Syrie : « Il faut intensifier l’aide aux enfants ! »

Publié le 02 août 2012 | Modifié le 31 août 2015

Escalade dans les violences, perturbation des services et des moyens de subsistance, familles fuyant le pays pour se réfugier en Jordanie, au Liban, en Turquie ou en Irak… Les enfants au cœur du conflit syrien ont besoin de davantage d’aide, de toute urgence. Interview de Simon Ingram, Chef de la communication au bureau régional UNICEF Afrique du Nord et Moyen-Orient.

 

 

L’Unicef peut-il toujours intervenir en Syrie malgré les récents événements violents ?

 

Oui, notre travail s’est considérablement compliqué depuis que le conflit a atteint la capitale, (l’insécurité a atteint un tel seuil que le bureau UNICEF a dû être, pendant quelques jours, relocalisé dans un hôtel à cause des combats et des bombardements), mais pour l’instant nous pouvons encore intervenir. La propagation du conflit dans la capitale a très fortement impacté les civils : on observe des mouvements de population à grande échelle, des familles quittant leurs maisons avec seulement les vêtements qu’elles portent sur elles et quelques affaires dans les bras, courant se mettre à l’abri dans des endroits où elles espèrent être un peu plus en sécurité… Les gens se retrouvent par centaines dans des écoles et des mosquées, dans des conditions plus que précaires ! Heureusement, une très forte solidarité s’est mise en place au sein de la population, les gens viennent proposer spontanément de l’aide, et de son côté l’UNICEF a pu fournir rapidement, à travers son réseau d’ONG partenaires, un soutien à ces familles, mêmes les jours où les combats étaient les plus intenses. Mais les violences ne se restreignent pas à Damas, et nous sommes également très inquiets de la situation à Alep, au nord du pays, actuellement le point central du conflit…

 

Quelle prise en charge pour les familles réfugiées dans les pays frontaliers ?

 

On observait jusqu’à maintenant un afflux constant de réfugiés vers la Turquie, le Liban, l’Irak et la Jordanie, mais il était absorbé par les communautés locales, seul un nombre relativement restreint de familles restaient dans la zone frontalière. Récemment, les arrivées ont considérablement augmenté (on a vu jusqu’à 18 000 Syriens, en une seule journée, traverser la frontière pour se réfugier au Liban !), les gouvernements des pays d’accueil, avec qui nous travaillons étroitement, se sont donc impliqués pour répondre aux besoins de ces familles. En Jordanie par exemple, nous sommes en train (les autorités locales, le HCR et nous-mêmes) de créer un site de tentes pour 150 000 personnes, où l’UNICEF est responsable des activités « Eau et assainissement » : nous mettons en place des toilettes, des installations pour fournir de l’eau (pompes, conduites, réserves pouvant contenir jusqu’à 10 000 litres), nous distribuons des kits d’hygiène avec savon, etc. Nous intervenons également dans les secteurs de Protection et d’Education, notamment en installant des « espaces amis des enfants » où ils peuvent passer du temps en sécurité, jouer, étudier, et où l’on peut dépister les enfants les plus sévèrement affectés par ce qu’ils ont vécu en Syrie, afin qu’ils bénéficient de l’accompagnement dont ils ont besoin.

 

Quels sont les besoins de l’UNICEF pour continuer ses interventions ?

 

Les fonds manquent [voir encadré]. Les bailleurs et donateurs commencent à s’impliquer davantage, mais nous avons besoin d’une plus grande mobilisation pour passer à l’échelle supérieure, et intensifier l’aide apportée aux enfants. Pour l’instant, nous n’atteignons encore qu’une petite partie des familles dans le besoin... Avant les derniers événements, on évaluait à 1, 5 million le nombre de personnes ayant besoin d’aide à l’intérieur de la Syrie (sans compter les personnes déjà réfugiées dans les pays voisins) – ce nombre a, avec certitude, considérablement augmenté depuis, et ne fait qu’augmenter... Il faut nous préparer à devoir intervenir à une plus grande échelle dans les prochains jours.

 

Quel est le message que veut faire passer l’UNICEF ?

 

Que le monde est en droit d’exiger la protection de ces enfants : leurs vies et leurs droits doivent être  respectés ! Cette crise est un fait de l’Homme, elle n’est pas due à une catastrophe naturelle, la communauté internationale a un rôle à jouer ! Le moment est venu où les gens doivent interpeler leurs politiques, les personnalités influentes de leur pays, pour dénoncer ce qu’il se passe en Syrie. Ce n’est pas un conflit militaire « classique » qui a lieu entre deux armées, c’est un conflit au cœur duquel sont des civils, et notamment des enfants qui n’ont absolument aucune responsabilité. C’est bien sûr un message difficile à faire entendre au plus fort d’une guerre, mais c’est ce message que l’on ne doit pas perdre de vue et que l’on devrait porter encore davantage alors que le conflit s’intensifie…

 

La situation

(Les enfants/adolescents représentent environ 50% de la population)

Plus d’1,5 million de personnes ont besoin d’aide en Syrie.
Plus de 120 000 Syriens sont actuellement pris en charge en Jordanie, au Liban, en Turquie et en Irak, mais les réfugiés continuent d’affluer, toujours plus nombreux.
Situation d’insécurité grandissante.

L’action de l’UNICEF

Prise en charge des familles déplacées et réfugiées (avec notamment fourniture d’eau potable, kits pour bébés, nourriture pour enfant, couchages…), soutien psychosocial, création d’ « espaces amis des enfants », campagnes de vaccination, etc.
Au total depuis janvier 2012, plus de 115 000 personnes, dont 80 000 enfants, ont bénéficié de l’aide de l’Unicef et ses partenaires.

 

Besoin de votre soutien !

Plusieurs appels de fonds ont été lancés pour aider les enfants affectés :
- En Syrie : plus de 15 millions d’euros. Pourvu à seulement 26%
-En Jordanie, Turquie, Irak et Liban : 16 millions d’euros au total. Pourvu à seulement 54%.
Pour soutenir nos actions, vous pouvez faire un don, merci !
 

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