Des enfants syriens dorment dans la boue aux portes de l'Europe

Publié le 17 mars 2016 | Modifié le 19 septembre 2018

Voix du terrain - Le témoignage de Rajae M’sefer Berrada, représentante adjointe de l’UNICEF en ex-république yougoslave de Macédoine : elle raconte l'horreur et l'absurdité de la situation des enfants réfugiés et leurs familles qu'elle rencontre quotidiennement sur le terrain, et pour lesquels l'UNICEF intervient afin de répondre à leurs besoins les plus urgents...

Les quinze derniers jours ont été épouvantables, pour les enfants qui fuient vers l’Europe. La semaine dernière, j’étais au milieu d’un champ boueux à l’extérieur du centre de transit de Tabanovce, près de la frontière serbe. Alors que 14 000 personnes, dont la moitié d’enfants, étaient bloquées dans des tentes improvisées à Idomeni en Grèce, une situation similaire se déroulait juste sous mes yeux, à la frontière entre l’ex-république yougoslave de Macédoine et la Serbie.

Les derniers 437 réfugiés syriens ayant pu passer la frontière dans le sud, étaient maintenant bloqués dans le nord, empêchés de continuer leur périple vers la Serbie. Un quart d’entre eux étaient des enfants de moins de 5 ans et 12 des bébés de moins d’un an.

« Du lait pour mes enfants s'il vous plait »

Un jeune couple syrien s’est approché de moi, timidement, et m’a demandé très poliment d’aider leur petite fille, très angoissée depuis leur départ de Syrie. « Elle se met à crier dès qu’on la touche. On ne sait plus quoi faire pour elle. »

Un autre père, implorant, m’a tendu une bouteille de lait vide et sale, et m’a demandé de l’aider à trouver du lait pour ses enfants. En tant que mère et grand-mère, je ne pouvais pas regarder cette bouteille sans ressentir de la rage. Je pensais aux 3,7 millions d’enfants syriens de moins de 5 ans qui n’ont rien connu d’autre qu’une vie broyée par la guerre. Après avoir vu la destruction de leur maison et de leur vie, ces gens devaient passer leurs nuits dehors, sous la pluie, sans aucun accès à de la nourriture ou à tout autre service.

Les restrictions ponctuelles aux frontières le long de la route des Balkans avaient déjà bloqué plus de 1 000 personnes dans le centre de transit de Tabanovce. Le 7 mars, alors que le sommet UE-Turquie avait lieu, ce dernier groupe autorisé à traverser la frontière entre la Grèce et l’ex-république yougoslave de Macédoine, se retrouvait maintenant coincé entre deux frontières.

« Après avoir passé 4 heures dans le train, nous sommes arrivés à la frontière, nous avons reçu un tampon de sortie de la police macédonienne et avons marché vers la Serbie, mais la police serbe ne nous laisse pas passer, » me dit un jeune père tout en essayant de protéger son bébé de la pluie glaçante. « Nous ne pouvons pas retourner dans le centre de transit. Nous n’avons nulle part où nous abriter de la pluie et du froid, et nous n’avons pas de nourriture » continue t-il.

Lorsque je suis retournée sur ce site, deux jours plus tard, il pleuvait toujours. Les champs de boue étaient maintenant remplis de tentes – installées avec l’aide du coordinateur terrain de l’UNICEF et d’autres travailleurs humanitaires – toutes alignées le long de rigoles ruisselant d’eau boueuse. La boue était si épaisse qu’un des réfugiés a dû venir m’aider pour ne pas que je tombe tandis que je marchais à la rencontre des gens.

Bloqués entre deux frontières

« Nous ne pouvons pas retourner en arrière », me dit une mère. « J’ai deux adolescentes qui ont voyagé seules jusqu’en Allemagne il y a quelques mois et je dois les rejoindre. »

L’histoire de cette femme m’a rappelé les risques que représentent une séparation familiale, mais aussi que la fermeture des frontières n’avait pas dissuadé ces personnes désespérées de faire ce périple. Les parents se résolvent à faire voyager leurs jeunes enfants dans des conditions terribles, dans l’espoir que les frontières s’ouvriront à nouveau et qu’ils pourront continuer.

Beaucoup font des sacrifices pour partir, sans avoir accès aux services de base. Quand bien même, les choses ne devraient pas se passer ainsi. L’UNICEF et ses partenaires ont pu apporter de la nourriture, des kits d’hygiène, des couches et des vêtements chauds, tout en encourageant les mères à continuer d’allaiter leurs bébés. Mais il reste tant à faire. Combien de jours encore ces enfants dormiront-ils dans la boue ?

Ce sont les enfants qui souffrent le plus dans cette crise. Ils ont souffert plus que ce que la plupart d’entre nous pourront endurer dans toute leur vie.

Il est important de rappeler aux gouvernements leur obligation à autoriser des voies sûres et légales pour les enfants qui fuient les guerres et les conflits, à travers des mesures comme la réunification familiale, afin qu’ils ne souffrent pas davantage.

 

Média

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