Six mois après l’ouragan Matthew : « Les enfants d’Haïti attendent beaucoup de nous »

Publié le 07 avril 2017 | Modifié le 31 mai 2017

Six mois après le passage dévastateur de l’ouragan Matthew en Haïti, notre collègue Abner Dorvil, officier d’urgences, raconte les événements qui ont traumatisé toute une île. Plus de 2 millions de personnes ont été affectées par la catastrophe dont 900 000 enfants. Abner a été le premier membre du bureau d’UNICEF Haïti à atteindre, non sans difficultés, l’un des départements les plus affectés, la Grand’ Anse, et à mettre en place les premières réponses pour aider les enfants et leur famille.
Retour sur la catastrophe d’octobre dernier et sur les 6 mois d’intervention humanitaire de l’UNICEF pour les enfants haïtiens.

« Je suis arrivé dans un département dévasté, il n’y avait plus d’arbres, plus de maisons. La population choquée était dans un grand état de détresse, raconte Abner Dorvil, officier d’urgences au bureau d’Haïti depuis 2013, en évoquant ses souvenirs du passage de l’ouragan Matthew. Ma seule motivation était de voir comment appuyer les autorités pour collecter les informations et les faire rapidement remonter au niveau central afin de pouvoir venir en aide le plus vite possible aux femmes et enfants haïtiens de la Grand’Anse. La ville de Jérémie était dévastée, tous ces arbres par terres, ces personnes blessées et désemparées qui souffraient, des tas d’immondices jonchaient une ville boueuse, traumatisée… Dans les premières heures qui ont suivi mon arrivée, j’ai pleuré. Je connaissais Jérémie avant Matthew, j’avais participé à la mission d’appui à la Direction de la Protection Civile en 2013-2014 pour pré-positionner le matériel en prévision de catastrophe. La situation était vraiment alarmante et choquante »

Lorsqu’Abner parvient au centre d’opération d’urgence départemental, il fait face à l’impuissance des autorités. « Ils voulaient faire quelque chose mais ils n’avaient pas les moyens nécessaires. La population attendait l’arrivée des premiers secours. Nous n’avions pas les moyens sur place nous avons travaillé nuit et jour auprès des autorités et auprès des partenaires de l’UNICEF pour voir comment apporter une réponse appropriée à cette catastrophe majeure. »
 


15 novembre 2016, Abner Dorvil dans la station de traitement d'eau financée par l’UNICEF installée à Jérémie © Maxence Bradley

« Je ne suis pas désespéré, parce que vous, l’UNICEF, vous êtes là ! »

Destruction totale des récoltes. Perte des réserves de nourriture et du bétail dans certaines zones parmi les plus gravement touchées. Infrastructures sanitaires et d’accès à l’eau détruites ou fortement endommagées, haut risque de propagation des maladies hydriques comme le choléra. Enfants à risque de souffrir de malnutrition aiguë, enfants sans abri qui occupent des refuges temporaires. Destructions d’hôpitaux et d’écoles. Routes bloquées, communications coupées.
Dans ce chaos, la priorité de l’UNICEF et des partenaires a été de répondre aux besoins les plus urgents des enfants dans les zones affectées par l’ouragan :

 

Luckencia Kado, 4 ans, prend de l’eau potable au Carrefour Bergamothe en banlieue de Port-au-Prince. ©UNICEF Haiti/HarletJ

Continuer à apporter l’aide de l’UNICEF aux enfants

« Dans les jours qui ont suivi la catastrophe, je me souviens avoir rencontré un petit garçon qui devait être âgé de six ans environ à l’école professionnelle de Jérémie qui servait d’abri provisoire. En dépit de la destruction qui nous entourait et de cette situation difficile, cet enfant croyait encore en l’avenir. Il est venu vers moi et m’a dit « je ne suis pas désespéré, je sais que parce que vous UNICEF, vous êtes là, vous êtes arrivé jusqu’à nous, je sais que nous allons être aidés, que le secours arrive. Je garde espoir. » »

Aujourd’hui, six mois après, le souvenir de cette rencontre reste vivace dans la mémoire d’Abner. Il garde aussi dans son cœur la ténacité, le courage et l’engagement qu’il a observé chez les partenaires, les autorités et les collègues du bureau, qui tous ensembles ont travaillé avec acharnement pour répondre au plus vite aux besoins des enfants et pour atteindre les zones les plus reculées.

« Nous, UNICEF Haïti sommes un bureau très engagé. J’ai été très ému de voir avec quelle motivation et quel engagement se sont investis les collègues internationaux et nationaux. Nous voulons avoir les moyens financiers nécessaires pour continuer d’apporter des réponses aux zones affectées (Nippes, Grand’Anse et Sud). Nous savons que la population et les enfants d’Haïti attendent beaucoup de nous. Toutes ces personnes méritent d’obtenir une réponse appropriée à l’ampleur des dégâts. Aujourd’hui,  je fais un plaidoyer pour que l’on trouve les moyens financiers nécessaires pour pouvoir continuer à apporter cette réponse et à mener des projets aux bénéfices des populations affectées », conclut Abner qui est récemment devenu Vice-Président de l’association du personnel d’UNICEF en Haïti.

Ce petit garçon qu’Abner a rencontré quelques jours après le passage de Matthew a eu raison de croire en l’avenir et de garder espoir. Les équipes de l’UNICEF étaient présentes dans l’urgence. Elles sont là pour assurer la transition vers le relèvement. Et elles continueront de répondre à toutes les urgences, nouvelles ou en cours, tout en cherchant à mettre en place des conditions favorables au redressement et au développement durables pour permettre à chaque enfant haïtien de réaliser de  son plein potentiel.

 
Abner Dorvil à la station de traitement d’eau de Jérémie installé par UNICEF et ses partenaires. © Maxence Bradley

Bilan de l’UNICEF en quelques chiffres :
  • 300 000 personnes ont eu accès à de l’eau potable et aux installations sanitaires
  • 20 000 enfants et leurs familles ont reçu un soutien psychosocial
  • 807 000 personnes vaccinées contre le choléra
  • 1900 enfants âgés de 5 à 14 ans ont reçu du matériel scolaire

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