Avoir peur d’une écolière de 11 ans... Le Nigéria sous Boko Haram

Publié le 03 mai 2016 | Modifié le 09 mai 2016

Il y a deux ans, l’enlèvement par Boko Haram de 270 lycéennes à Chibok, au Nigéria, avait ému le monde entier et déclenché le mouvement « #BringBackOurGirls ». Depuis, 2000 autres enfants ont été kidnappés dans la région, 1.3 million sont déplacés… et le monde l’a à peine remarqué. Le point sur cette crise qui prend pour cible l’éducation, et les enfants.

Quoi de plus inoffensif qu’une petite fille de 11 ans ?
Quoi de plus sûr qu’une école ?
Qui de plus vulnérable, en situation de conflit, qu’un enfant seul ?

Boko Haram a provoqué l’impensable : que les populations se méfient des enfants, que les familles aient peur d’accueillir chez elles l’un d’eux trouvé seul dans la rue, que les parents craignent d’envoyer leurs enfants à l’école.

Comment ? En attaquant des écoles, en kidnappant les élèves. En tuant, en mutilant, en pillant. En faisant subir aux enfants des violences sexuelles, en les exploitant, en les enrôlant dans des groupes armés… en leur faisant commettre des attaques-suicides.

L’éducation au centre des attaques

« Il y a là une volonté particulière de s’opposer à l’école, qui est la fondation sur laquelle se construit l’avenir d’une société, explique Manuel Fontaine, Directeur régional de l’UNICEF pour la région Afrique de l’ouest et du centre. La nier, empêcher notamment les filles de s’instruire, c’est couper tout avenir aux communautés. »

La crise s’est désormais étendue à toute la région du lac Tchad. Fin 2015, les quatre pays affectés (Nigéria, Niger, Tchad et Cameroun), comptaient au total 1800 écoles inutilisables, et 1 million d’enfants déscolarisés à la suite des violences. Aujourd’hui, grâce aux actions de l’UNICEF et ses partenaires – à l’installation d’espaces temporaire d’éducation sous des tentes ou dans des préfabriqués, la fourniture de matériel, et le soutien à la formation d’enseignants – le chiffre est descendu à 670 000 – mais reste encore bien trop important.

Pourquoi prioriser le retour à l’école, alors que d’autres problèmes semblent plus graves ? « C’est le principe d’une approche basée sur les droits de l’enfant : nous agissons autant en matière de nutrition, que d’accès à l’eau potable, de protection des enfants… que d’éducation, l’un ne peut pas se faire sans l’autre, décrypte Manuel Fontaine. Par ailleurs, ce type de crise a tendance à durer, on ne peut pas toujours remettre au lendemain l’éducation et la sacrifier, alors qu’elle est capitale pour le développement de l’enfant, et par là même celui du pays. Enfin, retourner à l’école permet aux enfants de retrouver un sentiment de normalité, essentiel pour surmonter les traumatismes et aller au-delà de ce qu’ils ont subi. »

De grandes attentes, qu’il ne faut pas décevoir

« J’ai rencontré, dans des camps de déplacés constitués essentiellement de femmes et d’enfants kidnappés par Boko Haram, des petites filles qui allaient à l’école pour la toute première fois, car elles habitaient jusque-là dans des zones très isolées, raconte Manuel Fontaine. Elles avaient une énergie et une envie d’apprendre extraordinaires ! ».

Il l’a observé dans tous les pays où il a travaillé : les familles tiennent énormément à l’école. Les enfants marchent de longues heures pour y aller, les parents font pas mal de sacrifices pour les y envoyer… « C’est une priorité, et une fierté. Il y a de réelles attentes, et c’est de notre responsabilité de ne pas les décevoir et ne pas laisser tomber ces enfants ! »

Kidnappés par Boko Haram, rejetés par leur famille

Au fur et à mesure que l’armée reprend les zones qui étaient sous le contrôle de Boko Haram, des femmes et des petites filles sont libérées après des mois de captivité. Mais le cauchemar n’est pas terminé pour autant… Souvent mariées de forces et violées, elles et leur bébé sont rejetés, une fois de retour dans leur village, car « femme et enfant de Boko Haram » ; leur famille craint qu’ils ne se retournent un jour contre eux…

« Ces enfants et ces femmes sont des victimes, pas de dangereux terroristes ! réagit Manuel Fontaine. C’est aussi le travail de l’UNICEF que d’aider les communautés, en travaillant avec les acteurs locaux, à dépasser leurs craintes, lutter contre la stigmatisation, et accueillir ces victimes. Et pour cela, nous appelons toutes les parties au conflit, y compris les forces de l’ordre, à respecter et protéger les droits des enfants, sans distinction ».

Un travail de long-terme, qui passera aussi par le retour à l’école de tous les enfants, et l’éducation à la paix et au vivre ensemble.

 

Média

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