Dans ma tête : Promouvoir, protéger et prendre en charge la santé mentale des enfants

Publié le 04 octobre 2021

D’après une nouvelle étude, la contribution aux économies perdue en raison des troubles mentaux chez les jeunes est estimée à près de 390 milliards de dollars par an.

New York/Paris, le 5 octobre 2021 - Les enfants et les jeunes pourraient ressentir les effets de la COVID-19 sur leur santé mentale et leur bien-être pendant de nombreuses années, avertit UNICEF dans son rapport phare publié aujourd’hui.

Le rapport La situation des enfants dans le monde 2021 ; Dans ma tête : Promouvoir, protéger et prendre en charge la santé mentale des enfants, qui constitue l’analyse la plus complète jamais menée par UNICEF sur la santé mentale des enfants, des adolescents et des personnes s’occupant d’enfants au XXIe siècle, indique que, même avant la pandémie de COVID-19, les enfants et les jeunes souffraient déjà de problèmes de santé mentale sans qu’aucun investissement substantiel n’ait été consenti pour y remédier.

Selon les estimations mondiales disponibles les plus récentes, plus d’un adolescent sur sept âgé de 10 à 19 ans vivrait avec un trouble mental diagnostiqué. Près de 46 000 adolescents se suicident chaque année, ce qui en fait l’une des cinq principales causes de décès pour cette tranche d’âge. Parallèlement, des écarts significatifs persistent entre les besoins en matière de santé mentale et les financements consacrés à cette problématique. D’après le rapport, seuls 2 % environ des budgets publics alloués à la santé sont affectés à la santé mentale dans le monde.

« Les 18 mois qui viennent de s’écouler ont été très longs pour nous tous, mais surtout pour les enfants. En raison des confinements nationaux et des restrictions de déplacements liées à la pandémie, les enfants ont perdu un temps précieux, en passant des années loin de leur famille, de leurs amis et des salles de classe, sans pouvoir se consacrer à des activités extrascolaires. Ils ont ainsi été privés de certains aspects pourtant essentiels de l’enfance », a déclaré la directrice générale d’UNICEF, Henrietta Fore. « Les conséquences de la pandémie sont considérables, et il ne s’agit là que de la partie émergée de l’iceberg. Avant même qu’elle ne survienne, bien trop d’enfants souffrant de problèmes de santé mentale n’étaient pas pris en charge. Les investissements consentis par les gouvernements pour répondre à ces besoins cruciaux sont trop faibles. Les liens entre la santé mentale et la qualité de vie à long terme ne sont pas suffisamment reconnus. »

La santé mentale des enfants pendant la COVID-19

De fait, la pandémie a prélevé un lourd tribut. Les résultats préliminaires d’une enquête internationale menée par UNICEF et Gallup auprès d’enfants et d’adultes dans 21 pays, dont un aperçu figure dans le rapport La situation des enfants dans le monde 2021, indiquent qu’une médiane de un jeune sur cinq âgé de 15 à 24 ans interrogé a déclaré se sentir souvent déprimé ou désintéressé. En France, ils sont 24 %, soit un jeune sur quatre.

Alors que la pandémie de COVID-19 approche de sa troisième année, ses conséquences continuent de peser lourdement sur la santé mentale et le bien-être des enfants et des jeunes. Les données disponibles les plus récentes d’UNICEF indiquent qu’au moins un enfant sur sept dans le monde a été directement touché par des mesures de confinement et que plus de 1,6 milliard d’enfants ont vu leur éducation négativement affectée. La perturbation du quotidien, de l’éducation, des activités récréatives ainsi que les préoccupations liées aux revenus et à la santé de la famille ont généré chez de nombreux jeunes un sentiment de peur, de colère et d’inquiétude pour l’avenir. Par exemple, une enquête en ligne menée en Chine début 2020, citée dans le rapport La situation des enfants dans le monde, souligne qu’environ un tiers des personnes interrogées ont déclaré ressentir de la peur ou de l’anxiété.

La France n’est pas épargnée

La consultation nationale des 6-18 ans d’UNICEF France auprès de plus de 25 000 enfants en France et dont les résultats viennent d’être publiés montre que :

  • 76,6 % des répondants indiquent qu’il leur arrive d’être triste ou cafardeux, 53,3 % de n’avoir plus goût à rien et 64,2 % de perdre confiance en eux.
  • 35,2 % seulement ont pu rencontrer un médecin ou un psychologue pour en parler et 60,6 % ont parlé de leur mal-être à leurs parents ou à un membre de leur famille.
  • Les résultats de la Consultation nationale des 6-18 ans rejoignent ceux d’autres recherches soulignant la prépondérance chez les filles des troubles internalisés. En revanche, elles sont moins nombreuses à en avoir déjà parlé à un médecin ou un psychologue comparativement aux garçons.
  • Les plus âgés (13-18 ans) rendent compte d’un plus grand état de mal-être. Pourtant cette souffrance psychique semble moins bien prise en compte chez les adolescents. En effet, ce sont les plus jeunes qui, proportionnellement, ont été plus nombreux à avoir consulté un médecin ou un psychologue à ce propos. Ils en parlent aussi plus facilement à leurs parents ou à un membre de leur famille.
  • Les résultats sont préoccupants et font ressortir un important mal-être chez les adolescents puisque 27,2 % des répondants reconnaissent qu’il leur est déjà arrivé de penser au suicide et 10,3 % qu’ils ont déjà tenté de se suicider.

