Severrine Leonardini : Nous mettons l'accent sur la prévention des groupes à risque

Publié le 23 février 2006 | Modifié le 31 mars 2016

Interview de Séverine Leonardi, responsable du programme UNICEF de lutte contre le sida, dans le nord du Soudan.

Quelles sont les caractéristiques de l’épidémie de sida au Soudan ?
Le seules données disponibles en ce moment datent de 2002. Elles émanent du gouvernement. Les conditions de collecte de sang, les délais imposés pour que les échantillons soient analysés dans la capitale, incitent à penser que ces chiffres sont très en-dessous de la réalité. Et pourtant d’après eux, le taux de prévalence est déjà de 1,6%. L’OMS considère qu’au-delà d’1 point, on a affaire à une épidémie généralisée. Le sida au Soudan n’est donc pas cantonné à certaines catégories de populations (travailleuses du sexe, camionneurs…) On pense que 600 000 personnes vivent avec le sida dans le pays et que la moitié d’entre elles a moins de 25 ans.

Quelles sont les principales actions menées sur place par l’UNICEF ?
Les Nations unies essaient bien sûr de permettre au plus grand nombre de malades d’accéder aux traitements, alors que, dans le monde, 80% des besoins concernent les pays du Sud et que 80% des traitements sont dans les pays développés. L’ambition du 3X5 initié par l’OMS et l’Onusida était de parvenir à 3 millions de malades sous traitement d’ici 2005, mais nous n’en sommes qu’à 1 à 1,5 actuellement. C’est en dessous des objectifs, mais c’est un immense progrès par rapport au début des années 2000. Il y a aussi beaucoup de travail accompli sur la transmission de la mère à l’enfant. Au sud du Soudan, par exemple, une collaboration étroite s’est instaurée entre des cliniques pour femmes enceintes et des centres de dépistage : au nord du pays, nous pensons être opérationnels sur cette collaboration à partir de cette année. Mais depuis deux ans, l’UNICEF met surtout l’accent sur la prévention auprès des groupes à risque. Une enquête conduite par l’UNICEF dans 6 Etats du nord du Soudan indique que 75% de la population masculine a une sexualité active, mais que seulement 1,6% utilise des préservatifs. Moins de 20% de ces hommes identifient le préservatif comme un moyen de protection alors que 25% d’entre eux croient que l’on peut être contaminé en partageant un repas et 35% qu’une piqûre de moustique peut transmettre le virus. L’UNICEF a donc mis en place un système d’« éducation par les pairs » : formés par l’UNICEF, des jeunes apportent l’information dans les écoles ou en dehors auprès de leurs propres concitoyens.

Quelles sont les conséquences de la situation politique du pays sur votre action ?
Au Darfour, le conflit et l’immense précarité dans lequel il plonge les 4 millions d’habitants de la province incite à choisir d’autres priorités que la lutte contre le sida. En revanche, la signature d’accords de paix entre le nord et le sud du Soudan depuis un an a amélioré nos activités ailleurs. Avec plusieurs partenaires (HCR, office des migrations internationales…), l’UNICEF se prépare à présent au retour des réfugiés. L’Ouganda et le Kenya, d’où va venir l’essentiel d’entre eux, ont des taux de prévalence plus élevés que le Soudan, mais nous ne voulons pas stigmatiser ces réfugiés. Auprès des populations, il s’agit encore et toujours de faire de la prévention par de l’information.

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