« Sans l’UNICEF, sans les donateurs, les centres de santé s’arrêteraient aussitôt »

Publié le 21 juillet 2014 | Modifié le 31 mars 2016

De retour d’une visite de terrain en Centrafrique, Sébastien Lyon, directeur général de l’UNICEF France, nous fait partager son témoignage. Il a pu constater le travail des équipes de l’UNICEF, rencontrer les enfants et leurs familles et mesurer l’ampleur des conséquences catastrophiques de la crise sur les civils. Les enfants centrafricains ont encore besoin de nous, c’est une question de survie.

Pour quelles raisons avez-vous effectué cette visite de terrain ?
La République centrafricaine est l’une des urgences du plus haut niveau pour les équipes de l’UNICEF, avec une situation humanitaire et sécuritaire extrêmement critique. Et l’UNICEF France finance fortement les programmes de l’UNICEF dans le pays grâce à ses donateurs.
Donc ma visite avait un double objectif : voir comment les fonds des donateurs sont actuellement utilisés, et faire le constat des besoins avec les équipes sur place. J’ai pu ainsi discuter avec les professionnels de l’UNICEF sur leurs difficultés rencontrées au quotidien. Cela va nous permettre de continuer à sensibiliser nos donateurs pour nous soutenir car la crise n’est pas du tout résolue.
 
Quel a été le programme de votre visite ?
L’objectif était d’avoir un panorama le plus large de l’intervention de l’UNICEF en Centrafrique dans un temps restreint. Je devais rencontrer un maximum d’acteurs dans des lieux représentatifs de la crise.
Je suis resté un jour dans la capitale à Bangui pour constater les besoins des populations puis je me suis rendu dans d’autres localités. Dans la capitale, il y a encore énormément de déplacés, les camps accueillent environ 100 000 personnes. J’ai donc visité le site de déplacés de Saint-Sauveur. Sur place, les équipes soutiennent des programmes de prise en charge de la malnutrition des enfants et d’accès à l’eau potable et d’assainissement, essentiels dans de tels lieux précaires. Autres volets importants, l’éducation via les espaces temporaires d’apprentissage, et la protection. Les enfants peuvent bénéficier d’un soutien psychosocial dans les « espaces amis des enfants ». C’est émouvant de voir que dans ces lieux préservés, les enfants arrivent malgré tout à garder leur joie de vivre, à jouer, s’amuser et dessiner. C’est surprenant à voir dans un cadre aussi difficile, là où les gens manquent de tout. C’est une belle leçon que nous donnent les enfants centrafricains.
 
Quelle est la situation dans le site de déplacés à l’aéroport de Bangui ?
C’est terrible car la première sensation qu’on a, c’est d’être en enfer. On a l’impression de voir des spectres.
L’aéroport n’est pas un terrain prévu pour les accueillir, et pourtant les gens s’y sont installés car il est protégé par les militaires et considéré comme le lieu le plus sûr…
Imaginez un peu : l’endroit le plus sûr est situé à quelques mètres de la piste d’atterrissage !
Malgré la promiscuité, le désœuvrement et la boue, la vie reprend ses droits dans ce lieu incroyable. Je me souviens par exemple d’avoir vu une « tente télévision » où pour 100 francs CFA, les gens pouvaient assister à la demi-finale de la Coupe du monde de football. C’est un exemple parmi d’autres de cette volonté qu’ont les Centrafricains de continuer à vivre.
 
Que vous ont raconté les familles rencontrées ?
Les témoignages des personnes que j’ai rencontrées sont terribles, relatant les violences et les massacres dont ils ont été victimes.
Un jeune homme de 20 ans qui vit avec ses 5 petits frères et sœurs m’a par exemple raconté qu’un jour, suite à une attaque meurtrière dans son quartier de Bangui, ils se sont réfugiés en République démocratique du Congo qui se trouve en face de Bangui, de l’autre côté du fleuve. Une fois sur place, ils ont été très mal accueillis, contraints de faire demi-tour pour se mettre à l’abri, finalement dans un site de déplacés à Bangui. Tout cela dans l’unique but de sauver leur vie.
 


 

Dans un centre de traitement de la malnutrition à Yaloke (à plus de 3 heures de route de Bangui), j’ai rencontré une femme et  sa nièce d’un an qui pesait 4 kilos. Elles vivaient ensemble toutes les deux depuis que la mère de la petite fille a été tuée dans une attaque et que son père a été enrôlé de force dans une milice. L’enfant (ci-dessus en photo) a été traitée pendant 15 jours dans une unité de soins, avec des produits nutritionnels thérapeutiques. Elle a repris progressivement des forces et a retrouvé le sourire.
 
Après votre visite, quel message voulez-vous transmettre à nos internautes et donateurs ?
La situation en RCA reste extrêmement grave et nous ne devons pas abandonner les Centrafricains. L’UNICEF et les autres acteurs humanitaires font un travail vital pour les enfants et leurs familles qui subissent de plein fouet les conséquences des violences et des déplacements !
Ce que nous faisons pour le moment, c’est très bien mais encore insuffisant au regard de l’ampleur des besoins. Il reste beaucoup à faire pour atteindre les enfants, y compris dans les lieux les plus reculés du pays. C’est un vrai challenge, mais on manque de moyens, et le  travail n’est pas fini.
 
J’ai vu de mes propres yeux des centres de santé qui ne pouvaient fonctionner que grâce à l’action de l’UNICEF et de ses partenaires. Sans les équipes sur place, sans les donateurs, ces centres s’arrêteraient aussitôt. C’est grâce aux donateurs qu’on peut intervenir dans ces situations d’urgence et apporter un précieux soutien aux enfants centrafricains.
 
Pour en savoir plus :
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