Aller à l’école quand on risque de mourir : quatre enfants syriens racontent

Publié le 01 octobre 2018 | Modifié le 05 octobre 2018

Fuyant les combats qui ont éclaté dans plusieurs régions de Syrie, de nombreuses familles ont trouvé refuge à Idlib, mais cette région du nord-ouest du pays est à son tour menacée. Les parents craignent des attaques contre les écoles et les enfants scolarisés vivent dans l’angoisse.

Abdullah, Ulfat, Maryam et Ridda sont tous les quatre élèves de la même école dans le sud d’Idlib, en Syrie. Trois d’entre eux ont connu les affres de la guerre et gardent en mémoire des souvenirs difficiles à porter. Après avoir cheminé de ville en ville pour être en sécurité avec leur famille, ils sont arrivés à Idlib et ont repris les cours avec enthousiasme.

Maryam, une enfant syrienne de 7 ans vivant à Idlib

 

Je suis en CE1. Je viens du sud d’Idlib. J’aime bien mon école parce que j’ai des amis qui viennent de toute la Syrie dans mon école. Je vis ici avec mes parents et mes deux frères. Mon père vend des glaces. Je ne sais pas ce que l’on fera si des combats éclatent ici. Parfois, mes parents disent que l’on devra peut-être aller en Turquie si ça arrive.

Maryam, 7 ans

Leurs parents, eux, ont manifesté beaucoup d’inquiétude : « Les parents ont peur que les écoles soient prises pour cibles, ce qui occasionnerait de nombreuses morts et des blessés », explique un enseignant. Pour inciter les familles à envoyer leurs enfants à l’école, l’UNICEF a financé la réhabilitation de 122 écoles en Syrie, et 123 autres sont actuellement en travaux. Des formations ont été dispensées à 28 000 enseignants et des fournitures (dont 90 000 cartables) ont été distribuées à plus d’un million d’enfants.

Ridda, un enfant syrien de 12 ans vivant à Idlib

Je viens de Kafr Batna, en Ghouta orientale. Maintenant, je vis et je vais à l’école dans le sud d’Idlib. Je suis en sixième. Il y a six mois  environ, nous avons dû quitter la Ghouta orientale en bus et aller au nord de la Syrie. Quatre mois plus tard, nous sommes arrivés dans le sud d’Idlib. Je suis parti avec mes parents et ma sœur de sept ans. Elle a été blessée en Ghouta orientale, elle a reçu des éclats d’obus dans le cou. J’ai peur de la guerre et des combats. Je ne sais pas ce qu’on ca faire ni où on va aller si des combats éclatent ici.

Ridda, 12 ans

La guerre a laissé des traces profondes dans la vie de ces enfants. Plusieurs ont dû quitter l’école pendant des mois après avoir été déplacés dans plusieurs villes ou régions. Pour ces enfants, l’UNICEF a mis en place des programmes de rattrapage accéléré et des écoles ont été ouvertes tout l’été pour que des cours soient dispensés aux élèves qui avaient des lacunes ou des retards.

Ulfat, une enfant syrienne de 9 ans vivant à Idlib

Je viens de la campagne autour de Hama et je vis maintenant dans le sud d’Idlib. Je suis en CE1, mais je devrais être en CM1. J’ai dû arrêter l’école quand nous avons quitté Hama. Nous sommes passés par trois villes avant de venir ici. Ces deux dernières années, nous sommes allés de maison en maison. Je n’ai plus peur des combats. Ma maison à Hama me manque, nous y étions plus à l’aise et l’école était mieux. Mais je me plais bien ici maintenant que je me suis fait des amis à l’école.

Ulfat, 9 ans

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Les séquelles sont souvent psychologiques et sont perceptiblesau quotidien, comme l’explique un enseignant : « J’ai vu des élèves se cacher soudainement sous leur bureau après le passage d’une voiture bruyante dans la rue car ils pensaient que c’était une attaque. Les enfants qui viennent de zones assiégées ont pris l’habitude de ne rien gâcher, ne serait-ce qu’une miette de pain ou de biscuit. Si un bout tombe au sol, ils le ramasseront et le mangeront en disant qu’il ne faut pas gaspiller la nourriture. »

Abdullah, un enfant syrien de 8 ans vivant à Idlib

Je viens d’Alep. Il y a plusieurs années, quand les combats ont éclaté dans notre ville, nous avons fui à Raqqa. Ensuite, des combats ont eu lieu à Raqqa et nous sommes allés à Idlib. À Idlib, nous avons déménagé plusieurs fois, jusqu’à ce qu’on s’installe dans le sud de la ville il y a huit mois. Je suis là avec mes parents, ma sœur et trois de mes frères.

J’ai peur des bruits de la guerre. Quand j’entends les bruits des explosions, je cours me cacher. Avant, je courais chez le voisin parce qu’il y avait un souterrain où s’abriter. C’est à Raqqa que j’ai vu le plus de combats.

Je veux retourner dans ma ville, à Alep. C’est ma ville et elle est plus belle que là où nous sommes aujourd’hui. Mais l’école est bien. Je ne me souviens pas de celle où j’allais à Alep.

Abdullah, 8 ans

À l’UNICEF, nous nous efforçons d’accompagner ces enfants vers la résilience. Des espaces d’accompagnement psychosocial sont notamment mis en place. Et il y a tous les enfants qui vivent dans des zones difficiles d’accès. Pour eux, des programmes de cours en autodidacte ont été lancés. Les enseignants redoutent eux aussi que la situation empire et que les combats atteignent Idlib, mais beaucoup ont déjà résolu de continuer à travailler coûte que coûte pour assurer l’avenir des enfants : « Nous prévoyons d’aller là où les personnes déplacées se rassembleront, explique l’un d’eux. Nous ne cesserons pas d’enseigner. Nous suivrons les élèves là où ils iront et nous y organiserons des activités éducatives. »

Nous voulons donner à ces enfants la chance de se construire pour bâtir un meilleur avenir. Mais à ce jour, nous ne pouvons répondre qu’à 40% des besoins recensés. Aidez les enfants syriens, faites un don à l’UNICEF.

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