Oxmo Puccino : « Le défi de redonner le sourire aux enfants du Niger au milieu de cette crise »

Publié le 22 janvier 2017 | Modifié le 21 février 2017

Pendant 5 jours, Oxmo Puccino a honoré son rôle d’Ambassadeur de l’UNICEF France pour rendre visite aux enfants du Niger, dans la région instable de Diffa à l’est du pays. Certains sont déplacés, d’autres réfugiés en provenance du Nigeria, mais ils ont une tragédie commune : avoir fui les violentes attaques de Boko Haram.
Oxmo Puccino a rencontré ces enfants dans les camps de Diffa, il témoigne de leur situation et lance un appel du cœur pour ne pas oublier ces enfants vulnérables qui, en dépit de la gravité des événements, gardent le sourire tel une lueur d’espoir pour un avenir meilleur.

Oxmo, vous avez rencontré et discuté avec des enfants, leurs parents, et des humanitaires. Qu’avez-vous découvert de nouveau par rapport à vos précédentes missions avec l’UNICEF ?

Par rapport à mes précédentes missions, comme en Guinée Conakry ou en Haïti, ce qui change au Niger c’est l’aspect sécuritaire. L’actualité nous rappelle régulièrement que ce conflit provoque une crise qui engendre d’autres crises. Cela nous fait rendre compte d’une autre dimension de la situation humanitaire.
Quand les réfugiés nigérians quittent leurs régions et s’ajoutent aux déplacés nigériens, c’est un problème qui s’ajoute à un autre problème. Il faut trouver des solutions en permanence, pour chaque problème qui s’accumule, pour concilier le vivre ensemble entre toutes ces communautés et ethnies différentes. Et durant cette mission, j’ai pu observer le travail admirable des équipes de l’UNICEF pour gérer ces situations, pour venir en aide aux enfants et leurs familles. Il y a le défi de redonner le sourire aux enfants au milieu de cette crise, et avec la présence des soldats pour sécuriser la région.

Vous avez discuté avec des filles et des garçons qui ont été séparés de leurs parents et se retrouvent seuls aujourd’hui sans nouvelles de vie. L’UNICEF aide ces enfants à retrouver leurs familles. Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans leurs témoignages ?

(Un temps de silence…) « Attaques », c’est un mot que j’ai beaucoup entendu de ces enfants et qui prend tout son sens. Ils m’ont raconté comment leur vie a basculé brutalement d’une minute à l’autre, comment leurs familles ont été victimes ou témoins de violence. C’est encore plus rapide que du jour au lendemain car lorsque les villages de ces enfants ont été attaqués, ils n’ont d’autre choix que de fuir vite et loin.
Beaucoup d’enfants se sont retrouvés orphelins ou seuls et j’ai pu remarquer le travail de l’UNICEF pour la réunification des familles. Un agent de l’UNICEF m’expliquait par exemple comment l’utilisation des nouvelles technologies permettait de suivre au plus près les familles et de retrouver la trace des parents des enfants séparés, même au-delà des frontières.

Par moments, vous sembliez un peu en retrait, tout en restant à l’écoute, devant ces témoignages d’enfants et de parents. Que ressentiez-vous ? 

C’est vrai que j’étais assez dérangé car même si on vient leur apporter de l’aide, c’est tout de même de l’intrusion dans leur intimité. Les familles nous racontent le jour, ou la nuit, où leur vie a basculé. On entre ainsi dans leur intimité. Les récits sont dramatiques. Chaque personne a sa tragédie, chacun a son drame. C’est émouvant.
Je me souviens d’une dame qui me montrait la grande cicatrice de son bras. Elle me racontait qu’elle tenait son fils dans ses bras lors d’une attaque, et qu’une balle a traversé son bras et a tué son fils. Cette cicatrice raconte un drame…

Pour aider les enfants à surmonter leur traumatisme, l’UNICEF et ses partenaires organisent des activités récréatives et sportives. Vous avez été particulièrement attentif à ces activités dans les camps…

