Malnutrition : la situation au Burkina Faso

Publié le 17 septembre 2010 | Modifié le 31 mars 2016

Très exposés aux risques de crises alimentaires et nutritionnelles, les pays du Sahel forment un ensemble qui nécessite des interventions humanitaires fréquentes. Cette année, le Niger a souffert d’une crise alimentaire extrêmement sévère. Alors que son voisin le Burkina Faso a moins ressenti l’impact de cette crise. Hervé Péries, représentant de l’Unicef au bureau de Ouagadougou, répond à nos questions.

 

Comment se situe le Burkina Faso en matière de malnutrition par rapport aux autres pays du Sahel (Sénégal, Mauritanie, Niger, Tchad, Mali)?

 

Comme les autres pays du Sahel, le Burkina Faso est confronté chaque année à des risques importants en matière de sécurité alimentaire et nutritionnelle. Cet été, il y a eu une crise aigue au Niger, crise qui a été ressentie aussi à plus ou moins large échelle au Tchad, au Mali et au Burkina Faso, même si celui-ci a été moins affecté. Dans le cas du Burkina Faso, comme de ses voisins, la vigilance et les actions de nutrition en faveur des enfants restent de mise.

 

Quels sont les problèmes climatiques auxquels est confronté le Burkina Faso ?

 

Le Burkina Faso peut être confronté à des épisodes de sécheresse, nécessitant une réponse d’urgence massive, comme c’est le cas au Niger actuellement. Le pays peut aussi être frappé de plein fouet par des inondations, parfois extrêmement violentes. Dans les deux cas, cela entraîne généralement des crises alimentaires et nutritionnelles. C’est dans ces moments-là qu’une réponse d’urgence est indispensable. Mais ces actions d’urgence ne doivent pas remplacer le travail de fond, indispensable en matière de lutte contre la malnutrition, notamment chez le jeune enfant et chez les femmes enceintes et allaitantes. Le gros problème que l’on rencontre au Sahel de manière générale, c’est que la malnutrition n’est prise en compte que lorsque l’urgence est visible. Le reste du temps, les actions de nutrition manquent chroniquement de financements !

 

Quelles sont les actions de l’Unicef pour répondre aux crises nutritionnelles ?

 

-Sur le terrain l’Unicef apporte une réponse nutritionnelle thérapeutique destinée aux cas de malnutrition aigue sévère, à travers les centres de réhabilitation et d’éducation nutritionnelle (CREN) et les programmes de traitement ambulatoire. On soutient aussi la réalisation des enquêtes nutritionnelles afin d’évaluer la sévérité du problème et d’identifier les zones où résident les enfants malnutris qui doivent ensuite être pris en charge. Pour ce faire, on utilise principalement les aliments thérapeutiques prêts à l’emploi (comme le plumpy'nut).

 
-Sous la conduite du Gouvernement burkinabé, notamment du ministère de la santé, et en étroit partenariat avec les ONG et le réseau des partenaires impliqués dans la nutrition, l’Unicef a aussi fortement contribué à la mise en place d’une stratégie et d’un plan d’action national de lutte contre la malnutrition. C’est très important pour améliorer la prise en charge des enfants malnutris et prévenir la malnutrition. De gros efforts sont nécessaires pour renforcer les compétences du personnel de santé. De plus, dans la mesure où une grande partie de la malnutrition est liée à un problème communication pour le changement de comportement en matière de nutrition, il faut plus d’intervenants bien formés pour développer les activités de nutrition.

 

Quels sont les enjeux qui attendent l’Unicef ?

 

Il est encore difficile de transformer des financements reçus dans le cadre de la réponse aux urgences nutritionnelles en financement de programmes nutritionnels pour mobiliser des partenaires sur le long terme. Cela demande beaucoup de travail. Mais c’est justement ce dont on a besoin pour accompagner durablement les actions de nutrition sur le terrain au niveau des structures de santé et au niveau communautaire. De plus, pour faire baisser durablement le taux de mortalité lié à la malnutrition, il faut accorder plus d’attention à l’assainissement, encore insuffisamment pris en compte dans les programmes de développement.

 
 
Comment se traduit la malnutrition sur le développement d’un enfant ?

