Enfants migrants d'Afrique : L'Europe n'est pas leur objectif premier selon l'UNICEF

Publié le 26 juillet 2017 | Modifié le 19 septembre 2018

La grande majorité de ces enfants quittent leurs foyers sans que leurs parents le sachent et fuient à cause de problèmes chez eux

Genève, 25 juillet 2017 - Les enfants sur les routes de l'Europe en provenance de l'Afrique prennent la décision de quitter leurs foyers de leur propre chef et sans avoir l'intention de se rendre en Europe. Pour la majorité d'entre eux, les traumatismes et la maltraitance systématiques qu'ils subissent ou dont ils sont témoins en Libye les poussent à fuir vers l'Europe et à prendre la terrifiante route méditerrannéenne, selon une nouvelle étude commandée par l'UNICEF et menée par REACH.

Pas moins de 75% des enfants réfugiés et migrants interviewés en Italie dans le cadre de l'étude, ont pris la décision de faire le voyage seul. Le périple en lui-même peut prendre jusqu'à plus de deux années pour les enfants. L'une des principales raisons que les enfants donnent pour quitter leur foyer est la violence mais aussi les privations et les conflits. Le mariage des enfants est aussi la principale raison  avancée par une fille sur 5. Les périples des enfants en Europe sont souvent fragmentés et leur destination change en cours de route.

"Ce qui frappant dans cette étude, c'est qu'elle montre pour la première fois qu'il y a de beaucoup plus de raisons qui poussent les enfants à quitter leur foyer, que précédemment et beaucoup moins de facteurs qui les attirent en Europe" a déclaré Afshan Khan, la directrice régionale de l'UNICEF pour l'Europe et l'Asie centrale.

Le but de l'étude, fruit d'un partenariat entre l'UNICEF et REACH, est de fournir aux décideurs, aux partenaires et aux gouvernements des preuves sur ce qui conduit les enfants à fuir leur pays et leur foyer. Les interviews ont été menées dans les deux principaux points d'entrée en Europe - l'Italie et la Grèce - avec un total de 850 enfants, âgés de 15 à 17 ans.

Les enfants réfugiés et migrants en Italie, ont rapporté à l'unanimité que leur passage en Libye fut la partie la plus traumatisante de leur périple. Près de la moitié d'entre eux (47%) ont signalé avoir été kidnappés contre une rançon en Libye, et 1 enfant sur 4 (23%) a signalé avoir été arrêté de façon arbitraire et détenu sans motif. La plupart des enfants viennent de plusieurs pays d'Afrique subsaharienne mais certains d'entre eux d'aussi loin que le Bangladesh.

"Pour ceux qui souhaitaient venir sur le continent, l'attrait de l'Europe était une chance de poursuivre leur éducation, le respect de leurs droits et d'avancer dans la vie. Cependant, une fois arrivés en Europe, la réalité est bien différente et leurs espérances réduites à néant" affirme Afshan Khan.

En Grèce, l'étude a montré que pour un parent sur trois, assurer l'éducation de leurs enfants était la principale raison qui les ai fait quitter le pays d'origine pour l'Europe. Toutefois, l'étude sur les enfants réfugiés et migrants a révélé que les procédures interminables et la confusion autour de leurs droits ont conduit beaucoup d'enfants à quitter les systèmes de réception italien et grec et de fait à perdre leur scolarité et à être exposés à des risques élevés de maltraitance et d'exploitation.

Sur les 12 239 enfants arrivés en Italie au cours des 6 premiers mois de l'année, 93% voyageaient seuls.

Note aux médias :
Comme souligné dans l'étude, les profils des enfants arrivés en Italie et en Grèce varient de manière significative. Les enfants en Italie ont pris la décision de migrer individuellement (75% des enfants interrogés) et sont pour la plupart des garçons non accompagnés, âgés de 16 à 17 ans. En Grèce, les enfants ont pris une décision familiale commune et sont arrivés avec les membres de leur famille (91% des enfants interrogés), à un niveau égal entre les filles et les garçons et représentent toutes les classes d'âge.

Aux derniers sommet du G7 et du G20, l'UNICEF a appelé les gouvernements à agir pour protéger les enfants réfugiés et migrants en suivant son plan d'action en 6 points pour les enfants déracinés qui recommande une protection de tous les enfants déracinés par la guerre, la violence et la pauvreté. Le plan appelle les gouvernements à  :

1. Protéger les enfants réfugiés et migrants, en particulier les enfants non accompagnés, de l’exploitation et de la violence 
2. Mettre fin à la détention des enfants migrants ou demandant le statut de réfugié en proposant d’autres solutions pratiques
3. Préserver l’intégrité des familles – le meilleur moyen de protéger les enfants et de leur donner un statut juridique 
4. Permettre à tous les enfants réfugiés et migrants de continuer à apprendre et leur donner accès aux services de santé et à d’autres services de qualité
5. Insister pour que des mesures soient prises afin de combattre les causes sous-jacentes des mouvements massifs de réfugiés et de migrants
6. Promouvoir des mesures de lutte contre la xénophobie, la discrimination et la marginalisation dans les pays de transit et de destination

 

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