Yémen, un pays oublié

Publié le 04 septembre 2012 | Modifié le 31 août 2015

Le représentant de l’UNICEF au Yémen fait le point sur la situation des enfants et les actions entreprises par notre organisation dans ce pays méconnu. Lutte contre la malnutrition, équipements sanitaires, éducation : le Yémen a besoin de tout.

 

 

 

Qui connaît vraiment le Yémen ? « Trop peu de monde », regrette Geert Cappelaere (photo). De passage à Paris, le représentant du bureau UNICEF Yémen, en poste depuis trois ans, explique comment il se bat pour sortir du néant médiatique un pays en demande d’aide massive, et donc de financements. Présent sur place depuis 35 ans, l’UNICEF a récemment redéfini ses priorités et réorienté ses actions. Avec comme objectif final de venir en aide à des enfants victimes de malnutrition, de problèmes sanitaires et trop souvent privés d’école. 

 

Quelle est la situation du Yémen ? 

Geert Cappelaere : Du fait de sa position géographique, proche des pays riches du Golfe, la perception du Yémen dans l’esprit des gens est mauvaise. En réalité, c’est un pays en fort sous-développement, récemment réunifié entre le Nord et le Sud (en 1990), sujet à des conflits récurrents. Sa culture tribale, très ancrée, a pour conséquence d’affaiblir le pouvoir central du gouvernement dans la capitale, Sanaa. Suite au « printemps arabe » yéménite, un président intérimaire a été élu et de nouvelles élections sont prévues en 2014. Mais les tensions et l’insécurité persistent. 

 

Dans ce contexte difficile, comment vivent les enfants ? 

Les enfants représentent un peu plus de la moitié des 25 millions d’habitants du Yémen. Ils subissent une situation de sous-développement effective depuis des décennies et un certain désintérêt de la communauté internationale. Concrètement le pays doit composer avec 500 000 déplacés qui vivent dans des camps, chez des proches ou dans des écoles. Les problèmes de malnutrition sont criants : près d’un million d’enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition aigüe, dont environ 267 000 de malnutrition aigüe sévère. 58 % des enfants du pays souffrent de malnutrition chronique, soit la pire situation au monde après l’Afghanistan.

L’accès à l’eau potable ne concerne que 62 % des enfants ; pour les installations sanitaires, le chiffre tombe à 52 %. Le taux de scolarisation en primaire serait d’environ 70 %, mais seules 20 à 25 % des filles ont accès aux études secondaires, de piètre qualité. Sans oublier les milliers d’enfants soldats enrôlés dans les conflits. Enfin, les mariages précoces touchent 30 à 35 % des filles de moins de 18 ans.

 

Quel est le rôle de l’UNICEF et ses besoins ?  

L’UNICEF a décidé de mieux cibler ses interventions : moins de priorités, mais plus d’investissements et d’efficacité. Trois grands axes guident désormais notre mission : d’abord, recueillir et analyser des données nationales sur la situation des enfants. Cela peut paraître surprenant mais le pays ne disposait d’aucune données de ce genre, indispensables pour mener une action coordonnée et bien orientée.

Ensuite, il faut développer un accès équitable aux services sociaux de base, afin de combattre la malnutrition et, surtout pour les filles, la sous-éducation. Cela implique d’agir sur plusieurs leviers en amont : il faut s’attaquer aux questions de santé, de l’eau potable, des coutumes dans les familles, etc.

Dernier point, et c’est primordial : il faut reconstruire un tissu social et une société civile capable de relayer les actions entreprises, de les partager et de les faire accepter durablement par la population. En ce sens, l’UNICEF contribue à recentrer le débat autour du Yémen sur la population et ses besoins. 

 

 

 En savoir plus

- Au Yémen, l’UNICEF mobilise 63,6 millions d’euros par an. Une somme considérable qui est encore loin d’être réunie pour 2012 : « Il nous manque 27,8 millions d’euros à trouver d’ici la fin de l’année », confirme Geert Cappelaere.

- Le comité français de l’UNICEF a contribué à financer des programmes d’urgence à hauteur de 450 000 euros entre 2011 et 2012. En plus, cette année et l’année prochaine, l’UNICEF France soutient à hauteur de 800 000 euros un projet en faveur de la démobilisation des enfants soldats.

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