Nigeria : 10 fois plus d'enfants utilisés dans des attaques-suicides

Publié le 12 avril 2016 | Modifié le 19 septembre 2018

Le nombre d’enfants impliqués dans des « attaques-suicides »au Nigeria, au Cameroun, au Tchad et au Niger a brusquement augmenté au cours de l’année passée, passant de 4 en 2014 à 44 en 2015, signale un rapport de l’UNICEF publié aujourd’hui. Plus de 75 % des enfants impliqués dans ces attaques sont des filles.

DAKAR/NEW YORK/GENÈVE, 12 avril 2016 – « Soyons clairs : ces enfants sont des victimes, pas des responsables, » explique Manuel Fontaine, Directeur régional de l’UNICEF pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale. « Tromper des enfants et les forcer à commettre des actes meurtriers est un des aspects les plus atroces de la violence au Nigeria et dans les pays voisins. »

Publié deux ans après l’enlèvement de plus de 200 écolières à Chibok, ce rapport, intitulé Beyond Chibok (Au-delà de Chibok), met en lumière des tendances alarmantes dans les quatre pays où Boko Haram a été actif au cours des deux dernières années :

•    Entre janvier 2014 et février 2015, le Cameroun a enregistré le nombre le plus important d’attaques-suicides impliquant des enfants (21), suivi par le Nigeria (17) et le Tchad (2)
•    Au cours des deux dernières années, près d’un auteur d’attaque-suicide sur cinq était un enfant et trois quarts de ces enfants étaient des filles. L’année dernière, des enfants ont été utilisés dans 1 attaque sur 2 au Cameroun, 1 sur 8 au Tchad, et 1 sur 7 au Nigeria.
•    L’année dernière, pour la première fois, les attaques-suicides à la bombe en général se sont répandues au-delà des frontières du Nigeria. La fréquence de l’ensemble des attaques-suicides s’est accrue de 32 en 2014 à 151 l’année dernière. En 2015, 89 de ces attaques ont eu lieu au Nigeria, 39 au Cameroun, 16 au Tchad et 7 au Niger.

L’utilisation calculée d’enfants qui pourraient avoir été forcés à transporter ces bombes, a créé une atmosphère de peur et de suspicion qui a des conséquences désastreuses pour les filles qui ont survécu à la captivité et aux violences sexuelles aux mains de Boko Haram dans le Nord-Est du Nigeria.

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Les enfants qui ont échappé aux groupes armés, ou qui en ont été libérés, sont souvent perçus comme des risques à la sécurité, ainsi que le montre une étude récente de l’UNICEF et de l’ONG International Alert. Les enfants qui naissent à la suite de violences sexuelles font également face à la stigmatisation et à la discrimination dans leurs villages, les communautés qui les accueillent, et dans les camps pour personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays.

 « Comme les attaques-suicides impliquant des enfants sont devenues ordinaires, certaines communautés commencent à considérer les enfants comme des risques pour leur sécurité, explique Manuel Fontaine. Cette suspicion envers les enfants peut avoir des conséquences dévastatrices ; comment une communauté peut-elle se relever quand elle rejette les sœurs, les filles et les mères de ses propres familles ? »

Au-delà de Chibok analyse les effets du conflit sur les enfants dans les quatre pays où Boko Haram est actif. Ce rapport note que :

•    Près de 1,3 million d’enfants ont été déplacés;
•    Environ 1800 écoles sont fermées – soit endommagées, soit pillées, soit incendiées ou encore utilisées par des personnes déplacées pour s’abriter ;
•    Plus de 5000 enfants sont signalés comme étant non accompagnés ou séparés de leurs parents.

L’UNICEF travaille au Nigeria, au Cameroun au Tchad et au Niger avec les communautés et les familles concernées pour combattre la stigmatisation des victimes ayant survécu aux violences sexuelles et pour mettre en place un environnement protecteur pour les enfants ayant été enlevés.

De concert avec ses partenaires, UNICEF travaille à fournir de l’eau salubre et des services sanitaires d’une importance vitale ; aide à rétablir l’accès à l’éducation en organisant des espaces d’enseignement temporaires et fournit des traitements thérapeutiques pour les enfants dénutris. L’UNICEF apporte également un soutien psychosocial aux enfants pour les aider à faire face à leur détresse émotionnelle.

La réponse à cette crise reste gravement sous-financée. Cette année, 11 % seulement des 97 millions de dollars nécessaires à l’action humanitaire de l’UNICEF ont été recueillis. L’UNICEF appelle les bailleurs de fonds à accroître leurs engagements pour contribuer à aider les enfants et les femmes du Nigeria, du Niger, du Cameroun et du Tchad victimes de cette crise.

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