Bilan

Lutte contre le paludisme : où en est le Niger ?

À l’occasion de la quatrième Journée mondiale de lutte contre le paludisme, l’Unicef France fait un petit coup de projecteur sur le Niger. Notre association y avait financé un programme pour lutter contre la maladie entre 2002 et 2004, et dans le cadre des Objectifs du Millénaire pour le Développement, l'Etat nigérien a lancé plusieurs réformes de santé afin de réduire l'impact de cette maladie. Khaled Bensaïd est médecin et responsable de la survie de l’enfant au bureau de l’Unicef Niger, à Niamey. Il répond à nos questions.

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Lutte contre le paludisme : où en est le Niger ?
Grâce aux cases de santé, les zones enclavées ont accès aux premiers soins de base face au paludisme.
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À

En savoir plus :

Reportage :
"La mort du paludisme ?", au Rwanda (Damien Roustel).

Le 25 avril 2011 : "Faire des progrès et avoir un impact".

Les cases de santé sont gérées par un agent, est formé pendant 6 mois (niveau de 3e), choisi par sa communauté. Les centres de santé sont gérés par des techniciens de santé, formés pendant 3 ou 4 ans (niveau terminal). Des soins plus développés que dans les cases de santé y sont dispensés.

Les chiffres clés du paludisme au Niger :

-Aujourd’hui, il y a 4 millions d’enfants de moins de 5 ans. C’est le groupe cible le plus à risque.
-Il y a chaque année 800 000 femmes enceintes. C’est aussi une population à risque.
-Fin 2010, plus de 80% des ménages disposaient de moustiquaires imprégnées. Alors qu’en 2006, ils n’étaient que 14%, et seulement 7% des enfants de ces ménages utilisaient une moustiquaire.

 

 

Où en est le Niger en matière de prise en charge du paludisme ?
 

De grands changements ont eu lieu ces dernières années. Et cela grâce à deux principaux facteurs. En 2006, le gouvernement nigérien a rendu gratuit l’accès aux soins pour les enfants de moins de 5 ans. Une décision historique ! Ensuite il y a eu dès 2007 l'intégration de la prise en charge des cas de paludisme dans les cases de santé, dont l'important réseau, qui comptait déjà plus de 1800 unités, représentait une excellente alternative aux difficultés d'accès géographique rencontrées par la population. Les cases de santé ont été construites à partir de l'année 2000, grâce au Programme de la Présidence sur fonds de l'IPPTE*. L'objectif était de faire de ces cases de santé une première porte d'entrée dans le système de santé global. Dix ans plus tard, on en comptait 2500, dont 2300 étaient déjà opérationnelles.

Entre 2000 et 2005, il y avait une moyenne annuelle de 800 000 cas de paludisme notifiés, sauf en 2002 où il y a eu 1 200 000 cas à cause d'une forte saison de pluie. Quoi qu'il en soit, les cas notifiés ne sont que la partie visible de l’iceberg. En 2010, on a notifié 3 200 000 cas de paludisme. Ce qui signifie qu’avant cela, beaucoup de personnes atteintes du paludisme ne se manifestaient pas aux services de santé. Les 3 200 000 cas expriment aussi la nette amélioration de l'accès aux soins par la promotion de la case de santé. Dans la plupart des cas, les cases couvrent les populations les plus enclavées et donc les plus pauvres. A partir de 2009, comparée à avant 2006, la mortalité liée au paludisme a été réduite de moitié ! Un meilleur accès aux soins a permis une prise en charge plus précoce du paludisme, d’éviter un certain nombre de complications et de limiter les décès. Un autre indicateur de l'impact de la gratuité, qu'on a pu remarquer à partir de 2009, c’est que plus de 55 % des cas notifiés de paludisme étaient des enfants de moins de 5 ans. Ce qui n'était pas le cas avant.

 

Que fait plus particulièrement l’Unicef pour lutter contre cette maladie au Niger ?

Nous nous sommes investis très tôt dans la promotion d’un « paquet minimum » d’activités pratiqué par les cases de santé afin qu’elles soient capables de donner des soins de base pour les problèmes de santé les plus fréquents. Entre 2007 et 2010, nous avons assuré le support technique et financier au Ministère de la santé pour former 2125 agents de santé communautaires et près de 800 techniciens de santé (infirmiers) dans la prise en charge des 3 principales maladies infectieuses de l'enfant : paludisme, infections respiratoires aigues et diarrhée.

À l’issue de cette formation, une supervision sur le terrain a montré que plus de 82 % des agents de santé pouvaient désormais assurer une prise en charge correcte des cas de paludisme simple. C’est le cas de près de 92% des 2502 cases de santé en 2011. Dans les faits, c'est comme cela que l’Unicef souhaite encore aider le Ministère de la Santé : faire de ces cases de santé une première porte d’entrée dans le système de santé pour un certains nombre de problèmes de santé dont la prise en charge ne nécessite un haut niveau de technicité. Enfin, rappelons qu’aujourd’hui 60 % de notre budget est destiné à l’achat de médicaments dont ceux pour traiter le paludisme.

 

Qu’est-ce qui pose encore problème dans la prise en charge de maladie ?

Le paludisme reste toujours la première cause de mortalité au Niger. La lutte contre cette maladie est multiforme : pour la prévention primaire, comme la lutte anti larvaire, elle ne semble pas intéresser les "gros" bailleurs de fonds qui restent réticents vis-à-vis de cette stratégie. En ce qui concerne la prévention secondaire, comme l'utilisation des moustiquaires imprégnées, le Fonds Mondial en distribue tous les 4 ou 5 ans. En 2005, 1,5 million de moustiquaires ont été distribuées, mais c’était insuffisant pour couvrir toute la population. Il faudrait idéalement atteindre 80% de la population ciblée pour que cela ait un impact significatif.

En ce qui concerne l'avenir, je pense personnellement, qu’avec toutes les réformes de santé en cours et à venir et grâce à la dynamique entamée par le gouvernement nigérien, le Niger n’aura pas trop de mal à atteindre l’OMD 4. Il est en bonne voie. Pour l’OMD 6, si les efforts fournis jusque là pour assurer l’accès gratuit aux enfants de moins de 5 ans, avec une augmentation du budget de secteur de la santé, le pays peut avoir de bons résultats. De toute façon, il faut que les bailleurs de fonds et les Partenaires Techniques et Financiers continuent à soutenir les efforts du gouvernement nigérien, pour aller, au delà de la lutte contre le paludisme, dans le sens d’un renforcement général du système de santé.

 *IIPPTE : Initiative Pays Pauvres Très Endettés

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