Thaïlande : réactions anti-birmanes suite aux tsunamis

Publié le 26 janvier 2005 | Modifié le 29 décembre 2015

Plusieurs milliers de Birmans se seraient réfugiés dans les zones montagneuses aux abords des régions touchées par les raz-de-marée.

Les travailleurs émigrés birmans n’auront passé que quelques jours dans les camps de secours mis en place dans les régions sinistrées du Sud de la Thaïlande. Alors que le nombre de victimes des raz-de-marée du 26 décembre au sein de la communauté birmane est encore incertain, la plupart de ses représentants sont partis se réfugier dans les zones montagneuses aux abords des villes et des villages D’autres ont rejoint leurs proches au Myanmar.

« Durant les premiers jours qui ont suivi la catastrophe, la communauté birmane a pu être hébergée dans les camps de secours et recevoir l’aide humanitaire. Puis des dénonciations sont parues dans la presse locale, indiquant que les travailleurs birmans profitaient de la tragédie pour piller les hôtels », explique Elsa Laurin, chargée de la question des réfugiés et émigrés birmans à l’UNICEF. « C’est à ce moment que les tensions se sont fait sentir de la part de la population locale.»

Beaucoup des Birmans qui travaillaient légalement sur le territoire thaïlandais ont perdu leurs papiers dans les raz-de-marée. N’ayant plus aucun document prouvant la légalité de leur statut, ils ont été stigmatisés lors des distributions de vivres ou de matériel de secours dans les camps de déplacés. « Dans ces camps, la population thaïlandaise s’est sentie menacée par les Birmans, estimant qu’ils les privaient d’une partie conséquente de l’aide humanitaire. Les émigrés en situation d’illégalité sur le territoire thaïlandais ont également eu peur d’être arrêtés, puis déportés vers le Myanmar, de même que les travailleurs birmans légaux qui se sont retrouvés dépossédés de leurs papiers lors du raz-de-marée », ajoute Elsa Laurin.

Vendredi dernier, une mission d’évaluation a été initiée par une équipe des Nations unies auprès des Birmans ayant fuit les camps de secours, pour tenter de déterminer leur nombre et leurs besoins.
 
Plus de 2 000 Birmans seraient rentrés au Myanmar depuis les tsunamis, passant la frontière par leurs propres moyens. En outre, le gouvernement thaïlandais, aidé par une ONG, s’est occupé de faciliter le retour de 700 autres travailleurs birmans par un centre de transit ouvert le 30 décembre dans la ville de Ranong, et désormais fermé.

« De nombreux Birmans, traumatisés par la catastrophe, ont eu envie de retrouver leur famille au Myanmar. Sans réelles perspectives pour le futur, beaucoup choisiront probablement de revenir en Thaïlande pour y retrouver un travail », indique Elsa Laurin.

On estime à 120 000 le nombre d’émigrés birmans travaillant légalement dans les 6 provinces affectées par les tsunamis en Thaïlande. Un nombre inconnu de clandestins étaient aussi employés dans ces régions. Main d’œuvre bon marché, ils étaient, pour la plupart, employés sur des bateaux de pêche, dans l’agriculture, le bâtiment et le tourisme. Plus de 500 000 Birmans vivraient en Thaïlande à l’heure actuelle. Chaque semaine en Thaïlande, plusieurs dizaines de travailleurs émigrés illégaux birmans et cambodgiens sont déportés vers leur pays d’origine. 

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