Violence à l'égard des femmes: l'Unicef en action

Publié le 07 mars 2005 | Modifié le 28 décembre 2015

« Dans le monde d'aujourd'hui, naître fille est extrêmement risqué. Toutes les filles grandissent sous la menace de la violence », Carol Bellamy, directrice générale de l'Unicef.

En raison de leur sexe, des millions de femmes dans le monde sont exposées aux maltraitances physiques, au viol, à l'esclavage sexuel, à l'emprisonnement arbitraire, à la torture, à la violence verbale, à la mutilation et au meurtre.

En raison de leur sexe, des millions de femmes dans le monde sont exposées aux maltraitances physiques, au viol, à l’esclavage sexuel, à l’emprisonnement arbitraire, à la torture, à la violence verbale, à la mutilation et au meurtre. Toutes ces souffrances sont exacerbées par la discrimination et l’humiliation systématique à la maison, au travail, à l’école, dans les tribunaux, les lieux de culte… A l'occasion de la Journée internationale de la Femme, le point sur les actions de l'UNICEF pour lutter contre la violence à l'égard des femmes.

Définition
Il n'existe pas de définition universellement reconnue de la violence à l'égard des femmes.
La Déclaration des Nations Unies sur l'élimination de la violence à l'égard des femmes (1993) désigne la violence à l'égard des femmes comme "tous actes de violence dirigés contre le sexe féminin, et causant ou pouvant causer aux femmes un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques, y compris la menace de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté, que ce soit dans la vie publique ou dans la vie privée" (article 1).

Cette définition élargit le concept de violence en incluant les dommages à la fois physiques et psychologiques causés aux femmes et englobe les actes tant dans la vie publique que dans la vie privée. La Déclaration considère que la violence à l'égard des femmes revêt, sans y être limitée, trois aspects :

  • la violence au sein de la famille,
  • la violence au sein de la collectivité,
  • la violence perpétrée ou tolérée par l'Etat.

Quelques chiffres

  • Une femme sur trois dans le monde, c’est à dire près d’un milliard, a été battue, contrainte d’avoir des rapports sexuels ou violentée d’une manière ou d’une autre au cours de sa vie.
  • Au Portugal, 52,8% des femmes sont victimes de sévices.
  • Une femme est tuée tous les trois jours au Royaume Uni et en Allemagne, une tous les quatre jours en Espagne, une tous les cinq jours en France.
  • 14000 femmes ont été tuées par leur partenaire ou un membre de leur famille en Fédération de Russie en 1999 et 36 000 femmes ont été battues quotidiennement par leur mari en 2003.
  • Près de 70 % des femmes victimes d’un homicide sont tuées par leur partenaire masculin.

Qui sont les victimes ?
Bien que la violence à l’égard des femmes soit un phénomène universel, nombreuses sont les femmes qui sont victimes de formes spécifiques de violence en raison de certains aspects de leurs identité. La race, l’appartenance ethnique, la culture, la langue, l’identité sexuelle, la pauvreté et l’état de santé figurent parmi les principaux facteurs de risque de violence contre les femmes. La pauvreté et la marginalisation sociale sont à la fois facteurs et conséquence de la violence. Il est extrêmement difficile pour les femmes vivant dans la pauvreté de fuir les situations dans lesquelles elles subissent des sévices, d’obtenir une protection et de solliciter une réparation auprès de l’appareil judiciaire. Plus les femmes sont jeunes, illettrées et pauvres, plus elles constituent des proies faciles et plus elles ont de mal à s’organiser pour lutter en faveur du changement.

Les violences domestiques

La violence au sein de la famille constitue la forme la plus répandue de violence à l’égard des femmes ; elle touche toutes les cultures, les classes, les niveaux d’instruction, les revenus et les âges dans tous les pays. Profondément enracinée dans les habitudes et se produisant dans l’intimité du cercle familiale, ce type de violence est considéré par beaucoup comme un mal inguérissable et l’un des plus pernicieux dénis des droits de l’homme puisque pratiqué non par des étrangers mais par ceux en qui les femmes pourraient avoir le plus confiance : leurs proches.

