Yémen : le nord coupé du monde

Publié le 26 août 2009 | Modifié le 31 août 2015

Dans la province de Saada, près d’un quart de la population a fui les combats entre armée et rebelles. Mais les agents humanitaires n’ont toujours pas accès à la vaste majorité des personnes affectées. Le point avec Thomas Davin, responsable des urgences au bureau régional Moyen-Orient et Afrique du Nord de l’Unicef, envoyé au Yémen pour cette crise.

Que savez-vous de la situation actuelle dans la province de Saada ?
Les combats entre forces gouvernementales et rebelles continuent dans cette province du nord du Yémen. Quelques agents humanitaires de certaines ONG ont réussi à rester sur place mais nous sommes inquiets pour leur sécurité.
Cette province est coupée du monde depuis le 12 août dernier, nous ne pouvons y accéder. Les routes sont fermées, les camions ne passent plus. Il y a donc de moins en moins de nourriture pour la population. Et les familles ne peuvent bénéficier des soins essentiels.

D’après vos informations, combien de personnes sont aujourd’hui affectées?
Aujourd’hui, 120 000 personnes ont été déplacées à cause de ces combats. Un chiffre confirmé par le gouverneur de la province. Environ 60 000 d’entre elles s’entassent dans cinq camps autour de la ville de Saada, capitale de la province. D’autres ont trouvé refuge dans des familles d’accueil, toujours dans la province affectée par les combats. D’autres familles enfin ont réussi à rejoindre d’autres provinces du sud, après avoir traversé de nombreux barrages et check-points.
Mais en dehors des personnes déplacées, il reste aussi celles qui n’ont pas pu ou pas voulu quitter leurs domiciles et qui sont directement touchées par ces combats. En tout, plusieurs centaines de milliers de Yéménites sont affectés par ce conflit.

Pensez-vous pouvoir bientôt accéder aux populations en danger ?
Nous plaidons pour que la zone devienne accessible à l’aide humanitaire ou au moins pour un système d’évacuation médicale pour les personnes qui ont besoin de soins, comme les femmes qui accouchent, par exemple. Mais rien n’est encore fait pour l’instant en ce sens. La seule bonne nouvelle pour l’instant, c’est que nous pouvons fournir des soins, de l’eau, des vivres aux familles qui arrivent à quitter la province de Saada. La mauvaise nouvelle, c’est que toutes les autres familles vulnérables restent pour le moment isolées.

Selon vous, comment va évoluer la situation dans les semaines à venir ?

Il faut s’attendre, au minimum, à 150 000 personnes déplacées dans les prochains jours. Et si l’accès à la province touchée continue à être quasi-nul, la situation pourrait encore s’aggraver pour les populations. Le scénario est donc catastrophe et nous sommes extrêmement inquiets. 

 

 

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