Crise alimentaire mondiale : un nouveau cas de malnutrition sévère par minute

Publié le 22 juin 2022

À la veille du sommet du G7, l'UNICEF lance un appel de fonds de 1,2 milliard de dollars visant à répondre aux besoins urgents de 8 millions d’enfants dont la survie est menacée par l’émaciation sévère.

New York/Paris, le 23 juin 2022 - Dans les 15 pays les plus affectés par la crise, près de 8 millions d'enfants de moins de 5 ans risquent de mourir d'émaciation sévère s'ils ne reçoivent pas immédiatement des aliments thérapeutiques et des soins adaptés - un nombre en constante augmentation, a averti l'UNICEF aujourd'hui, alors que les dirigeants du monde entier se préparent à se réunir pour le sommet du G7.

Depuis le début de l'année, l'aggravation de la crise alimentaire mondiale a provoqué 260 000 nouveaux cas de malnutrition infantile sévère dans les 15 pays les plus affectés, en particulier dans la Corne de l'Afrique et au centre du Sahel. Cela représente un enfant toutes les 60 secondes. Cette augmentation du nombre de cas d'émaciation sévère vient s'ajouter aux niveaux préexistants de dénutrition infantile qui, d’après une déclaration de l'UNICEF le mois dernier, représentaient une véritable "poudrière".

« Nous constatons désormais que les conditions propices à l’explosion catastrophique des taux d’émaciation chez les enfants sont réunies et que la situation commence à se dégrader », a déclaré Catherine Russell, directrice générale de l'UNICEF. « L'aide alimentaire est essentielle, mais nous ne pouvons pas sauver des enfants affamés avec des sacs de blé. Nous devons apporter à ces enfants un traitement thérapeutique dès maintenant, avant qu'il ne soit trop tard. »

Au moins 40 millions d'enfants en situation d'insécurité nutritionnelle grave

La flambée des prix des denrées alimentaires, en partie provoquée par la guerre en Ukraine, la sécheresse prolongée résultant du changement climatique qui sévit dans plusieurs pays - parfois également en proie à un conflit - et l'impact économique persistant de la COVID-19, aggrave l'insécurité alimentaire et nutritionnelle des enfants du monde entier, entraînant des taux catastrophiques de malnutrition sévère chez les moins de 5 ans. Pour répondre à cette situation, l'UNICEF intensifie ses efforts dans les 15 pays les plus gravement touchés. L'Afghanistan, le Burkina Faso, la République démocratique du Congo, l'Éthiopie, Haïti, le Kenya, Madagascar, le Mali, le Niger, le Nigéria, la Somalie, le Soudan, le Soudan du Sud, le Tchad et le Yémen bénéficieront d'un plan d'accélération visant à prévenir une potentielle flambée des décès infantiles et atténuer les séquelles, à long terme, de l'émaciation sévère.

Caractérisée par une maigreur extrême de l’enfant par rapport à sa taille, l’émaciation sévère est la forme de malnutrition la plus manifeste et la plus mortelle. L'affaiblissement du système immunitaire qu’elle engendre multiplie jusqu'à 11 fois le risque de décès chez les moins de 5 ans comparativement aux enfants bénéficiant d'une bonne alimentation.

Dans ces 15 pays, l'UNICEF estime qu'au moins 40 millions d'enfants sont en situation d'insécurité nutritionnelle grave, autrement dit qu'ils ne reçoivent pas l'alimentation diversifiée minimale dont ils ont besoin pour grandir et se développer pendant la petite enfance. En outre, 21 millions d'enfants se trouvent en situation d'insécurité alimentaire grave, autrement dit, ils n'ont pas accès à une quantité de nourriture suffisante pour satisfaire leurs besoins alimentaires essentiels et sont, par conséquent, exposés à un risque élevé d’émaciation sévère.

En parallèle, le prix des aliments thérapeutiques prêts à l'emploi destinés à traiter les cas d'émaciation sévère a grimpé de 16 % ces dernières semaines en raison d'une forte hausse du coût des matières premières, privant près de 600 000 enfants d'un traitement vital ; les exposant ainsi à un risque accru de décès.

On ne peut pas attendre que des enfants meurent

Alors que les dirigeants s'apprêtent à se réunir à l'occasion du sommet du G7, l'UNICEF lance un appel de fonds pour réunir 1,2 milliard de dollars afin de :

  • Assurer la prestation d’un ensemble de soins et de services essentiels en matière de nutrition afin d’éviter un bilan risquant de se chiffrer en millions de décès d’enfants dans les 15 pays les plus touchés. Ces services incluent notamment des programmes de prévention ciblant les femmes enceintes et les enfants en bas-âge ; des programmes de détection et de traitement précoces des enfants souffrant d'émaciation sévère ; ainsi que l'achat et la distribution d'aliments thérapeutiques prêts à l'emploi.
  • Inscrire la prévention et le traitement de l’émaciation sévère au rang des priorités dans tous les plans de lutte contre la crise alimentaire mondiale, en veillant à ce que les allocations budgétaires prévoient la mise en œuvre d’actions préventives en matière de nutrition ainsi que la fourniture d’aliments thérapeutiques prêts à l’emploi permettant de répondre aux besoins immédiats des enfants souffrant d’émaciation sévère.

« S’il est difficile de décrire ce que vit un enfant “sévèrement émacié”, il suffit de rencontrer l’une des victimes de cette forme de malnutrition aiguë – la plus mortelle qui soit – pour comprendre immédiatement ce qu’elle traverse et ne jamais oublier », a déclaré M. Russell. « Les dirigeants mondiaux réunis en Allemagne pour le sommet du G7 disposent d'une marge de manœuvre très étroite pour agir et sauver la vie de ces enfants. Il n'y a pas de temps à perdre. Attendre que la famine soit officiellement déclarée, c'est attendre que des enfants meurent. »

Notes aux rédactions :
Le taux d’augmentation des cas d’émaciation sévère repose sur les estimations pour les mois de janvier et de juin 2022 publiées par le groupe thématique (« cluster ») national Nutrition (Burkina Faso, Mali, Niger, Nigéria, République démocratique du Congo et Tchad) et figurant dans les analyses de la malnutrition aiguë du Cadre intégré de classification (Haïti, Kenya, Madagascar, Somalie, Soudan du Sud et Yémen), les appels de l’Action humanitaire pour les enfants (Afghanistan, Éthiopie) et les Aperçus des besoins humanitaires (Soudan). D’après les projections, l’émaciation sévère touchait 7 934 357 enfants en juin 2022 contre 7 674 098 en janvier de la même année, soit 260 259 cas supplémentaires.

Conséquence de la crise alimentaire mondiale, l’UNICEF estime également que le coût du traitement contre l’émaciation sévère a déjà augmenté d’environ 16 %, principalement en raison de la hausse du prix des produits nutritionnels essentiels et des matières premières entrant dans leur composition.

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