La violence domestique se manifeste par :

Des sévices physiques tels que gifles, coups, torsions du bras, coups de couteau, strangulation, brûlures, suffocation, coups de pied, menaces au moyen d'un objet ou d'une arme et assassinat. Elle comprend aussi les pratiques traditionnelles nuisibles comme les mutilations sexuelles féminines et le legs de l'épouse (la coutume selon laquelle le frère du défunt reçoit en héritage la veuve et ses biens).
Des sévices sexuels tels que des rapports sexuels contraints par la menace, l'intimidation, ou la force physique, des actes sexuels forcés, ou la contrainte à des rapports sexuels avec des tiers.
Des sévices psychologiques qui consistent en un comportement visant à intimider ou à persécuter, sous forme de menaces d'abandon ou de maltraitance, de confinement au foyer, de contrôles, de menace de suppression de la garde des enfants, de la destruction d'objets, de l'isolement, d'agressions verbales, et d'une humiliation constante.
Les sévices économiques comprennent des agissements comme la privation d'argent, le refus de contribution financière, la privation de nourriture et de l'assouvissement des besoins élémentaires, le contrôle de l'accès aux soins médicaux et à l'emploi, etc.
Des actes de négligence sont également considérés comme formes de violence à l'égard des femmes et des filles.

Quelques chiffres

  • Dans certains pays, cette violence mine la vie d’une femme sur deux.
  • Aux Etats Unis, une femme est maltraitée toutes les huit secondes.
  • En France, en un an, un million six cent mille femmes ont été victimes de la violence de leur mari, soit une sur dix.
  • En Europe, la violence domestique est, pour les femmes de seize à quarante-quatre ans, la principale cause de mortalité et d’invalidité, avant les accidents de la route et le Cancer réunis.
  • Au Royaume Uni, les services d’urgence reçoivent, en moyenne, un appel par minute concernant la violence familiale.
    Or, les recherches montrent que seule une femme sur cent dénonce les mauvais traitements dont elle est victime. =

L'action de l'UNICEF

  • En Bolivie, l’Unicef a, par exemple, favorisé la création du Plan National pour la prévention et l’éradication de la violence à l’égard des femmes (1994) ainsi que l’adoption de la loi 1674 contre la violence familiale ou domestique (1995).
  • En Albanie, l’organisation a soutenu une grande campagne d’information, de même qu’elle a collaboré avec la télévision nationale jordanienne pour des spots de sensibilisation à la violence à l’égard des femmes.
  • En Afghanistan et dans des pays d’Asie du Sud, l’Unicef a aussi appuyé le développement d’un mouvement actif contre la violence contre les femmes.
  • Au Brésil, l’Unicef a encouragé et développé la mise en place de personnels judiciaires sensibilisés aux problèmes spécifiques des femmes ou la création de postes de police féminins, comme à Sao Paulo par exemple. 

 Les violences sexuelles

Ces dernières années ont vu une augmentation énorme de toutes les formes de prostitution et de trafic de femmes et d’enfants à des fins sexuelles. Cette exploitation fait l’objet de réseaux de plus en plus développés, d’une véritable industrie faite de trafics et de proxénètes prospérant au niveau mondial. Ces activités se sont récemment étendu librement dans les pays s’ouvrant à l’économie de marché comme le Vietnam, la Thaïlande ou Cuba. Cette industrie « sans frontière » enrôle souvent de force des filles de plus en plus jeune. Il n’est plus rare de voir des fillettes d’une dizaine d’année se produire sur la scène des sex-clubs.

  • En France, plus d’une femme sur dix déclare avoir subi des agressions sexuelles au cours de sa vie
  • On estime qu’aux Etats-Unis ou au Pays-Bas un tiers des femmes ont été victimes d’abus sexuels dans leur enfance
  • En Thaïlande et dans d’autres pays d’Asie, des centaines de milliers de fillettes sont livrées aux réseaux de la prostitution, parfois enlevées et vendues.

Le viol
Le viol est la forme la plus extrême de violence sexuelle. Il constitue une violence particulière à l’égard des femmes qui peut être utilisée non seulement pour briser l’intégrité psychologique, physique et sexuelle de la femme mais aussi pour être une arme de destruction de la cohésion sociale.

