Un collège modèle contre l'échec scolaire

Publié le 17 septembre 2009 | Modifié le 23 décembre 2015

Le collège Clisthène de Bordeaux propose un enseignement « à leur rythme » à une centaine de collégiens. Une initiative inhabituelle qui pourrait inspirer d’autres établissements. Thierry Malewicz, conseiller principal d’éducation, explique le fonctionnement de ce collège public qui mise sur le dialogue.

Quelles sont les spécificités de votre collège ?

Nous proposons aux enfants un collège qui respecte leur rythme biologique. Les enfants ne commencent pas les cours dès qu’ils arrivent le matin. Ils passent la première demi-heure à discuter, jouer au foot, prendre le petit déjeuner ou bouquiner au CDI. Puis les élèves suivent des cours durant la matinée, mais les périodes habituelles de 55 minutes de classe sont ici remplacées par des séances d’1h30 à 2h. Cela permet de diviser le cours entre travail en groupe et individuel. Le professeur a ainsi plus de temps et l’échange est facilité.

 

Et l’après-midi ?

Les élèves participent à des projets interdisciplinaires. Cela crée du sens pour un enfant d’étudier la littérature et l’histoire pour une période donnée, par exemple. L’après-midi, les enfants peuvent aussi prendre part à des ateliers. Certains obligatoires (sport, arts plastiques, musique, technologie), d’autres optionnels. Je tiens par exemple un atelier de création d’un petit journal télévisé que nous diffusons ensuite sur Internet. L’après-midi, les enfants sont toujours moins réceptifs que le matin à des enseignements traditionnels. Ce type d’ateliers est une bonne solution.

 

Pourquoi avoir développé un tel établissement ?

Les fondateurs de cette école ont eu envie de faire quelque chose contre l’échec du collège unique. Ils se sont demandés comment faire pour que cela se passe autrement. Ils ont regardé les travaux de sociologues, analysé des courants pédagogiques. Et le collège a ouvert ses portes en 2001. Il accueille aujourd’hui 100 élèves, dans 4 classes de 25 élèves, une classe par niveau de la 6e à la 3e. Nous aimerions passer aujourd’hui à 2 classes par niveau. Au-delà de 250 élèves, cela deviendrait cependant moins intéressant. Il faut pouvoir échanger, dialoguer avec tous les élèves.

 

Selon vous, ce sont de bonnes méthodes pour éviter l’échec scolaire ?

Les enfants se sentent bien chez nous. Certains étaient en refus scolaire avant, dans d’autres établissements, et cela a changé après deux mois passés au collège Clisthène. Les jeunes partagent avec les adultes et entre eux. Et cela notamment trois fois par semaine dans des groupes de tutorat composés d’un adulte et de douze élèves de niveaux différents. Tous les élèves dressent un petit bilan avec leurs tuteurs chaque vendredi. Chacun prend la parole. Timide ou pas.
Et les parents sont associés à la vie du collège, ils peuvent venir dialoguer avec nous une fois par mois…et participent même le matin à la préparation du petit déjeuner  s’ils le veulent !

 

Ce modèle est-il transposable à d’autres établissements ?

Oui, c’est tout à fait possible. Nous sommes une école publique, qui ne coûte pas plus cher qu’un autre établissement, qui ne nécessite pas plus de personnel. Nous avons les mêmes programmes, le même brevet…D’autres établissements sont déjà venus s’inspirer de nos méthodes. Certains bouts du collège Clisthène se sont déjà exportés ! Nous avons envie de donner l’envie aux autres d’innover, de proposer autre chose.