Yémen : « Les enfants sont avant tout des victimes de la crise ! »

Publié le 13 avril 2011 | Modifié le 31 août 2015

Depuis plusieurs semaines, le Yémen est en proie à de violentes manifestations anti-gouvernementales. Mais contrairement aux autres pays arabes qui voient aussi leur population se soulever, le Yémen ne dispose pas d’une classe moyenne jeune et éduquée. Ce qui rend les jeunes manifestants particulièrement vulnérables. Sur le terrain, l’Unicef agit donc pour protéger ces jeunes en quête de changement. Geert Cappelaere est le Représentant du bureau de l’Unicef Yémen. Il témoigne de la situation.

 

 

Quel est l’impact de la crise politique sur les enfants ?
 

C’est bien sûr un impact très négatif. Parmi les 150 personnes qui ont été tuées, officiellement, depuis le début du conflit, 20% sont des enfants. Dans les manifestations, on en voit beaucoup. Certains sont avec leurs parents, d’autres viennent spontanément. Souvent, il y a des manifestants qui entrent dans les écoles pour aller chercher les enfants qui sont en classe, pour qu’ils se joignent au mouvement. Les enfants sont avant tout des victimes !

Le conflit a un vraiment impact direct sur l’éducation. De plus en plus d’établissements scolaires ferment, de plus en plus de professeurs sont en grève, de plus en plus de parents ont peur d’envoyer leurs enfants à l’école…Avant cette crise, la situation des enfants au Yémen était déjà grave. Le taux de scolarisation était déjà globalement bas. Par exemple, seulement 6 filles sur 10 allaient à l’école avant que la crise éclate. Ou encore, certains enfants souffraient de malnutrition, c’était un problème chronique dans le pays. Et là, ça va de pire en pire.

 

Comment l’Unicef intervient auprès des jeunes, dans un tel contexte ?

Au Yémen, 55 % de la population ont moins de 18 ans. C’est pour ça qu’il faut absolument investir dans l’éducation. Si on abandonne l’éducation, le Yémen va vers la dérive. Nous sommes favorables à ce que les jeunes s’expriment…cependant, actuellement, ils s’expriment dans la rue, où ils sont confrontés à une grande agitation.

Après les manifestations qui ont eu lieu en Egypte, en Tunisie, etc., le Yémen a suivi le mouvement.  Les jeunes de ce pays aussi aspirent à plus de liberté, plus de justice, et nous comprenons leur frustration. Mais notre devoir, c'est de les protéger face aux violences auxquelles ils sont confrontés aujourd'hui.
 
On encourage les parents à permettre à leurs enfants de continuer à aller en classe, quand les manifestations ne perturbent pas l’accès à l’école
. Pour l’Unicef, l’école doit être un lieu de paix, de respect. On se mobilise aussi pour apporter un soutien psychosocial aux enfants qui sont particulièrement affectés par ce qui se passe. Nous nous rapprochons également des chefs religieux, des chefs de tribus et des organisations communautaires qui ont une place importante dans la société yéménite, pour défendre les droits des enfants.

Nous avons également créé un compte "Unicef Yémen" sur Facebook, en arabe et en anglais, pour permettre aux jeunes de s’exprimer, de s’informer…C’est un très bon moyen de communication.

 

Quelles sont les répercussions du conflit sur les programmes de l’Unicef ?

Cette situation se fait ressentir sur les programmes réguliers de notre organisation. Actuellement, 60% de nos programmes sont suspendus ! Plus personne, ou très peu de gens, ne travaille dans les ministères. Même chose parmi nos partenaires, dont certains sont en grève. Le secteur de la santé souffre particulièrement de cette situation. Et de nombreuses villes sont immobilisées par les manifestations.

Heureusement, la plupart des programmes que nous finançons dans les zones rurales continuent.  Pour les maintenir, on essaie de diversifier les partenaires avec lesquels on travaille (ONG, organisations de la société civile…) Dans le nord du pays, nous avons intensifié notre action, car avant cette crise nationale, un conflit régional y sévissait déjà. Aujourd’hui, on commence à parler d’une désintégration de l’État. Par conséquence, l’Unicef doit se préparer au pire. On doit investir plus dans l’eau, l’éducation, la nutrition, la protection…mais il nous manque beaucoup de moyens financiers, près de 27 000 000 €, pour assurer la réponse d’urgence !

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