Une recrudescence du choléra tue encore plus d'enfants au Sahel

Publié le 12 juillet 2012 | Modifié le 31 mars 2016

Alors que commence la saison des pluies au Sahel (la bande de territoires qui traverse neuf pays d’Afrique, du Sénégal à l’Erythrée), des flambées de choléra mettent en danger de plus en plus d'individus - en particulier les enfants souffrant de malnutrition. La maladie a déjà frappé environ 2800 personnes cette année et fait plus de 60 victimes dans les pays du Sahel…

 

La semaine dernière, une flambée de choléra dans le nord du Mali a coûté la vie à deux enfants et touché 34 autres personnes, dont plusieurs enfants, d'après le Ministère malien de la santé. Au total en Afrique centrale et de l'Ouest, la maladie a déjà tué près de 700 personnes en cette année et l'on a signalé plus de 29 000 cas.

Dans les pays du Sahel, depuis la mi-juin, le nombre d'individus affectés par cette maladie hydrique mortelle et hautement contagieuse a grimpé en flèche, surtout dans les régions du Niger qui bordent le fleuve du même nom, où d'après le ministère, le nombre de malades du choléra a presque triplé au cours du premier semestre 2012, par rapport à la même période l'an dernier. Or dans ce pays, quelque 400 000 enfants du Niger auront besoin de traitements indispensables contre la malnutrition sévère cette année, et seront donc d’autant plus vulnérable face au choléra…

 

Des enfants déjà affectés par la crise nutritionnelle

Le choléra est une menace récurrente dans tout le Sahel. L'an dernier, on a signalé plus de 67 000 cas dans les pays autour du bassin du lac Tchad (Tchad, Cameroun, Nigéria), dont 2153 décès, et un taux de létalité moyen de 3,2 %. Mais cette année, l'épidémie semble se concentrer plus à l'ouest, au Niger et au Mali.  Les déplacements massifs de populations fuyant le conflit dans le nord de ce dernier pays alourdissent l'impact de l'épidémie et aggravent la situation d'enfants déjà touchés par une crise nutritionnelle aiguë.  Des cas de choléra ont été détectés au Cameroun, au Niger et au Nigéria au début de l'année, mais plusieurs autres pays du Sahel courent des risques importants à présent. Et, avec le début de la saison des pluies, on s'attend à une hausse brutale du nombre de cas.

 

« Si nous ne redoublons pas d’efforts immédiatement, le choléra continuera de faire mourir… »

« La malnutrition, les déplacements et maintenant les pluies dans certaines parties du Sahel créent un terrain fertile idéal pour le choléra, qui frappe plus durement les jeunes enfants, a déclaré Manuel Fontaine, Directeur général par intérim de l'UNICEF pour l'Afrique centrale et de l'Ouest. Si nous ne redoublons pas d'efforts immédiatement, le choléra continuera de faire mourir les familles les plus vulnérables du Sahel et se propagera à d'autres zones peuplées avec un impact dévastateur ».

« Le choléra met en évidence le lien étroit entre la malnutrition et une eau insalubre et une hygiène et un assainissement insuffisants, a ajouté le Dr Guido Borghese, Conseiller principal de l'UNICEF pour la survie et le développement de l'enfant en Afrique centrale et de l'Ouest. Un enfant de moins de cinq ans qui a surmonté une malnutrition aiguë sévère devra revenir se faire soigner au bout de quelques jours ou de quelques semaines s'il boit de l'eau contaminée ».

 

Des mesures simples qui ont prouvé leur efficacité

Avant, pendant et après les flambées de choléra, l'UNICEF collabore avec les gouvernements, d'autres institutions des Nations unies et des partenaires locaux de toute la région pour élargir l'accès à une eau et un assainissement améliorés, apprendre aux ménages à empêcher la propagation de la maladie et donner aux établissements sanitaires le matériel, les compétences et l'expertise nécessaires.

« Si nous attendons que le nombre de cas de choléra explose avant d'agir, il sera trop tard pour juguler l'épidémie, a encore dit le Dr Borghese.  Les campagnes sur le lavage des mains, le traitement de l'eau potable et les programmes de sensibilisation à la radio doivent se poursuivre tout au long de l'année. Ce sont des mesures simples qui ont prouvé leur efficacité pour prévenir ou enrayer la propagation de cette maladie mortelle. »

Depuis le début de l'année, plus de 94 000 habitants des neuf pays du Sahel ont reçu de quoi traiter l'eau destinée à la consommation et ont appris à utiliser ce matériel chez eux pour garder les enfants en bonne santé. Au Tchad, par exemple, le nombre de cas de choléra a chuté de façon spectaculaire : en un an, il est passé de 5000 à zéro, illustrant combien les initiatives conjointes peuvent se révéler efficaces dans la lutte contre les épidémies de choléra.

 

Besoin de fonds pour accélérer les opérations

« On ne peut traiter la malnutrition et ignorer le choléra, a dit Manuel Fontaine. Mais si nous ne recevons pas rapidement des fonds supplémentaires, une grosse partie de ce qui a été fait pour prévenir ou traiter la malnutrition chez les enfants sera réduite à néant ».

Soucieux de répondre à la menace que représente la propagation du choléra au Sahel, l'UNICEF et ses partenaires accélèrent de toute urgence leurs opérations en vue d'empêcher que de nouvelles épidémies n'éclatent dans la région. Pour Manuel Fontaine, un financement accru pour la crise nutritionnelle au Sahel est crucial, surtout pour les programmes d'eau, d'assainissement, d'hygiène et de santé, des secteurs dans lesquels environ trois quarts des besoins financiers ne sont toujours pas couverts.
 

En savoir plus

D'après les projections, plus de 4 millions d'enfants vont souffrir de malnutrition aiguë cette année dans les 9 pays du Sahel. L'UNICEF a besoin de toute urgence de 146 millions de dollars pour répondre aux besoins humanitaires des enfants et des femmes du Sahel en 2012. Depuis le début de l'année, quelque 250 000 enfants de moins de cinq ans ont été traités pour malnutrition aiguë sévère dans 5 200 établissements sanitaires de la région.

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