Enfant-soldat au Soudan du Sud, Anna raconte sa traumatisante expérience

Publié le 07 février 2020

Enlevée à sa famille et forcée à rejoindre un groupe armé, la jeune Anna a vécu pendant plusieurs années dans la peur de mourir si elle n'obéissait pas à ses ravisseurs, jusqu'à ce qu'elle parvienne à s'échapper et qu'UNICEF la mette à l'abri.

Quand on parle à Anna* de l’époque où elle a été enrôlée de force dans un groupe armé, ses yeux s’éteignent. L’adolescente de 16 ans semble partir loin, très loin de la machine à coudre placée devant elle. Quelques minutes auparavant, elle travaillait minutieusement à la confection d’une pièce de tissu coloré. Autour d’elle, dans cette pièce du centre de formation de Yambio au Soudan du Sud, on trouve de nombreuses autres jeunes filles, alors qu’ici, la plupart des couturiers sont des hommes. Chacune de ces adolescentes a une histoire particulière, même si toutes ont en commun le fait d’avoir été kidnappées par un groupe armé. Une majorité d’entre elles a été violée ou agressée sexuellement. Certaines ont été utilisées pour nettoyer, cuisiner, aller chercher du bois pour le feu ou d’autres corvées. D’autres ont été entraînées pour devenir des soldats. C’est à ce groupe-là qu’appartient Anna.

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La vie d’enfant-soldat

Elle n’avait que 13 ans lorsqu’elle a été enlevée tandis qu’elle était en chemin vers l’école. Elle a été emmenée de force dans un camp militaire : « On m’a donné une arme et on m’a montré comment être un soldat. Je détestais ça, donc je me suis échappée. » Sa fuite n’est survenue qu’au bout de plusieurs mois. Pendant plus d’un an, l’adolescente a connu une plongée dans l’horreur. « On devait voler et piller pour nourrir le groupe, ce qui impliquait de frapper des gens, voire de les tuer… Parfois, c’était des enfants. » En se remémorant ce souvenir, Anna baisse les yeux et se caresse machinalement le bras, comme pour se réconforter : « J’ai vu des gens mourir, confie-t-elle, même des gens du groupe puisque les commandants te tuaient si tu désobéissais aux ordres. »

Être une fille au milieu de ce groupe armé était en soi une source de danger supplémentaire. Les commandants prenaient certaines adolescentes pour femme. Cela n’empêchait pas les autres soldats de commettre des viols sur ces mineures. Anna garde les yeux fixés au sol. « C’est difficile de parler du passé, explique-t-elle. J’ai encore mal. »

L’adolescente poursuit malgré tout son récit en indiquant avoir fui, même si elle précise ne pas vouloir s’étendre sur les circonstances de son échappée. Grâce à UNICEF, elle a pu être mise à l’abri dans un centre sécurisé, où le groupe armé qui l’avait enlevée n'a pas pu la récupérer. Dans cet établissement, elle a pu bénéficier d’un intense accompagnement psychosocial assuré par Eunice, une assistante sociale (en photo ci-dessous).

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Eunice, une travailleuse sociale d'UNICEF au Soudan du Sud, accompagne d'anciens enfants-soldats

Protéger les enfants de la violence

Eunice est un pilier dans la vie d’Anna. « J’ai passé des heures à parler avec elle de ce qu’il s’est passé, explique la professionnelle recrutée par UNICEF. Elle était très affectée et apeurée quand elle s’est enfuie – et elle avait raison de l’être. Elle va beaucoup mieux maintenant, mais elle était agressive avec tout le monde autour d’elle. » Pour les anciens « enfants-soldats », UNICEF a mis en place un programme de réintégration où chaque enfant dispose du soutien d’un travailleur social dédié pendant trois ans. En fonction des besoins de l’enfant, un plan est établi pour penser sa réintégration au sein de sa famille et plus largement de sa communauté.

Une fois passé le risque qu’Anna soit de nouveau enlevée, elle a pu retrouver sa famille, ainsi que son école – elle était en quatrième, au moment de son rapt. Les ressources de ses proches étant très faibles – Anna vit avec sa grand-mère et son père est atteint de cécité – elle a entrepris une formation à la couture, mais elle entend reprendre ses études au plus vite pour réaliser son rêve : « Je veux devenir médecin pour aider les gens autour de moi, espère-t-elle. J’ai vu tellement de souffrance que je veux pouvoir aider. » Dans quelques semaines, elle recevra un diplôme en couture et du matériel pour pouvoir se lancer. Pendant encore un an, Eunice sera à ses côtés pour l’épauler. Quand Anna parle d’avenir, ses yeux reprennent vie.

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*Le prénom a été modifié.

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