Un signe que les choses commencent à changer

Publié le 09 avril 2010 | Modifié le 31 août 2015

Questions à Edward Carwardine, porte-parole de l'Unicef en Haïti, sur le retour progressif à l'école et sur le sens de la normalité que cela procure aux enfants.

Qui sont les enfants qui sont rentrés à l’école lundi 5 avril ?
Cette semaine a correspondu à la date officielle du retour progressif à l’école, à Port-au-Prince. La plupart des écoles ont été affectées par le séisme, qu’elles aient été détruites ou endommagées, ou bien que les parents aient dû faire face à des difficultés pour envoyer leurs enfants dans les bâtiments encore debout. Par conséquent, cette annonce de retour à l’école était très attendue par les enfants dans la capitale.

Dans quel genre de classes sont-ils accueillis ?
La plupart du temps, ce sont des tentes scolaires. L’Unicef a fourni 3000 tentes qui sont progressivement installées autour de la ville. D’autres organisations en fournissent également. Sur certains sites, les parents aident à la construction de classes temporaires. La reconstruction d’écoles définitives est un objectif de plus long terme.

L’Unicef a-t-il formé des enseignants ?

Il y a eu une formation rapide à l’utilisation du matériel scolaire temporaire et au programme spécifique d’alphabétisation et de calcul qui doit être enseigné aux enfants dans les trois mois. Les enseignants ont aussi été formés pour que les enfants puissent acquérir des règles de vie quotidienne relatives à la santé et à l'hygiène (règles indispensables avec la saison des pluies) et des règles de comportements à adopter en situation de crise. Enfin, les enseignants ont reçu une formation au soutien psychosocial de leurs élèves.

En quoi ce soutien consiste-t-il ?
Parfois, le retour à l’école suffit aux enfants pour se remettre de l’expérience qu’ils ont subie. Les contacts sociaux, après des mois passés à vivre dans des conditions difficiles, sont importants pour eux. Pour faciliter ce rétablissement, les enseignants ont reçu des conseils pour aider les élèves à surmonter leurs peurs.

Y a-t-il eu une campagne menée auprès des familles ou des communautés pour promouvoir ce retour à l’école ?
Ce n’était pas vraiment nécessaire. Même avant le séisme, les familles étaient hautement convaincues des bienfaits de l’école : c’était la pauvreté qui empêchait beaucoup d’entre elles d’envoyer leurs enfants en classe. Pour cette semaine, le gouvernement a seulement annoncé le retour à l’école à la radio et via une campagne d’affichage sur les sites accueillant des classes.

Etes-vous parvenu à atteindre les enfants qui n’étaient pas scolarisés avant le séisme ?

Il est trop tôt pour savoir combien d’enfants n’ayant jamais connu l’école prennent aujourd’hui le chemin de la classe. Les chiffres sur la scolarisation avant le séisme ont été perdus dans la catastrophe, et il faudra du temps pour faire une évaluation précise de la situation. Mais l’Unicef soutient un vaste mouvement de scolarisation, avec un objectif de long terme visant à l’augmentation du faible taux actuel, et ce en améliorant les programmes et en réfléchissant aux moyens de combattre ce qui peut freiner l’entrée en classe, comme les frais de scolarité ou l’obligation de l’uniforme scolaire.

Quelles seront les prochaines étapes en matière d’éducation ?

L’année scolaire débute en septembre. Le travail dans les prochains mois va consister à établir de nouveaux sites pour faire la classe, en nettoyant les décombres (de nombreux sites ne peuvent même pas accueillir de tentes à cause des ruines des bâtiments). L’Unicef discute aussi, avec le gouvernement et les autres partenaires, de la forme que prendront les écoles à reconstruire : c’est une réflexion qui s’inscrit dans l’initiative globale visant à améliorer les programmes scolaires, à augmenter le taux de scolarisation et à trouver des solutions d’enseignement accéléré pour les enfants qui ont été longtemps déscolarisés.

Pourquoi est-il important pour les enfants de reprendre l’école après une catastrophe telle que celle-ci ?
L’école est un lieu de socialisation pour les enfants. Elle leur permet de renouer des liens avec des amis et de partager leur vécu. Les enseignants sont souvent les adultes qui sont le plus proche d’eux après leurs parents : le soutien que les enseignants peuvent apporter aux enfants – et inversement – est décisif après un drame comme celui-là. D’autre part, l’école apporte un rythme quotidien qui peut aider les enfants à retrouver un sens de la normalité, surtout chez ceux qui ont perdu leur maison, des membres de leur famille... Voir les enfants prendre le chemin de l’école, enfin, est un symbole positif pour les Haïtiens, malgré les défis qui restent à relever : c’est aux yeux de tous un signe que les choses commencent à changer.

Soutenir nos actions