« Si une fille se marie jeune, c’est dangereux »

Publié le 04 septembre 2019

Face aux attaques et aux menaces contre l’éducation, l’UNICEF et ses partenaires se battent pour l’accès à l’école des filles, en particulier en Afrique de l’Ouest et Centrale. Fanta, 14 ans, est réfugiée au Cameroun après avoir été témoin du massacre de sa famille. Aujourd’hui, grâce au soutien d’UNICEF, elle peut poursuivre sa scolarité et imaginer son avenir.

« L’éducation est importante. Si une fille se marie jeune, c’est dangereux. Si son mari ne s’occupe pas d’elle, mais qu’elle a reçu une éducation, elle peut prendre soin d’elle-même. » – Fanta, 14 ans.

Fanta vit dans une tente de fortune dans une zone d’installation à Zamaï, un village de la région de l’Extrême-Nord du Cameroun, avec 1 500 autres personnes déplacées – dont environ 900 enfants. Vêtue d’une délicate robe brodée confectionnée par sa mère, elle fait la révérence alors qu’elle serre la main des visiteurs, prononçant des mots de bienvenue d’une voix à peine audible. Elle évite de les regarder dans les yeux, elle rit nerveusement et elle se couvre la bouche en parlant. 

Mais dès que Fanta commence à parler du jour, il y a un an, où les membres du groupe armé Boko Haram sont venus s’en prendre à sa famille – à la recherche de son père, qui était policier –, son attitude timide se transforme. Ses propos deviennent plus mesurés et sa voix, plus forte.

« Je vivais chaque jour dans l’angoisse », se rappelle-telle. « Ils se présentaient trois, quatre fois par jour pour venir chercher mon père. » À l’époque, sa famille était composée de ses parents, ses trois frères et sa sœur. Aujourd’hui, il ne reste plus que sa mère et ses deux frères cadets.

« Ils ont tué mon père et l’aîné de mes frères », relate Fanta. « Ils ont emmené ma sœur. Je ne l’ai pas revue depuis. » 
Les fréquents enlèvements de filles comme la sœur de Fanta ciblent souvent celles qui sont à l’école, car Boko Haram et d’autres groupes armés s’opposent idéologiquement à l’éducation des filles. Les filles enlevées sont souvent contraintes à un mariage précoce. 
En outre, la peur de la violence et le besoin de protection dans les situations de crise humanitaire peuvent forcer les familles à marier leurs filles alors qu’elles sont encore des enfants pour leur assurer une plus grande sécurité

Les répercussions des mariages d'enfants

Les mariages d’enfants constituent un obstacle majeur au développement durable et ils ont des effets dévastateurs sur les filles, leur famille et leur communauté. Quatre filles sur dix se marient avant l’âge de 18 ans en Afrique de l’Ouest et centrale. Elles cessent souvent de fréquenter l’école pour se marier et des grossesses précoces peuvent avoir des séquelles irréversibles sur leur santé

Le mariage ne fait pas partie des projets d’avenir de Fanta – du moins, pas pour l’instant. « Avant, je voulais devenir infirmière, mais maintenant, j’espère devenir couturière », confie-t-elle. « Si je gagne de l’argent, je vais pouvoir aider ma famille. » 

Plus longtemps une fille reste à l’école, moins elle risque d’être mariée ou d’avoir des enfants avant l’âge de 18 ans. Les filles qui poursuivent leurs études sont également moins susceptibles, ultérieurement, de donner naissance à des enfants souffrant de malnutrition ou mourant en bas âge. Au Burkina Faso, par exemple, les enfants nés de mères instruites risquent quatre fois moins de souffrir de graves retards de croissance que les enfants nés de mères non scolarisées. Au Burkina Faso et au Nigéria, les enfants nés de mères instruites ont quatre fois plus de chances de survivre au-delà de leur cinquième anniversaire. 

L’investissement dans l’éducation des filles demeurera d’une importance cruciale dans les pays d’Afrique de l’Ouest et centrale, surtout dans les situations d’urgence, lesquelles tendent à exacerber les problèmes existants comme le mariage d’enfants et la violence liée au genre. Qu’il s’agisse de reconstruire des écoles en les dotant d’installations sanitaires séparées pour les garçons et les filles, ou de diffuser des leçons scolaires à la radio dans les zones d’insécurité, tous les efforts doivent être axés sur le plus grand accès possible à l’éducation, en particulier pour les filles

« Nous sommes en sécurité, ici. Il y a des gardes. Mais la vie est dure », déplore Fanta, parlant de la zone d’installation où elle vit à Zamaï. Les jours de pluie, l’eau coule abondamment dans la tente à travers les déchirures du tissu. Néanmoins, Fanta continue d’aller à l’école tous les jours. « C’est mon bonheur », ajoute-t-elle. « J’aime apprendre à lire et à écrire. Avant, dans mon village, j’aimais aussi aller à l’école, mais les trois dernières années avant notre fuite, nous avions trop peur… ils nous auraient tuées s’ils nous y avaient trouvées. »

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