Interview

Pour une vraie politique de l’enfance !

Les Etats généraux de l’enfance débutent cette semaine. L’occasion de faire le point sur la situation des enfants en France. L’Unicef œuvre pour tous les enfants du monde et son mandat l’amène également à travailler pour les enfants vivant sur le territoire français, qu’ils soient Français ou étrangers. Zoom sur la situation de ces enfants, avec Jacques Hintzy, Président de l’Unicef France.

Pour une vraie politique de l’enfance !
En France, de nombreux enfants sont en souffrance.
De
À

Qui sont ces enfants en souffrance sur le territoire français ?

Ils sont nombreux. Enfants et adolescents pauvres, vulnérables, mal-logés, en situation de handicap. Mais aussi enfants et adolescents roms, adolescents en errance, prostitués, mineurs étrangers isolés… Nous nous préoccupons aussi des enfants délinquants, adolescents incarcérés, enfants et adolescents discriminés… La liste est longue !
 

Vous dressez un tableau plutôt noir de la situation des enfants vivant sur le sol français, vous avez des chiffres qui traduisent cette souffrance?
 

Oui, sur le sol français, de nombreux enfants et adolescents sont victimes de violences ordinaires ou de souffrances invisibles… En France, plus de deux millions d’enfants vivent sous le seuil européen de pauvreté, plus de 600 000 enfants souffrent d’être mal logés. Sans oublier près de 40 000 tentatives de suicide annuelles, environ 100 000 enfants signalés comme enfants en danger  chaque année et plus de 270 000 enfants confiés aux services de l’Aide Sociale à l’Enfance, séparés parfois durablement de leurs familles ou d’un environnement considéré comme trop délétère…
 

Quelles actions mène l’Unicef en France pour ces enfants vulnérables ?

Le mandat de l’Unicef France ne lui permet pas de développer de programmes directement auprès de ces enfants, ni de soutenir financièrement des projets sur le territoire français. Mais nous plaidons pour que ces situations cessent. Nous veillons ainsi à la meilleure application de la Convention internationale des droits de l’enfant, ratifiée par la France. Nous partageons par exemple notre expertise, en réseau, avec les acteurs de terrain et institutionnels investis notamment dans le champ de la protection de l’enfance et de la lutte contre les exclusions.

Nous faisons également entendre notre voix ou connaître nos positions lors de l’élaboration de nouveaux textes de loi ou lors des auditions de la France auprès du Comité des droits de l’enfant des Nations unies, à Genève. Et nous interpellons régulièrement les pouvoirs publics sur les aires de non-application de la Convention internationale des droits de l’enfant en France.
 

Quelles sont vos priorités aujourd’hui?

 

L’Unicef France saisit l’opportunité de l’organisation de ces Etats généraux de l’enfance pour  redire son attachement à la loi du 5 mars 2007 réformant la protection de l’enfance. C’est une bonne base pour appuyer une politique en faveur de l’enfance. C’est une loi consensuelle, en recherche d’un équilibre indispensable entre les droits de l’enfant et l’autorité parentale, entre la prévention et la protection, entre la protection administrative et la protection judiciaire. Nous veillerons à ce que l’esprit de ce texte et ses intentions initiales soient entièrement préservés.

Nous pensons également que ces Etats généraux de l’enfance devraient provoquer une large réflexion sur l’enfance. Le Comité des droits de l’enfant des Nations unies a souligné en 2009 l’absence de stratégie nationale globale pour les enfants et d’un plan national pour sa mise en œuvre en France, qui se fonderaient idéalement sur la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE). La France doit respecter ses engagements internationaux dans ce domaine.

Au-delà de ces Etats généraux de l’enfance, nous resterons très vigilants à toutes les formes d’atteintes qui pourraient être portées aux droits de l’enfant en France. Conformément à son mandat, l’Unicef poursuivra activement, dans les prochains mois, son plaidoyer en faveur d’une meilleure application de la CIDE en France.
 

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