Yémen : le défi de l'accès aux enfants déplacés

Publié le 28 janvier 2010 | Modifié le 31 août 2015

Thomas Davin, responsable des urgences au bureau Unicef du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, explique la situation.

Thomas Davin : « Depuis le 12 août, nous n’avons pas pu entrer dans la province de Saada, où ont lieu les combats. Nous espérions profiter de quelques jours de trêve pour mener une campagne de vaccination et en profiter pour amener quelques secours matériels, mais nous n’avons pas pu obtenir d’accord pour nous rendre sur place.

» Entre 750 et 800 000 personnes vivent dans cette province. Un peu plus de 120 000 seulement ont pu fuir. 91 500 ont rejoint le district de Hajjah, au sud-ouest immédiat, en particulier les camps d’Al Mazrak. 27 000 sont dans le district d’Amran, juste au sud, où se trouve le camp de Khiwan.

» Les conditions de sécurité ne nous permettent pas d’intervenir à Khiwan. Deux convois de l’Unicef ont déjà été attaqués. Nous concentrons nos efforts sur les deux camps d’Al-Mazrak (un 3e va bientôt s’établir), où l’Unicef est l’agence leader sur l’eau, la nutrition et l’éducation.

300 000 litres d'eau potable par jour à Al-Mazrak

» Dans le camp principal d’Al-Mazrak, l’Unicef assure la distribution de 300 000 litres d’eau par jour et nous essayons d’élargir cet approvisionnement aux déplacés situés en dehors des camps. 1 100 latrines ont été installées dans ce camp. Tout un travail de promotion de l’hygiène est mené, travail décisif car, en situation de promiscuité, les habitudes de la population font courir un grand risque d’épidémie.

» Le taux de malnutrition aiguë est de 8,6% à Al-Mazrak, ce qui est effrayant : c’est près du triple du taux national, qui est déjà anormalement élevé (même s'il faut préciser que les chiffres du camp proviennent d'une evaluation rapide menée pendant l'installation d'Al-Mazrak 1 : les chiffres nationaux, eux, sont le résultat d'une évaluation conduite avec une méthodologie plus précise). L’Unicef distribue du plumpy nut aux familles, pour éviter que les enfants ne sombrent dans la malnutrition aiguë, et approvisionne en lait et en biscuits le centre de nutrition thérapeutique qui est géré par MSF Espagne depuis deux mois.

Près de 2 500 enfants scolarisés

» 2 032 enfants sont scolarisés près d’Al-Mazrak : sur cet effectif, seuls 165 ne font pas partie des populations déplacées. C’est dire combien l’appui de l’Unicef, notamment en tentes et en fournitures scolaires, est capital (et les moyens sont encore insuffisants). 80 à 85% des enfants sont en première année, car beaucoup ont été privés d’école depuis plusieurs années et doivent commencer depuis le début. L’Unicef soutient une 2e école de 450 enfants, et espère en ouvrir une 3e dans le futur camp.

» L’Unicef est aussi mobilisé sur la protection de l’enfance. Un premier centre de réponse psychosociale aux traumatismes subis par les enfants et leur famille existe au camp principal d’Al-Mazrak. Nous espérons en ouvrir un 2e et un 3e dans les autres camps. Un effort est fait pour l’enregistrement des naissances, première étape pour l’accès des enfants à la santé, à l’éducation et aux services de base. L’Unicef surveille avec vigilance la tendance au recrutement forcé d’enfants dans les groupes armés ».

Patrick Poivre d’Arvor au Yémen

Une délégation de l’Unicef France, composée notamment de notre président Jacques Hintzy et de notre ambassadeur Patrick Poivre d’Arvor a pu aller avec plusieurs journalistes dans le pays et a pu se rendre compte notamment de l’aide apportée par l'Unicef au niveau du camp d’Al-Mazrak.

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