Pas de répit pour les enfants en Syrie : les enfants handicapés menacés

Publié le 12 mars 2018 | Modifié le 12 mars 2018

En 2017, l’extrême violence du conflit a tué le plus grand nombre d’enfants jamais constaté, 50% de plus qu'en 2016.

BEYROUTH/AMMAN/DAMAS, le 12 mars 2018 – La guerre en Syrie continue de faire rage, et les enfants handicapés risquent chaque jour l’exclusion et l’oubli.

Le conflit syrien s'est poursuivi sans relâche jusqu'en 2017, tuant le plus grand nombre d'enfants jamais constaté, soit 50% de plus qu'en 2016. Au cours des deux premiers mois de 2018, 1 000 enfants auraient été tués ou blessés dans des violences de plus en plus intenses. Ce conflit constitue désormais la principale cause de décès chez les adolescents syriens.

Sami, 14 ans, originaire de Deraa, au Sud de la Syrie, est maintenant réfugié en Jordanie. Il raconte : « Je suis sorti jouer dans la neige avec mes cousins. Une bombe est tombée. J'ai vu les mains de mon cousin s'envoler devant mes yeux. J'ai perdu mes deux jambes. Deux de mes cousins sont morts et un autre a aussi perdu ses jambes. ».

« En situation de conflit, les enfants handicapés sont les plus vulnérables » explique le directeur régional de l'Unicef, Geert Cappelaere. « Ils ont souvent besoin d’un traitement et de services spécifiques. En tant qu'enfants, leurs besoins diffèrent de ceux des adultes. Sans possibilité d’accès à ces services, aux écoles ou aux accessoires d’assistance comme les fauteuils roulants, de nombreux enfants handicapés font face au risque très élevé d'être négligés et stigmatisés alors que le conflit se poursuit sans répit ».

L'utilisation d'armes explosives et la multiplication des attaques aveugles dans des zones densément peuplées ont tué un nombre croissant d'enfants, représentant désormais le quart des décès de civils.

3,3 millions d'enfants sont exposés à des risques d'explosion

Plus de 360 enfants ont été blessés en 2017, beaucoup en sont sortis handicapés. Mais ce ne sont là que les chiffres qui ont pu être vérifiés par les Nations Unies, les vrais sont probablement plus élevés.

  • On estime à 3,3 millions le nombre d'enfants qui sont exposés à des risques d'explosion, notamment à des mines terrestres, des engins non explosés et des dispositifs explosifs improvisés en Syrie.
  • Plus de 1,5 million de personnes vivent aujourd’hui avec un handicap permanent lié à la guerre, 86 000 d’entre elles ont perdu un ou plusieurs membres.
  • 80% des blessures des réfugiés syriens au Liban et en Jordanie sont directement dues à la guerre.
  • Le manque d'accès à des soins médicaux et psychologiques adaptés a aggravé les blessures et les handicaps des enfants.
  • Les enfants handicapés font face à des risques plus élevés de violence et ont beaucoup de mal à accéder aux services de base comme la santé et l’éducation.
  • Les risques de violence, d’exploitation, d’abus et de négligence envers les enfants handicapés sont accentués par la mort et le manque de personnel soignant sur place.
  • En situation de crise ou de conflit, les familles d'enfants handicapés manquent souvent de moyens pour fournir à leurs enfants l'équipement dont ils ont besoin.
  • Les pays voisins, fragilisés par l’instabilité et la stagnation économique, accueillent plus de 90% de tous les réfugiés syriens. Mais ce flux de réfugiés a mis à rude épreuve le dispositif d’aide mis en place, remettant en cause l’accès des Syriens aux services de base. Pour les familles d’enfants handicapés, le défi est donc double.
  • Pour les millions d'enfants qui ont dû fuir leur foyer en Syrie pour se réfugier dans les pays voisins, le voyage a été difficile, surtout pour les enfants handicapés pour qui la circulation routière, les fleuves et les débris de guerre non explosés constituent des obstacles encore plus dangereux.

 

La destruction et les attaques contre les infrastructures médicales et éducatives ont décimé les systèmes de santé et d'éducation du pays. En 2017, les Nations unies ont compté 175 attaques contre des structures médicales et éducatives et du personnel. C’est pour les enfants handicapés que cela a été le plus dur car ils n’ont désormais plus accès à des soins spécialisés et à des établissements scolaires adaptés à leurs besoins.

« À mesure que les chirurgies progressent pour les enfants handicapés ou défigurés par la guerre, on peut voir qu’ils retrouvent leur confiance en eux, comme s’ils étaient enfin devenus partie intégrante de ce monde », déclare le docteur Ghassan Abu Sitti, Chirurgien plasticien et de reconstruction, de l’Université américaine du Centre médical de Beyrouth. 

Mais les dégâts causés par les sept dernières années de cette guerre dévastatrice n’ont pas vaincu la détermination des enfants syriens.

« Malgré les blessures et le déplacement forcé, la volonté des enfants de Syrie ne connaît pas de frontières », a déclaré Geert Cappelaere. « Lorsque les enfants handicapés et leurs familles reçoivent le soutien et les services dont ils ont besoin, ils savent surmonter les défis auxquels ils sont confrontés et peuvent accomplir des exploits extraordinaires pour retrouver leur enfance, leur dignité et leurs rêves. »

De nombreuses actions à mettre en œuvre

La crise en Syrie est sans égal dans sa complexité, sa brutalité et sa durée et ne pourra pas être résolue sans changer de façon de faire. Au nom des enfants handicapés et de tous les enfants touchés par le conflit syrien, l'UNICEF demande aux belligérants, à ceux qui les influencent et à la communauté internationale, la mise en œuvre des actions suivantes en faveur des enfants, en Syrie et dans les pays d'accueil :

  • Mettre en place des services de réadaptation à long terme, de soins et de soutien psychosocial et psychologique pour les enfants ;
  • Améliorer l’accès aux services de base comme la santé, la nutrition, l’éducation, la protection des enfants et l’eau ;
  • Concevoir des programmes pour et avec la participation des enfants handicapés. Affecter les ressources nécessaires pour faire en sorte que les services publics incluent réellement ces enfants.
  • Augmenter l'aide financière donnée aux familles des enfants handicapés afin de faciliter l'accès aux équipements d'assistance comme les fauteuils roulants, les cannes et les prothèses ;
  • Travailler avec les communautés pour mieux inclure les enfants handicapés afin de lutter contre la stigmatisation ;
  • Fournir un financement flexible, illimité et pluriannuel pour répondre aux besoins des enfants, y compris des enfants handicapés et de leurs familles, afin d’améliorer leur accès à des services spécialisés. Pour soutenir les enfants touchés par la guerre en Syrie et dans les pays voisins, l'UNICEF a besoin de 1,3 milliard de dollars pour ses programmes en 2018 ;
  • Soutenir les efforts de reconstruction en accordant la priorité aux besoins des enfants, y compris des enfants handicapés. Au-delà des briques et des pierres, et pour obtenir le rétablissement de la paix, il faut réparer le tissu social déchiré et ramener une culture de tolérance et de diversité pour rassembler les communautés.
  • Mettre un terme aux violations graves commises à l’encontre des enfants : tueries, mutilations, recrutements pour le combat, attaques dans les écoles et les hôpitaux ;
  • Mettre définitivement fin à cette guerre en proposant une solution politique et stopper toutes les restrictions sur la distribution de l’aide humanitaire.

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