Non, nous n'aiderons pas le gouvernement à ficher des enfants

Publié le 12 décembre 2018

Le ministère de l'Intérieur a proposé de recevoir UNICEF et d'autres organisations pour discuter de la création d'un fichier national biométrique pour les mineurs non-accompagnés. Mais ce fichier est contraire aux droits de l'enfant et nous avons donc décliné le rendez-vous.

Après avoir dénoncé à plusieurs reprises la création du fichier national biométrique pour les mineurs non accompagnés et les dangers d’un tel instrument sur l’exercice des droits des enfants, UNICEF France décline aujourd’hui l’invitation du ministre de l’Intérieur. Accepter de se rendre à ce rendez-vous aurait été en contradiction avec notre mandat : ce fichier constitue davantage un outil de lutte contre l’immigration irrégulière que l’instrument d’une politique publique « en faveur de l’enfance ». Voici la lettre qu'UNICEF et des organisations partenaires ont adressée au cabinet du ministre de l'Intérieur :

 

Les organisations signataires ne se rendront pas à la réunion sur le projet de décret relatif au fichier des mineur·e·s isolé·e·s, organisée lundi 18 décembre par le cabinet du ministre de l’Intérieur.

Dès l’annonce de la création de ce fichier dans le cadre des débats sur la loi asile et immigration, finalement adoptée le 10 septembre dernier, nous nous sommes opposés au principe même de cette disposition qui porte gravement atteinte à la vie privée de ces mineur·e·s sans apporter la moindre amélioration de leurs conditions d’accueil et de protection.

Loin d’atténuer les effets néfastes de la loi, le projet de décret d’application prévoit de collecter encore plus d’informations sur ces mineur·e·s et de les croiser avec d’autres fichiers concernant l’entrée et le séjour des étrangers (VISABIO et AGDREF). De surcroît, ce texte affiche une finalité encore plus répressive que la loi puisqu’il vise à permettre aux préfectures d’identifier et de localiser les jeunes déclaré·e·s majeur·e·s par les conseils départementaux afin de préparer leur éloignement forcé.

Nous considérons que ce décret ne peut être ni amendé ni amélioré. Le gouvernement doit renoncer à  mettre en œuvre les dispositions sur le fichage des mineur·e·s isolé·e·s.

Sébastien Lyon, directeur général d'UNICEF France

Jean-Claude Mas, secrétaire général de la Cimade

Vanina Rochiccioli, présidente du Gisti

Émilie Dewaele, présidente d'Infomie

Retrouvez le courrier au format PDF.

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