Trish Hiddleston, responsable protection de l'enfance en RDC

Publié le 21 novembre 2004 | Modifié le 31 mars 2016

« Pour la plupart des enfants, c'est la réunification avec la famille qui a le plus d'impact dans le processus de réintégration sociale »

Qu’en est-il de la démobilisation des enfants soldats aujourd’hui en RDC ?
Le gouvernement Kabila vient de lancer un programme national de démobilisation de toutes les forces armées ainsi qu’un programme d’intégration de ces forces au sein de l’armée gouvernementale. Joseph Kabila s’est engagé à ne pas autoriser l’enrôlement d’enfants de moins de 18 ans, mais sur le terrain, on peut mettre en cause la mauvaise volonté de certains responsables militaires, qui n’hésitent pas à recruter à nouveau des enfants. En septembre, un programme de démobilisation a été lancé en Iturie, avec l’aide de la Monuc. 5 sites de transit ont été ouverts. Les enfants sont gardés le moins longtemps possible dans ces centres, où ils risquent de se retrouver avec des militaires qu’ils connaissent, qui ont parfois abusé d’eux, qui ont toujours un impact sur eux. Très vite, au maximum au bout de 48 heures, ils se retrouvent dans un centre réservé aux enfants, ou dans une famille d’accueil, qui les prendra en charge pendant 2 à 3 mois, avant qu’ils partent retrouver leur famille. Notre objectif est de réintégrer l’enfant à sa famille le plus vite possible. Car ce dont on s’est rendu compte, c’est que pour la plupart des enfants, c’est la réunification avec la famille qui a le plus d’impact dans le processus de réintégration sociale. On peut effectuer tout le travail psychologique possible avec des spécialistes, le plus efficace reste le retour à la famille.

Quels sont les problèmes auxquels vous vous êtes heurtés ?
Le premier obstacle est l’insécurité à laquelle sont confrontés les enfants lorsqu’ils rentrent chez eux : ils risquent d’être à nouveau recrutés. Nous les avons fait sortir des groupes armés, mais il y a toujours une possibilité pour qu’ils soient à nouveau enrôlés. Mais il y a un réel manque de volonté de les faire sortir de ce cercle vicieux, que cela soit de la part des forces régulières comme des groupes armés. Concernant les filles, le problème est réel : il y a très peu de filles qui quittent l’armé. Certains soldats ayant une jeune fille comme partenaire sexuelle ne la voient pas comme une enfant mais comme une femme. Souvent les filles sont présentent dans l’armée parce que pour elles, c’est un moyen de survivre. Là, elles sont protégées, nourries. Une fois qu’elles ont eu des relations sexuelles multiples, il leur est difficile de retourner dans leur famille. Et au moins, avec leur partenaire sexuel, elles ont un minimum de sécurité. Nous, nous étudions différentes stratégies pour augmenter le nombre de filles démobilisées. Nous essayons de sensibiliser au maximum les communautés pour qu’elles acceptent les filles. Nous faisons des efforts pour nous rendre au sein des groupes armés et identifier les filles. 
 

Les stratégies de démobilisation sont-elles différentes en République démocratique du Congo qu’en Ouganda ou en Sierra Leone ?
Il existe des spécificités pour chaque pays. Par exemple, en Ouganda, on parle d’enlèvements systématiques. En RDC, on ne peut pas dire que ce soit le cas. En Sierra Leone, le Front révolutionnaire uni gravait les initiales du mouvement au rasoir sur les peaux des enfants. De cette façons, ils étaient facilement identifiables aux populations lorsqu’ils tentaient de s’échapper. On savait qu’ils avaient probablement commis des atrocités, violé des filles…Il y avait une stigmatisation immédiate de ces enfants aux yeux des populations.

 

En savoir plus

La RDC en bref

La guerre civile, qui a déjà causé 3,5 millions de morts, ravage l'Est de la République démocratique du Congo (RDC) depuis 1998
Entre 2000 et 2004, 3 000 enfants soldats sont passés par les différents programmes de démobilisation
La République démocratique du Congo compte encore 30 000 enfants soldats aujourd’hui
Dans certains groupes armés, les enfants peuvent représenter jusqu’à 40% des combattants

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