 

Il y a plusieurs types de malnutrition, mais de manière générale, les enfants qui souffrent de la malnutrition sont plus fragiles. Les maladies ont un impact plus sévère sur un enfant malnutri. Ces enfants souffrent de troubles de croissance, ce qui entraîne des problèmes lors de leur développement physique et cognitif. Par conséquent, cela a aussi un lourd impact sur l’acquisition scolaire. Il est donc essentiel que ces enfants bénéficient depuis leur conception à leur naissance, puis jusqu’à l’âge de 2 ans, d’une alimentation adaptée. Les 1000 premiers jours de la vie de l’enfant sont décisifs pour son développement.

 

Qu’apporte l’Unicef en matière de connaissances nutritionnelles ?

 

L’éducation nutritionnelle se fait à deux niveaux. D’une part, dans les centres de santé où l’on travaille sur la communication pour l’adoption de comportements appropriés par les mamans. D’autre part, l’Unicef travaille étroitement avec la société civile, et notamment, les ONG, les groupements féminins et les structures communautaires dans le but d’améliorer la santé par la nutrition, mais aussi de diffuser les bonnes pratiques, comme la promotion de l’allaitement maternel exclusif chez les enfants âgés de moins de six mois et l’utilisation des farines de complément enrichis à partir de l’âge de six mois et l’allaitement prolongé jusqu’à 2 ans. Les femmes qui allaitent et celles qui sont enceintes ont des besoins alimentaires augmentés. On s’aperçoit que le message est simple mais peu connu des mamans. Souvent, elles ont des céréales, de l’arachide, des haricots, de l’huile et du sucre à leur disposition. Tous ces aliments peuvent être utilisés pour des bouillies enrichies. Enfin, l’école est aussi un lieu d’échanges entre l’aide humanitaire et les familles. On y développe avec le gouvernement des cantines scolaires. C’est une façon d’attirer l’enfant à l’école et de faciliter son apprentissage.

 
 
Comment anticiper ces périodes de crise alimentaires ?

 

Pour espérer faire baisser le taux de mortalité infantile dû à la malnutrition, il faut améliorer la production alimentaire, en mettant l’accent chez les petits producteurs qui sont généralement très pauvres. Paradoxalement, le Burkina Faso a une production céréalière globalement excédentaire, mais elle est inégalement répartie alors qu’il y a des poches d’insécurité alimentaire. Pour permettre une certaine sécurité alimentaire, le gouvernement met en place des ventes de céréales à des prix subventionnés destinés aux groupes les plus vulnérables. Mais cela ne suffit pas. On doit être là pour promouvoir les pratiques adéquates d’alimentation et d’hygiène de l’enfant.  Enfin, on fait la promotion des actions de santé préventives : l’utilisation de moustiquaires imprégnées et le recours à des soins précoces pour contrer la diarrhée, le paludisme et la pneumonie.

En conclusion, il faut souligner que des progrès ont été accomplis au Burkina Faso en matière de malnutrition grâce à un engagement plus important de l’État et des partenaires. Mais il faut rester vigilant car le pays est toujours tributaire d’épisodes de situation d’urgences localisées. Les crises alimentaires de 2008, 2009 et 2010 dans les pays du Sahel ont mis en exergue la nécessité de renforcer les capacités des gouvernements. Et aujourd’hui encore, il y a trop de besoins qui ne sont pas pris en charge. On est encore loin d’une sécurité nutritionnelle.

En savoir plus

Les chiffres-clés :

-La malnutrition représente 1/3 des causes directes et indirectes de mortalité des enfants de moins de 5 ans au Burkina Faso et au Sahel en général.

-En 2009, le Burkina Faso présente un taux de malnutrition aigue qui se situe à 11,3% et un taux de malnutrition chronique à 35,1% chez les enfants âgés de moins de 5 ans, soit plus de 330.000 enfants souffrant de malnutrition aigue et plus de 1.000.000 d’enfants souffrant de malnutrition chronique..

-Depuis la crise alimentaire liée à la crise économique en 2007-2008, l’Unicef a augmenté ses investissements en nutrition au Burkina Faso, en réponse à la forte demande gouvernementale en appui à la lutte contre la malnutrition: de 1 million de $ en 2006 à 6 millions de $ en 2009-2010.

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