Syrie : les enfants réfugiés dans les pays voisins ont besoin d’aide

Publié le 28 août 2012 | Modifié le 19 septembre 2018

Avec le durcissement du conflit en Syrie, l’afflux de réfugiés dans les pays limitrophes explose. Parmi eux, une majorité d’enfants. Le point avec les bureaux de l’Unicef dans les quatre pays concernés.

Jordanie :

Dans le camp jordanien de Zaatari, proche de Deraa, une zone rebelle du sud de la Syrie, la chaleur étouffante et la poussière ne tarit pas la source continue de réfugiés qui s’y pressent. Le 27 août, ce sont ainsi 3600 réfugiés qui ont franchi la frontière, contre en moyenne 300 à 500 les semaines précédentes. Ils sont désormais 20 000 à Zaatari pour plus de 50 000 réfugiés enregistrés dans le pays. Parmi eux, une majorité d’enfants au destin parfois tragique. Mohammed, 14 ans, arrivé la semaine dernière avec une balle dans la jambe, a dû être amputé à l’hôpital militaire français. L’Unicef s’assurera de lui fournir une prothèse et de l’accompagner, lui et sa famille, dans sa nouvelle vie.

« On ne compte plus les enfants témoins de tortures, de violences ou de la mort d’un proche, déplore Dominique Isabelle Hyde, la représentante de l’Unicef en Jordanie. Beaucoup ont d’ailleurs traversé la frontière sans leurs parents, dont ils sont sans nouvelles ». À tous, l’Unicef veut apporter un soutien psycho-social, sanitaire et matériel. Mais l’argent manque. «Nos besoins pour les enfants augmentent tous les jours, confirme Dominique Isabelle Hyde. Il y a un besoin critique de ressources pour l’eau potable, les vaccins, de la nourriture pour bébé, mais aussi des chaussures et des vêtements, des verres, des livres scolaires... » L’urgence ne devrait pas faiblir. Certains réfugiés arrivés le 27 août confiaient aux équipes de l’Unicef : « Si tous les Syriens pouvaient fuir vers ce camp, ils le feraient ».

Liban :

Pas de camp de réfugiés syriens au pays du cèdre, mais plus de 54 000 personnes officiellement recensées (80 000 selon certaines estimations) et dispersées sur le territoire, dans des familles ou des écoles inoccupées. Plus 5 000 Palestiniens de Syrie. Une vraie difficulté pour l’Unicef sur place, qui s’ajoute aux problèmes de sécurité rendant les déplacements parfois délicats auprès des 25 000 enfants enregistrés.

Néanmoins, de nombreuses actions d’aide sont engagées avec deux priorités : l’éducation et les questions sanitaires. « Nous avons créé des camps d’été pour 2000 enfants syriens afin qu’ils s’adaptent au système éducatif bilingue du pays, arabe-anglais ou arabe-français », explique Soha Bsat Boustani, responsable de la communication de l’Unicef Liban. Avec ses partenaires, l’Unicef forme également 200 professeurs à des méthodes interactives d’alphabétisation, tandis que les directeurs d’écoles sont incités à intégrer les enfants syriens dans leurs établissements. Parallèlement, 900 parents ont été sensibilisés –et rassurés- à l’idée d’envoyer leur progéniture en classe. Ce sont encore 3 700 enfants, Syriens mais aussi Libanais, qui ont profité des 20 espaces « Amis des enfants » créés.

Sur le plan de la santé, l’Unicef a concentré son action sur l’eau potable, la distribution de kits d’hygiène, la sensibilisation des familles à la prévention des problèmes d’hygiène et une grande enquête sur la situation nutritionnelle des enfants. En attendant la suite des évènements. « Aujourd’hui, les familles pauvres qui ont accueilli les réfugiés ont épuisé leurs maigres ressources et il va falloir évacuer les écoles avec la rentrée des classes, s’inquiète Soha. Le nombre de réfugiés va encore augmenter ; c’est pourquoi nous avons besoin de fonds supplémentaires. »

 

@GeoAtlas

 

Turquie :

En Turquie, l’afflux de réfugiés provoque des difficultés d’accueil pour le gouvernement, à tel point que le passage des derniers arrivants est sérieusement réduit jusqu’à l’installation de nouvelles structures d’accueil. Mais « la frontière n’est pas réellement fermée » entre la Syrie et la Turquie, précise Séverine Jacomy-Vité, chef de la section Protection de l’enfance pour l’Unicef Turquie, qui insiste sur « la bonne volonté » des autorités et la qualité des infrastructures existantes. Mais, avec un nombre de réfugiés passé de 25 000 fin mai à près de 80 000 aujourd’hui, le défi est de taille. D’autant que « la moitié de ces réfugiés sont des enfants », ajoute Séverine Jacomy-Vité. Pour eux, l’Unicef fournit du matériel essentiel : kits d’hygiène, kits récréatifs, tentes, etc.

« Il faut que la vie continue pour ces enfants », analyse la chef de section de l’Unicef Turquie, très inquiète pour les adolescents des neuf camps turcs : « On ressent chez eux beaucoup de souffrance. Ils voudraient agir mais sont confinés ici alors que leur père ou leur frère sont restés en Syrie. Certains ont aussi dû interrompre leur formation. Ils vivent en suspens avec leur douleur et la frustration de ne pas pouvoir agir. »

Tout l’enjeu pour l’Unicef aujourd’hui consiste à compléter les besoins de base fournis par le gouvernement turque et le Croissant rouge en finançant des aires de jeux, des équipements sportifs, voire du matériel scolaire et un appui psycho-social. Sans oublier les nécessaires équipes d’intervenants professionnels sur place. Autant de besoins pour lesquels « on arrive actuellement aux limites de ce que l’on peut faire, admet Séverine Jacomy-Vité. Les besoins sont exponentiels

Irak :

« La question ne se pose même pas ». Quand on demande à Jaya Murthy, responsable de la communication et des partenariats pour l’UNICEF Irak, s’il s’attend à une augmentation du nombre de réfugiés syriens dans les prochaines semaines, la réponse est sans appel.

Jusqu’à présent, ce sont 16 000 personnes qui ont trouvé refuge en Irak, dont la moitié sont des enfants. Dans la province de Dohuk, au nord du pays, et dans la province de Al-Anbar, dans l’ouest, deux camps accueillent les réfugiés, sans oublier les écoles et autres bâtiments publics réquisitionnés.

« Beaucoup d’enfants sont arrivés très fatigués, après avoir été témoins de violences, voire victimes de celles-ci, explique Jaya Murthy. Notre principale préoccupation est de les occuper de la façon la plus constructive possible, et de faire en sorte qu’ils se sentent protégés et en sécurité dans le camp ». Autres priorités : prévenir l’apparition de maladies, fournir l’eau potable, des installations sanitaires et un accès à l’éducation aux enfants. Pour répondre à ces besoins pour les 6 mois à venir, l’UNICEF Irak a besoin de 8 millions d’euros. 

 

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