« Toute la nourriture s’est changée en poussière »

Publié le 30 mars 2010 | Modifié le 31 mars 2016

De graves pénuries alimentaires menacent l’ouest du Tchad d’urgence nutritionnelle en 2010. L’Unicef s’efforce de combattre la malnutrition dès les prémices.

Adam Abdulai a juste un an mais il peut à peine bouger, se tenir debout et marcher. Il est dans un centre nutritionnel de l’ouest du Tchad, à Mao, avec une douzaine d’autres enfants très amaigris, accompagnés de leurs mères ou de leurs grand-mères qui veillent sur eux. « Nous n’avions pas assez à manger quand j’étais enceinte », explique Hawa la mère d’Adam, en ajoutant qu’elle ne se nourrissait que d’un peu de millet une ou deux fois par jour. « Je suis tombée malade après la naissance d’Adam, et je ne pouvais pas l’allaiter. Ici, on m’a dit pourtant combien l’allaitement était important ». Au centre nutritionnel que soutient l’Unicef, Hawa reçoit du lait thérapeutique, ce qui lui permet de nourrir Adam toutes les trois heures : Adam a été rendu à la vie.

Les taux de malnutrition grimpent actuellement dans la région de Kanem, dans l’ouest du Tchad. Le manque de pluies a entraîné de graves pénuries alimentaires. Les communautés sont déjà fragilisées par le manque d’accès à l’eau potable et aux soins de santé de base.  Pour le Dr Mekonyo Kolmain Gedeon : « La situation en terme de mortalité serait pire sans ce centre nutritionnel. Ici les enfants retrouvent la santé. Après quelques semaines seulement, ils peuvent rentrer chez eux. Ce type de centre est critique pour leur survie : il en faut plus, afin de sauver davantage de vies ».

En 2009, près de 8000 enfants ont été traités dans les 32 centres nutritionnels de la région de Kanem. Ces centres ont été installés par le ministère de la santé tchadien : l’Unicef a fourni la nourriture thérapeutique et les traitements médicaux. Le représentant de l’Unicef au Tchad, Marzio Babille, explique : « Pour le moment, le programme accueille 2 800 enfants. La malnutrition aiguë sévère relève de l’urgence : une réponse rapide avec la technologie et les soins appropriés peut sauver des vies ».

Une récolte désastreuse en 2009

Les changements climatiques au Tchad sont une cruelle réalité. La récolte de 2009 a été désastreuse. Les productions de sorgho et de millet, qui sont à la base de l’alimentation du bétail, ont chuté respectivement de 22 et 34%, selon la FAO. Deux millions de personnes ont besoin de nourriture au Tchad, principalement dans l’ouest. Le PAM (Programme alimentaire mondial) et la FAO ont répondu aux besoins immédiats et planifient déjà une aide additionnelle.

La grand-mère d’Adam affirme : « Autrefois nous avions beaucoup de nourriture, ici, mais nous n’avons plus assez de pluies, et partout, le sable envahit les terres ». En effet, Mao et ses environs a toujours constitué une région d’accueil pour les communautés de bergers, mais le manque de pâturages se fait maintenant sentir. 31% du cheptel a péri en 2009, selon la FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture) et les pertes pourraient s’aggraver cette année. Pour survivre, les familles tchadiennes doivent acheter, de plus en plus cher, des vivres venus d’autres parties du pays : de nombreux parents n’arrivent plus à nourrir leurs enfants.

Il faut combattre la malnutrition dès les prémices. Au village de Barrah, situé à 20 km de Mao, une clinique soutenue par l’Unicef évalue l’état de santé des enfants et leur fournit un traitement contre la malnutrition sévère. Zara Hassan s’y rend chaque semaine avec son enfants de deux ans pour recevoir du plumpy nut, une pâte d’arachide hautement protéinée, enrichie en vitamines et minéraux. L’enfant pèse trois kilos de moins que la normale. Les infirmières disent qu’il reprend du poids, mais la famille de Zara reste sur le fil du rasoir. Après avoir perdu tout son bétail, cette famille doit se battre pour sa survie : « Il y avait du millet partout ici, dit Zara en désignant les terres autour de sa maison. Mais tout s’est changé en poussière… »
 

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