  • Une femme sur quatre dans le monde est victime de viol ou de tentative de viol au cours de sa vie (une sur trois dans certaines régions)
  • En Afrique du Sud, 147 femmes sont violées chaque jour (2003)
  • Aux Etats-Unis, une femme est violée toutes les 90 secondes (2000)
  • En France, 50 000 femmes sont violées chaque année (2001). Seuls environ 5 % des viols de femmes majeures feraient l’objet d’une plainte
  • En Afrique du Sud, une écolière sur trois a subi des violences sexuelles à l’école et seules 36 % d’entre elles en ont fait état auprès d’une tiers personne (1998)
  • Selon une étude sur l’homicide des femmes à Alexandrie (Egypte), 47 % des femmes assassinées l’ont été par un proche après qu’elles aient été victime d’un viol (les « crimes d’honneur »).

Le Viol arme de guerre
La violence contre les femmes atteint des proportions endémique dans les sociétés militarisées ou ravagées par la guerre. Durant les conflits, au cours des mouvements de population et dans les camps de réfugiés les femmes sont particulièrement vulnérables à la violence. Les femmes réfugiées doivent régulièrement s’aventurer hors du périmètre du camp pour s’occuper de tâches quotidiennes comme ramasser du bois de chauffage.

Exposées et éloignées de tout secours, elles forment alors des cibles parfaites de violences sexuelle. Aussi, la violence contre les femmes est-elle souvent utilisée comme arme de guerre servant à les déshumaniser et à persécuter le groupe auquel elles appartiennent.

Les viols en masse sont fréquemment utilisés de façon systématique tant par les forces gouvernementales que par les groupes armés. L’objectif du viol comme arme de guerre est clairement de nier l’autre, de l’inhiber, de le détruire dans ses racines les plus profondes. Il s’agit de démoraliser et d’humilier l’ennemi et de déstabiliser sa communauté entière. Comme ce fut le cas en Bosnie et au Rwanda, ces actes peuvent aussi être planifiés à des fins de purification ethniques.

Ces viols ont de graves incidences sur la pandémie de Sida, les soldats violeurs étant souvent séropositifs. On estime, par exemple, que près d’un tiers des victimes de viols en République Démocratique du Congo vont être infectées par le virus du Sida. A l’issu des conflits, les jeunes filles, enlevées par les soldats pour leur servir d’esclaves sexuelles, sont rejetées par leur communauté, brutalisées, stigmatisées et mises au ban en tant que mères adolescentes.

Les actions de l'UNICEF
Pour que la violence sexuelle devienne un sujet de préoccupation publique, l’Unicef collabore avec les représentants des Etats, des ONGs et des groupes de citoyens. Dans le cadre de partenariats, l’Unicef organise des campagnes de sensibilisation auprès des avocats, des fonctionnaires de police, des médecins… Pour mettre un terme à la tolérance entourant la violence sexuelle, l’Unicef intervient pour faire évoluer les mentalités, coutumes et pratiques des communautés.

Au Sri Lanka par exemple, s’appuyant sur la télévision, la radio et les journaux en anglais, cingalais et tamoul, l’Unicef a dirigé une campagne médiatique pour mieux faire prendre conscience des dangers de la violence sexuelle et des peines encourues par les adultes qui s’y livrent. Dans de nombreux pays, les organisations locales et les chefs religieux sont également formés à repérer les victimes de la violence et à leur apporter le soutient et les soins dont elles ont besoin.
Au Darfour (Soudan), l’Unicef a mis en place une formation destinée aux forces de l’ordre et aux magistrats – des femmes de préférence - afin de les aider à enquêter sur les viols de femmes et d’enfants et à acquérir les techniques d’interrogation des victimes .

 3) Les violences sociales : mariages précoces, mutilations sexuelles

Les mariages précoces

La coutume de marier les filles de bonne heure est très répandue en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud et demeure encore fréquente au Moyen Orient, en Afrique du Nord et dans certaines parties de l’Asie. Le nombre exact de tels mariage est difficile à connaître car beaucoup d’entre eux ne sont ni officiels ni enregistrés. Des études à petite échelle et des données empiriques permettent de se faire une idée de la fréquence de ce phénomène :

