184 enfants (soit 93,9%).

Mi-janvier 2007, 76 enfants étaient présents au CTO et attendaient de retrouver leur famille.

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