Education : de grandes disparités dans la répartition des dépenses publiques

Publié le 17 janvier 2020

Alors que la réunion annuelle du Forum économique mondial commence demain et que les ministres de l'Education se réunissent aujourd'hui au Forum mondial de l'éducation, UNICEF exhorte les décideurs à s'attaquer aux « honteuses » disparités constatées dans les dépenses publiques d'éducation.

Davos/Genève/New York/Paris, le 20 janvier 2020 – En France, les fonds alloués à l'éducation des enfants des 20 % de ménages les plus riches représentent environ 1,3 fois le montant des fonds alloués à l'éducation des enfants des 20 % de ménages les plus pauvres, selon un nouveau document UNICEF. 

Lancé aujourd'hui, alors que les ministres de l'Education se réunissent au Forum mondial de l'éducation à Londres et que les dirigeants se préparent pour la réunion annuelle du Forum économique mondial à Davos, le document intitulé « Addressing the learning crisis : an urgent need to better finance education for the poorest children » met en lumière les disparités majeures dans la répartition des dépenses publiques d'éducation dans la majorité des pays. 

« Tant que les dépenses publiques d'éducation seront disproportionnellement orientées vers les enfants des ménages les plus riches, les plus pauvres n'auront que peu d'espoir d'échapper à la pauvreté, d'acquérir les compétences dont ils ont besoin pour être compétitifs et réussir dans le monde d'aujourd'hui, et de contribuer à l'économie de leur pays », a déclaré Sébastien Lyon, directeur général d’UNICEF France.

Une crise d'apprentissage paralysante

L'analyse, qui utilise les données de 42 pays dont la France, souligne que 10 pays d'Afrique sont responsables des plus grandes disparités dans les dépenses d'éducation, avec quatre fois plus de fonds alloués aux enfants les plus riches qu'aux plus pauvres. 

En Guinée et en République centrafricaine - pays où les taux d'enfants non scolarisés sont parmi les plus élevés du monde - les enfants les plus riches bénéficient respectivement de neuf et six fois plus de fonds publics pour l'éducation que les enfants les plus pauvres. 

La Barbade, le Danemark, l'Irlande, la Norvège et la Suède sont les seuls pays inclus dans l'analyse qui répartissent équitablement le financement de l'éducation entre les quintiles les plus riches et les plus pauvres. 

Le document note que le manque de ressources disponibles pour les enfants les plus pauvres exacerbe une crise d'apprentissage paralysante, car les écoles ne parviennent pas à offrir une éducation de qualité à leurs élèves. Selon la Banque mondiale, plus de la moitié des enfants vivant dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire ne peuvent pas lire ou comprendre une histoire simple à la fin de l'école primaire. 

Le financement limité et inégalement réparti se traduit par des classes à effectifs importants, des enseignants mal formés, un manque de matériel éducatif et une infrastructure scolaire médiocre. Cela a aussi un impact négatif sur la fréquentation, la scolarisation et l'apprentissage. 

Le document note également que près d'une adolescente sur trois dans les ménages les plus pauvres du monde n'a jamais été à l'école. La pauvreté, la discrimination fondée sur le sexe, le handicap, l'origine ethnique ou la langue d'enseignement, l'éloignement physique des écoles et la médiocrité des infrastructures sont autant d'obstacles qui continuent d'empêcher les enfants les plus pauvres d'accéder à une éducation de qualité. L'exclusion à chaque étape de l'éducation perpétue la pauvreté et est un facteur clé de la crise mondiale de l'apprentissage.

Ainsi, le document énonce des lignes directrices claires :

  • Dans le cadre de l'allocation des ressources nationales, les fonds doivent être distribués de manière à ce que les enfants des 20 % de ménages les plus pauvres bénéficient d'au moins 20 % du financement de l'éducation. 
  • Donner la priorité au financement public des niveaux d'éducation inférieurs - où les enfants des ménages les plus pauvres sont le plus représentés - et augmenter progressivement les allocations aux niveaux supérieurs lorsque la couverture est proche de l'universel aux niveaux inférieurs.
  • Fournir au moins une année d'enseignement pré primaire universelle pour chaque enfant. L'éducation pré primaire est le fondement sur lequel repose chaque étape de la scolarisation. Les enfants qui achèvent l'enseignement pré primaire apprennent mieux, ont plus de chances de rester à l'école et de contribuer davantage à leur économie et à leur société lorsqu'ils atteignent l'âge adulte. L'affectation d'au moins 10 % des budgets nationaux de l'éducation contribuera à la réalisation de l'accès universel. 

Notes aux rédactions :

  • Le point de données sur les adolescentes des ménages les plus pauvres se réfère aux filles de 10 à 19 ans du quintile le plus pauvre qui n'ont jamais été à l'école.
  •  Le point de données sur les dix pays d'Afrique qui présentent les plus grandes disparités dans les dépenses publiques d'éducation se rapporte à la Guinée, à la République centrafricaine, au Sénégal, au Cameroun, au Bénin, au Niger, au Rwanda, au Ghana, au Togo et à la Tunisie.

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