« Une attention particulière est réservée à la Somalie »

Publié le 03 août 2011 | Modifié le 31 mars 2016

Alors que la population somalienne continue à fuir le pays, vers le Kenya et l’Éthiopie, la population se déplace aussi à l’intérieur du pays. Sur le terrain, l’Unicef continue à apporter une aide d’urgence aux plus vulnérables à Mogadiscio, la capitale de la Somalie, et dans les autres régions du pays. Elhadj As Sy, directeur régional de l’Unicef pour l’Afrique de l’Est et du Sud, fait le point sur la situation.

Comment s’organise l’action de l’Unicef sur les différents pays touchés par la crise ?

L'Unicef intervient partout pour les enfants les plus affectés et les plus défavorisés par la crise, mais une attention particulière est réservée à la Somalie, épicentre de la crise. Plus on pourra intervenir là-bas, plus on fera diminuer le nombre de personnes qui fuient le pays. Mais il n’y a pas un jour sans combat en Somalie, ou sans contraintes liées à l’accès aux populations. C’est pourquoi, l’Unicef travaille avec un réseau très complexe dans ce pays, composé de leaders communautaires et religieux, de comités de sages et de chefs de clans, pour atteindre les enfants et les femmes qui ont besoin d’aide. On travaille aussi avec des collaborateurs internationaux. Il faut donc maintenir ces contacts qui nous permettent de faire notre travail.

L’essentiel, c’est de sauver des vies. Il faut alors dépolitiser les opérations humanitaires. C’est grâce à ça que l’on a pu, par exemple, faire acheminer de l’aide, y compris des suppléments nutritionnels pour les enfants, à Baidoa. Des populations isolées ont ainsi pu être soutenues. En plus de la distribution de vivres et de médicaments, on est en train de faciliter l'accès à l'eau potable.

Est-ce que l’on peut espérer que le mois du Ramadan [qui vient de commencer] aura un impact positif sur l’aide humanitaire en Somalie ?

On espère, mais il n'y a aucune certitude. En Somalie, l'Unicef a toujours pu travailler dans toutes les zones, y compris celles sous contrôle d'Al-Shabaab. Jusqu’à présent, on a pu travailler sans problème majeur à Mogadiscio et autour. En revanche, il est plus compliqué de travailler dans les régions de Lower Shabelle et de Juba qui sont plus difficiles d'aces et où l’impact de la sécheresse est sans commune mesure.

D’après l’Unicef, 570 000 enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère risquent de mourir si l’on n’agit pas très rapidement. Que fait notre organisation pour eux ?

Nous obtenons des résultats en matière de prise en charge. Les enfants qui bénéficient de notre assistance et de celle de nos partenaires se remettent bien, mais ces résultats ont été masqués par de nouvelles arrivées d'enfants malnutris. Cependant, ces derniers jours dans le camp de Dadaab, il y a de moins en moins d’enfants qui arrivent. Il faut dire qu’il n’est pas évident pour tous d’arriver jusqu’à la frontière et/ou aux camps : il faut avoir la capacité de marcher pendant 4 semaines sous de très chaudes températures et à travers un terrain très difficile. Certains en sont capables, d'autres, peut-être la majorité, doivent être soutenus dans chez eux. Une fois que les enfants et les femmes ont accès à la nourriture et que les soins de base leur sont apportés, ils reprennent quelques forces. Mais lorsque les uns vont mieux, d’autres arrivent.

Vous revenez des camps de réfugiés au Kenya et en Éthiopie, quel est votre bilan ?

Ces camps sont surpeuplés, à tel point qu’un nouveau camp est en train d’être installé en Éthiopie. Que ce soit au Kenya ou en Éthiopie, les femmes et les enfants qui arrivent sont complètement affaiblis. Ils marchent plusieurs semaines avant d’arriver à la frontière. Et les risques encourus sont énormes. C’est pourquoi, l’Unicef met aussi en place des programmes de protection. Le gros problème, c’est que tous ces réfugiés arrivent à différents endroits. S’ils arrivaient tous par le même point à la frontière, on pourrait plus rapidement les prendre en charge, mais ce n’est pas le cas. À Dadaab par exemple, dans le camp et en dehors du camp, la population est dispersée jusqu’à la frontière somalienne. Or, plus ces femmes et ces enfants passent du temps à la frontière, plus le risque de vulnérabilité s’élève. Avec ses partenaires, l’Unicef travaille donc à faciliter l’arrivée de ces populations, en les transportant d’un point à un autre.

Malheureusement, il y a des personnes qui meurent pendant leur marche vers la frontière. On entend des histoires horribles comme celles de femmes qui abandonnent leurs enfants agonisants sur le chemin. C’est terrible pour une mère de prendre une telle décision! Cela illustre la détresse dans laquelle les populations se trouvent. Ce qui est sûr, c’est que le retour vers la Somalie n’est pas prévu de sitôt pour tous ces réfugiés. Le camp de Dadaab, qui existe depuis 20 ans, est en train de devenir la 3e ville du Kenya ! J'y ai rencontré des jeunes qui y sont nés, et qui n’ont connu aucun autre cadre de vie. Une grande communauté somalienne s’est formée dans ce camp, et ce n’est pas prêt de changer. Tant que la situation politique ne sera pas réglée en Somalie, les gens vont rester longtemps dans ces camps avant d’amorcer un retour vers leur pays d’origine.

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Au Kenya, 3,2 millions de personnes, dont 1,7 million d’enfants, sont affectées par la crise nutritionnelle et alimentaire. Plus de 380 000 réfugiés étaient enregistrés fin juillet sur les 3 camps de Dadaab, près de la frontière somalienne (près de 60 % sont des enfants !), et chaque jour, 1200 réfugiés parviennent dans ces camps.

En Éthiopie, 4,5 millions de personnes sont affectées par cette crise, dont 652 500 enfants.
Plus de 115 000 réfugiés somaliens se trouvent dans les camps de Dolo Ado. Il y a encore quelques semaines, 2000 réfugiés somaliens arrivaient tous les jours, aujourd’hui, ils sont en moyenne 240 à arriver quotidiennement.

La totalité des besoins de l’Unicef pour répondre à l'urgence dans la Corne de l'Afrique atteindra près de 220 millions d’euros d'ici fin  2011. Aujourd'hui, il continue de manquer un peu plus de 140 millions d’euros !