COVID-19 : déclaration commune sur la Libye

Publié le 14 mai 2020

Déclaration commune sur la Libye d'OCHA, du HCR, d'UNICEF, du FNUAP, du PAM, de l'OMS

Genève/New York/Rome, le 13 mai 2020 - Le conflit et la pandémie de COVID-19 représentent une menace importante pour la vie en Libye.  La santé et la sécurité de toute la population du pays sont menacées.

Près de 400 000 Libyens ont été déplacés depuis le début du conflit il y a neuf ans - dont la moitié environ au cours de l'année écoulée, depuis le début de l'attaque de la capitale, Tripoli.

Malgré les appels répétés à un cessez-le-feu humanitaire, notamment par le Secrétaire général des Nations unies, les hostilités se poursuivent sans relâche, entravant l'accès et la livraison de fournitures humanitaires essentielles.  Les travailleurs humanitaires sont confrontés chaque jour à des défis importants pour poursuivre leur mission. En mars 2020, les partenaires humanitaires ont signalé un total de 851 entraves à l'accès du personnel humanitaire et des articles humanitaires à l'intérieur et à l'extérieur de la Libye.

La situation de nombreux migrants et réfugiés est particulièrement alarmante

Depuis le début de cette année, plus de 3 200 personnes ont été interceptées en mer et renvoyées en Libye. Nombre d'entre elles se retrouvent dans l'un des onze centres de rétention officiels. D'autres sont emmenées dans des installations ou des centres de rétention non officiels auxquels la communauté humanitaire n'a pas accès. Les Nations unies ont répété à plusieurs reprises que la Libye n'est pas un port sûr et que les personnes sauvées en mer ne doivent pas être renvoyées en détention arbitraire.

Les femmes et les enfants continuent de porter le poids du conflit armé en cours en Libye : au cours de l'année dernière, les Nations unies ont vérifié 113 cas de violations graves, notamment des meurtres et des mutilations d'enfants, des attaques contre des écoles et des établissements de santé. Les hôpitaux et les établissements de santé ont été visés par des bombardements, perturbant encore davantage le fragile système de santé libyen. Depuis le début de l'année, au moins 15 attaques ont endommagé des établissements de santé et des ambulances et blessé des agents de santé. Ces attaques constituent une violation flagrante du droit humanitaire international et sont encore plus flagrantes lors de la pandémie du COVID-19.

Le risque d'une nouvelle escalade de l'épidémie est très élevé

L'apparition du coronavirus en Libye représente une nouvelle épreuve pour le système de santé, déjà surchargé, et menace encore davantage les personnes les plus vulnérables du pays. Au 13 mai, on comptait 64 cas confirmés de COVID-19, dont trois décès, dans différentes régions du pays. Cela montre que la transmission se fait au niveau local/communautaire. Le risque d'une nouvelle escalade de l'épidémie est très élevé.

La sécurité alimentaire, qui constitue déjà un défi, est compromise par la propagation du COVID-19 et son impact socio-économique sur les familles libyennes. Les dernières évaluations du marché montrent que la plupart des villes sont confrontées à des pénuries de denrées alimentaires de base associées à une augmentation des prix. La disponibilité limitée des biens sur le marché et la hausse des prix ont un impact sur les plans, tout comme les perturbations de la chaîne d'approvisionnement. Il est essentiel de continuer à soutenir la sécurité alimentaire à l'intérieur du pays afin que cette crise sanitaire ne s'aggrave pas en devenant une crise alimentaire.

Nous demandons instamment à toutes les parties au conflit de protéger les installations vitales d'approvisionnement en eau. Nous sommes extrêmement préoccupés par le fait que les installations d'approvisionnement en eau ont été délibérément ciblées ou attaquées sans discernement. Cela touche des milliers de femmes et d'enfants et entrave les efforts visant à mettre en œuvre des mesures de prévention de base contre les virus, comme le lavage des mains.

Notre appel pour un cessez-le-feu mondial

Nous soutenons l'appel du Secrétaire général à un cessez-le-feu mondial et à une trêve humanitaire pour sauver des vies et permettre aux autorités libyennes et à leurs partenaires de consacrer leur énergie à arrêter la propagation du COVID-19. La communauté internationale ne doit pas fermer les yeux sur le conflit en Libye et ses effets catastrophiques sur les civils, y compris les migrants et les réfugiés, dans tout le pays.

Malgré d'énormes défis, les Nations unies et nos partenaires humanitaires ont continué à atteindre les personnes les plus vulnérables en Libye. Des fonds sont requis d'urgence, notamment pour des services habilitants vitaux tels que le Service aérien humanitaire des Nations unies, si nous voulons continuer à répondre aux besoins d'urgence. Nous attendons avec impatience le soutien financier promis au plan d'intervention humanitaire pour la Libye, comme annoncé par le gouvernement d'accord national. Les donateurs ont apporté leur soutien. Nous leur demandons de continuer à faire preuve de générosité et de se tenir aux côtés du peuple libyen dans sa quête de paix et en ce moment de grand besoin.

Signataires :
Mark Lowcock, secrétaire général adjoint des Nations unies aux affaires humanitaires
Filippo Grandi, Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés
Henrietta Fore, directrice générale d'UNICEF
Dr. Natalia Kanem, directrice exécutive du Fonds des Nations unies pour la population
David Beasley, directeur exécutif du Programme alimentaire mondial

Soutenir nos actions