82 millions de filles actuellement âgées de 10 à 17 ans seront mariées avant leur dix huitième anniversaire
dans l’Etat indien du Madhya Pradesh, 14 % des filles avaient été mariées entre 10 et 14 ans en 1998
au Bangladesh, en 1997, 5 % des filles de 10 à 14 ans étaient mariées
dans l’Etat du Kebbi au Nigéria, l’âge moyen des filles au mariage est de 11 ans, contre une moyenne nationale de 17 ans
en Ethiopie, il n’est pas rare que les filles soient mariées dès sept ou huit ans, dans les campagnes, 74 % des filles sont mariées avant 15 ans
au Niger, 76 % des jeunes filles pauvres sont mariées avant leurs 18 ans ; chez les Fulani, pasteurs nomades, les mariage sont fréquemment arrangés alors que les bébés ne sont pas encore nés.
L’action de l'UNICEF
L'UNICEF travaille dans plus de 70 pays pour garantir aux filles l'égalité des chances en matière d'éducation, pour faire prendre conscience aux familles et aux communautés des risques graves du mariage précoce pour les jeunes filles, pour convaincre les législateurs d'interdire cette pratique et pour mettre sur pied un système d'accueil et de conseils pour accueillir les jeunes filles maltraitées.

Au Bangladesh, l’Unicef soutient les associations locales dont les programmes concernent les droits des adolescentes, la santé génésique, les mutilations sexuelles et les mariages précoces
en Guinée Bissau, l’Unicef se sert d’émissions de radio et de télévision pour exposer aux filles et à leur famille les conséquences des mariages précoces
en Egypte, les efforts portent sur l’évolution de la législation. L’Unicef et le Ministère des affaires sociales ont organisé 80 sessions de formation qui ont permis de sensibiliser 600 000 adultes de régions rurales. De plus, une information sur les dangers des mariages précoces a pu être dispensée à 3220 femmes dans le cadre de leur cours d’alphabétisation.
Au Niger, l’Unicef plaide contre les mariages précoces en formant les chefs de village, produisant des pièces de théâtre reprises par les media et en organisant des débats avec les communautés à l’issue de la projection d’un film sur les conséquences de tels mariages.
Les mutilations sexuelles
La mutilation génitale féminine/excision (MGF/E) désigne un certain nombre de pratiques consistant à enlever totalement ou partiellement les organes génitaux externes de la fille ou de la femme pour des raisons culturelles ou autre que thérapeutiques. La pratique de la mutilation sexuelle est courante dans au moins 28 pays, pour la plupart en Afrique. Par ailleurs, ces pratiques font de plus en plus de victimes en Europe, en Australie, au Canada et aux États-Unis, essentiellement parmi les immigrantes venues d'Afrique et de l'Asie du Sud-Ouest.

Il y aurait aujourd'hui en Afrique entre 100 et 130 millions de femmes en vie qui ont subi à des degrés divers, l’excision de leurs organes génitaux
Deux autres millions de petites filles risquent chaque année de subir le même sort (soit 6000 par jour)
En Egypte, 96 % des femmes mariées âgées de 15 à 49 ans ont subie des mutilations génitales
Au Nigéria, 4 femmes sur 10 ont été excisées
L'action de l'UNICEF

Au Burkina Faso, l’UNICEF a contribué à faire adopter une loi selon laquelle les mutilations génitales féminines/excisions sont passibles de peines de prison allant de six mois à dix ans et d'amendes pouvant atteindre 1 800 $.
À Djibouti, l’UNICEF a apporté son appui à des programmes de sensibilisation et de mobilisation sociale consistant à former des chefs religieux et communautaires et à diffuser à la télévision et à la radio des messages contre les mutilations génitales féminines/excisions.
En Érythrée, l’UNICEF a renforcé son action contre les mutilations génitales féminines de façon à inclure les enfants des écoles et les hommes. Des jeunes ont reçu une formation les aidant à s'opposer à cette pratique et des clubs scolaires ont été établis dans toutes les régions en vue de lutter contre les mutilations sexuelles.
Au Sénégal, l’UNICEF a apporté une aide financière ainsi qu'un soutien en matière de communication aux ONG locales ayant participé à la création du mouvement contre les mutilations génitales. En janvier 1999, le Parlement du Sénégal a approuvé une loi interdisant les mutilations génitales féminines.
En Somalie, l’UNICEF a soutenu la formation de formateurs en réunissant des agents de santé, des enseignants, des professionnels de la communication, des représentantes des ONG de femmes et des chefs religieux en vue d'éliminer les mutilations génitales féminines.

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