Soigner la santé mentale des enfants traumatisés par le jeu et le sport, c’est un point intéressant. D’autant qu’on ne peut pas s’occuper des enfants sans traiter les parents. Ils sont autant traumatisés que leurs enfants, ils ont une espérance pour une vie meilleure de leurs enfants qui dépassent leurs propres traumatismes. Donc distraire les enfants par le jeu, c’est à la fois aider ces enfants à guérir psychologiquement et apaiser le stress traumatique de leurs parents.
Par exemple, dans le camp de Garin Wanzam (à 50km de Diffa), un partenaire de l’UNICEF a pris les enfants par la main et a fait une ronde avec eux. Il a animé des jeux et des chansons, les enfants chantaient sans différence ethnique, ils étaient fédérés autour de cette activité. C’était impressionnant de voir l’attention qui leur a été donnés. Les enfants se nourrissent d’amour et apprennent avec le jeu.

Après 5 jours aux côtés des équipes de l’UNICEF, qu’avez-vous le plus retenu lors de cette mission ?

La rapidité avec laquelle l’UNICEF peut agir à une crise toute récente. Il y a eu une grave attaque en juin 2016 au bord du lac Tchad, et l’UNICEF a réagi rapidement pour venir en aide aux enfants.
J’ai rencontré des professeurs qui m’expliquaient comment l’UNICEF était à leur écoute pour leur apporter une aide urgente. J’ai constaté des petits miracles accomplis grâce à des humanitaires qui vont apporter une aide urgente et des bénéficiaires qui la reçoivent comme un geste précieux.

Ces petits miracles justement provoquent de grands sourires. Comment expliquez-vous tous ces sourires d’enfants malgré la gravité de leur situation ?

Ce sont des sourires d’espoir ! Bien que ces enfants semblent être au plus bas du désespoir, ils affichent des sourires car au fond d’eux il y a toujours une petite flamme qui n’est pas éteinte.
Leurs sourires sont autant de messages pour nous afin qu’on continue à les aider.

Vous soutenez la nouvelle campagne de mobilisation de l’UNICEF pour défendre la protection des écoles en zones de conflit. (*) Que symbolise pour vous l’école et spécifiquement pour ces enfants déplacés et réfugiés ?

Je trouve ça extraordinaire de voir des enfants aller à l’école sans avoir la certitude de pouvoir avoir un métier plus tard. L’école dans le camp leur donne une parenthèse où ils peuvent s’instruire tout en s’extirpant momentanément de leur situation de déplacés ou de réfugiés.
L’école est le premier cadre d’accueil, les enfants sont heureux de se retrouver et d’apprendre ensemble. De s’élever malgré tout dans ce néant. Ils peuvent se réunir, apprendre, jouer, s’évader. C’est le premier cercle social.
J’admire aussi le travail des enseignants dans les camps qui sont parfois partis faire des études en ville et qui sont revenus dans leur région pour inculquer aux enfants. Ils ont fait le choix de revenir dans leur village pour transmettre aux enfants, et de participer à cet effort collectif à l’évolution de la situation.

Pour finir cet entretien, quel serait votre message pour convaincre le public de se rallier à notre campagne de mobilisation #ProtectSchools (*) ?

Imaginez-vous sans travail et que vos enfants ne puissent pas aller à l’école car elle est fermée depuis 2 ans à cause de la guerre. Et pourtant vos enfants doivent apprendre à lire et à écrire. Imaginez juste quelques minutes cette situation... C’est tout.

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(*) [Mise à jour du 21 février 2017] Grâce aux soutiens d'Oxmo Puccino, de Laetitia Casta, et de nombreux internautes, nos actions de plaidoyer auprès du gouvernement français ont porté leurs fruits : François Hollande a annoncé ce jour l’adhésion de la France à la Déclaration sur la sécurité dans les écoles ! Le Canada a également rejoint les pays ayant approuvé la déclaration. En savoir plus ici.


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