Sri Lanka, après le Tsunami

Publié le 31 mai 2005 | Modifié le 29 décembre 2015

Sandra Bisin est chargée d'information à l'UNICEF France. Le premier avril dernier, elle est partie rejoindre l'équipe UNICEF à Colombo, au Sri Lanka. De Colombo, la capitale, à Galle dans le Sud, en passant par Trincomalee et Batticaloa au Nord, Sandra nous livre ses impressions.

Trois mois après la catastrophe, les côtes de l’Est et du Sud de l’île portent encore les stigmates des vagues géantes. Les habitants sont toujours hantés par le spectre du tsunami. Mais grâce à l’aide internationale, la vie se réorganise peu à peu. Vendredi 1er avril: arrivée à Colombo

A travers le hublot, la végétation s’étale à perte de vue. On trouve tous les tons de vert possibles et imaginables. Puis apparaissent les bâtiments de la ville, et les taches rouge vif des “flamboyants”, ces arbres centenaires extrêmement populaires dans les pays tropicaux. A la sortie de l’avion, je suis accueillie par le souffle chaud et humide de la mousson qui pointe à l’horizon. Cette année, elle en avance: nous ne sommes qu’au début du mois d’avril, et déjà, des trombes d’eau se déversent chaque jour sur Colombo. Dans le taxi qui me mène à l’hôtel, je vois défiler les échoppes multicolores, les étals chargés de fruits. A Colombo, le tsunami semble si loin. “ Les vagues géantes n’ont pas touché la capitale”, m’explique le chauffeur. “Mais dès qu’on va plus au Sud, vers la ville de Galle, c’est dur, les gens ont souffert.”

Le soir, je retrouve Nicole, la Canadienne, qui termine sa mission d’un mois à Colombo. Elle me donne les toutes dernières recommandations concernant mes missions pour l’UNICEF: dans 15 jours, je devrai me rendre dans le Nord, à Trincomalee et Batticaloa, où les populations ont été durement touchées, et qui sont régulièrement le théâtre des affrontements entre les Tigres de Libération de l’Eelam tamoul, la guérilla indépendantiste, et l’armée sri-lankaise. Puis j’irai dans le Sud de l’île, à Galle et Matara, deux zones particulièrement affectées, pour accompagner plusieurs partenaires de l’UNICEF. 

Nicole me donne les dernières informations concernant les actions de l’UNICEF au Sri Lanka: plus de 3 800 enfants ont perdu l’un de leur parents lors de la catastrophe, le nombre de familles mono-parentales devient préoccupant. Pour l’UNICEF il est extrêmement important de soutenir ces familles : l’agence leur a déjà fourni des “kits famille”, qui comportent des ustensiles de cuisine, ainsi que des articles d’hygiène corporelle: savons, brosses à dent... D’autre part l’UNICEF prévoit la construction de 60 centres sociaux, qui permettront, entre autres, de former plusieurs centaines d’agents au soutien psychologique des enfants sinistrés et de leur famille.

A Batticaloa, outre ses activités de restauration des systèmes d’adduction d’eau, l’UNICEF a commencé la mise en place de latrines tout spécialement dédiées aux enfants dans les camps de secours. A Galle, ou Nicole s’est rendue il y a trois semaines, le soutien psychologique à travers des activités sportives et artistiques a déjà porté ses fruits. Durant les premières semaines qui ont suivi le tsunami, les dessins des enfants évoquaient, encore et encore, les scènes de panique liées aux raz-de-marée. Aujourd’hui, le drame est passé, la vie reprend son cours, et les dessins évoquent désormais les scènes d’un quotidien presque normal.
 

19 avril 2005: Trincomalee post-tsunami

5h30 : la journée commence tôt. J’accompagne une équipe de l’UNICEF Slovaquie à Trincomalee, au nord-est de l’île. Le district éponyme est une zone sous contrôle du gouvernement, mais certaines poches sont toujours aux mains des Tigres de Libération de l’Eelam Tamoul (LTTE). Fondé en 1976, le LTTE revendique plus d’autonomie pour les territoires à population majoritairement tamoule, situés dans le Nord et l’est du Sri Lanka. A Trincomalee, 1078 personnes ont péri dans le tsunami, et l’on compte encore plus de 40 000 personnes déplacées. Le voyage Colombo-Trincomalee s’effectue en Avion Taxi, un petit avion de tourisme à six places : le vol dure une heure, alors qu’il nous aurait fallu plus de huit heures en voiture. On atterrit sur la base militaire.

Gabriela Elroy, responsable du bureau UNICEF à Trincomalee, nous y attend. Elle redoute de nouveaux affrontements entre factions rivales du LTTE, et décide de changer l’itinéraire de la visite. Ancien membre du LTTE, le colonel Karuna a quitté les Tigres en 2002. Depuis cette scission, des conflits ponctuels renforcent le climat d’insécurité dans la région. Le 4x4 de l’UNICEF est ralenti par les routes inégales et les barrages militaires. Autour de nous, de nombreuses habitations portent encore les stigmates de la vague géante. Malgré les gravats, et le spectre du tsunami, plusieurs familles ont choisi de se réinstaller dans leurs maisons défigurées.
Suite à la catastrophe, le gouvernement sri lankais a délimité une « buffer zone » : une zone tampon de 100 mètres de large entre la côte et les terres, sur laquelle il est strictement interdit de s’installer. Cette décision a suscité l’incompréhension des populations affectées. Notamment les pêcheurs, qui vivent traditionnellement en bord de mer. Cette mesure leur semble d’autant plus injuste que la reconstruction et la réouverture des complexes hôteliers sont autorisées dans cette zone. Pour le moment, des milliers de pêcheurs ont réinvesti illégalement les lieux. 
 

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