Soudan du Sud : une partie de la population au bord de la famine

Publié le 22 octobre 2015 | Modifié le 31 mars 2017

Soudan du Sud : 3,9 millions de personnes souffrent de la faim et des dizaines de milliers sont au bord de la famine. L'ONU demande un accès immédiat aux zones touchées par les conflits pour éviter une catastrophe.

DJOUBA, 22 octobre 2015 – Trois institutions des Nations Unies ont prévenu aujourd’hui que la grave crise de la faim qui sévit dans plusieurs régions du Soudan du Sud menace de se transformer en catastrophe, une nouvelle analyse ayant indiqué que 3,9 millions de personnes se trouvent en situation de grave insécurité alimentaire dans le pays.

L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Programme alimentaire mondial (PAM) et le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) ont demandé aux parties au conflit d’accorder de toute urgence un accès sans restrictions à l’État d’Unité, une région où, d’après une récente analyse du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), au moins 30 000 personnes vivent dans des conditions extrêmement précaires et risquent de mourir de faim. Depuis que la guerre a éclaté au Soudan du Sud il y a près de deux ans, c’est la première fois qu’une analyse IPC indique qu’une partie de la population se trouve dans la phase cinq (« catastrophe ») sur l’échelle en cinq points de l’IPC.

« C’est le début des récoltes et nous devrions observer une amélioration notable de la sécurité alimentaire dans tout le pays mais ce n’est malheureusement pas le cas dans des régions comme le sud de l’État d’Unité, où les populations sont au bord d’une catastrophe qui peut être évitée, a dit la Directrice du PAM Joyce Luma. Les populations du Soudan du Sud ont besoin de paix, d’une alimentation nutritive, d’une aide humanitaire et d’un appui pour leurs moyens de subsistance, en vue de survivre et de reconstruire leurs vies », a-t-elle ajouté.

Si l’on n’accorde pas de toute urgence un accès sans restrictions à l’aide humanitaire, l’insécurité alimentaire risque de se transformer en famine dans certaines régions de l’État d’Unité, où les secours ont été entravés par une violence redoutable et le manque d’accès ces derniers mois. Certaines familles déplacées affirment qu’elles survivent avec un seul repas par jour, composé d’un peu de poisson et de nénuphars.

« Depuis que les combats ont éclaté il y a près de deux ans, les enfants sont victimes des violence, des maladies, de la faim et ils vivent dans la peur, a déclaré Jonathan Veitch, le Représentant de l’UNICEF au Soudan du Sud.  Leurs familles ont été extraordinaires pour essayer de les faire survivre mais elles ont maintenant épuisé toutes leurs capacités d’adaptation. Les organismes humanitaires peuvent les aider, mais que si on nous donne un accès sans restriction. Sinon, de nombreux enfants risquent de mourir. »  

Dans l’ensemble du pays, l’analyse IPC indique que 3,9 millions de personnes au Soudan du Sud souffrent de la faim.

Bien que le nombre de ménages en situation d’insécurité alimentaire ait diminué, comme prévu, au cours de la saison des récoltes, il reste presque 80 % plus élevé qu’à la même période l’année dernière car même les populations vivant dans les États qui ne sont pas directement affectés par le conflit, en affrontent les conséquences à long terme, ainsi que les problèmes provoqués par des pluies irrégulières, une diminution des options en ce qui concerne les moyens de subsistance, des prix alimentaires élevés,  le coût des combustibles et l’inflation, dans un environnement économique généralement dégradé.

En outre, l’IPC souligne que la situation générale en matière de nutrition demeure grave, avec une prévalence de la malnutrition aigüe globale (MAG) chez les enfants de moins de 5 ans supérieure au seuil d’urgence dans les États touchés par les conflits, le Jonglei, le Nil Supérieur et l’Unité en septembre, et élevée tout au long de l’année dans les États du Bahr el Ghazal du Nord et du Warrap. Cette prévalence élevée est imputable à une consommation alimentaire insuffisante, aux mauvaises pratiques d’alimentation maternelle et infantile, aux maladies et à la limitation des prestations de services de santé et de nutrition.

Les trois organismes – qui travaillent pour la sécurité alimentaire et la nutrition -  ont également averti qu’à cause de la situation économique critique du pays, les prix alimentaires étaient plus élevés que jamais et affectaient le pouvoir d’achat des familles, aggravant les niveaux d’insécurité alimentaire. Même des régions qui n’étaient pas touchées auparavant montrent à présent des signes de sérieuse détérioration, avec d’importantes parties de la population touchées par la crise de la sécurité alimentaire dans les États de la région Bahr el Ghazal.

« Les moyens de subsistance ont été gravement compromis par les taux d’inflation élevés, la perturbation des marchés, les déplacements liés aux conflits, les pertes de bétail et de productions agricoles, » a expliqué Serge Tissot, le Chef  de la FAO au Soudan du Sud.

« De plus, a-t-il ajouté, lorsqu’on regarde la fin de la saison des récoltes pour 2015 à la fin de l’année, on peut s’attendre à une production céréalière inférieure à la moyenne en Ouganda, au Soudan et en Éthiopie, ce qui alourdira encore la facture des importations alimentaires au Soudan du Sud. En créant des moyens de soutenir les agriculteurs, les éleveurs et les pêcheurs, on renforcera la résilience de ces communautés. »

L’UNICEF, le PAM et la FAO, appuyés par d’autres partenaires des Nations Unies et des ONG, viennent en aide à des millions de personnes grâce à une assistance alimentaire et nutritionnelle vitale et à des trousses d’urgence pour la subsistance. Les missions d’intervention rapide permettent d’envoyer de l’aide dans les régions isolées qui seraient sinon coupées de l’accès humanitaire. L’appui rapide à la production alimentaire locale contribue à la sécurité alimentaire à plus long terme des personnes les plus affectées. Les institutions ont exhorté la communauté internationale à donner les ressources nécessaires pour soutenir et renforcer ces efforts cruciaux.

 

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