Les enseignements de cette Consultation nationale concernant la santé mentale et le bien-être des enfants et la vulnérabilité importante de certains d’entre eux rendent particulièrement aigüe à l’heure actuelle la question des lieux de soins susceptibles de les prendre en charge. En effet, ainsi que le pointait en 2016 le Rapport de Moro et Brisson, les « lieux de soins étant déjà saturés, la prise en charge des situations de mal-être, moins urgentes, passe au second plan. Cet état de fait a pour conséquence, à terme, d’aggraver la situation et de requérir des soins beaucoup plus lourds et d’entraîner des conséquences plus importantes ».

Un coût pour la société

Les troubles mentaux diagnostiqués, notamment le trouble déficitaire de l’attention/hyperactivité, l’anxiété, l’autisme, les troubles bipolaires, les troubles du comportement, la dépression, les troubles alimentaires, le handicap mental ou encore la schizophrénie, peuvent avoir des effets néfastes considérables sur la santé, l’éducation, la qualité de vie et la capacité à obtenir un revenu des enfants et des jeunes.

Bien qu’il ne soit pas possible de calculer les répercussions de ces troubles sur la vie des enfants, une nouvelle analyse de la London School of Economics, qui figure également dans le rapport, souligne que la contribution aux économies perdue en raison des troubles mentaux entraînant un handicap ou un décès parmi les jeunes est estimée à près de 390 milliards de dollars par an.

Les facteurs de protection

Le rapport indique qu’une combinaison de facteurs génétiques, de facteurs environnementaux et d’expériences personnelles, tels que l’éducation parentale, la scolarité, la qualité des relations, l’exposition à la violence ou à la négligence, la discrimination, la pauvreté, les crises humanitaires et les urgences sanitaires telles que la COVID-19, façonnent la santé mentale des enfants dès leurs premiers jours et l’influencent tout au long de leur vie.

Bien que les facteurs de protection, tels que des parents aimants, des environnements scolaires sûrs et des relations positives avec les pairs, puissent contribuer à réduire les risques de troubles mentaux, le rapport prévient que des obstacles considérables, à l’instar de la stigmatisation et du manque de financement, empêchent trop d’enfants de bénéficier d’une bonne santé mentale ou d’accéder au soutien dont ils ont besoin.

Le rapport La situation des enfants dans le monde 2021 appelle les gouvernements et les partenaires des secteurs public et privé à s’engager, à communiquer et à agir pour promouvoir la santé mentale de tous les enfants, de tous les adolescents et de toutes les personnes s’occupant d’enfants, protéger ceux qui ont besoin d’aide, et assister les plus vulnérables, notamment en prenant les mesures suivantes :

  • Investir de toute urgence dans la santé mentale des enfants et des adolescents dans tous les secteurs, et pas seulement celui de la santé, afin de soutenir une approche de la prévention, de la promotion et des soins qui mobilise l’ensemble de la société.
  • Intégrer et déployer à grande échelle des interventions fondées sur des données probantes dans les secteurs de la santé, de l’éducation et de la protection sociale, notamment des programmes d’éducation parentale qui promeuvent des soins réactifs et bienveillants et soutiennent la santé mentale des parents et des personnes s’occupant d’enfants ; et veiller à ce que les écoles soutiennent la santé mentale des élèves en offrant des services de qualité et favorisant l’établissement de relations positives.
  • Briser le silence qui entoure la maladie mentale, en éliminant la stigmatisation et en favorisant une meilleure compréhension de la santé mentale, ainsi qu’en prenant en compte le vécu des enfants et des jeunes.

« La santé mentale fait partie intégrante de la santé physique. Nous ne pouvons pas continuer à la considérer autrement », a déclaré Henrietta Fore. « Nous avons trop longtemps négligé, tant dans les pays riches que dans les pays pauvres, l’importance de comprendre cet enjeu et d’investir suffisamment dans ce domaine, alors même qu’il joue un rôle crucial dans la pleine réalisation du potentiel de chaque enfant. Cela doit changer. »

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Notes aux rédactions :
Les estimations portant sur les causes de décès parmi les adolescents reposent sur les données tirées des estimations de la santé mondiale 2019 de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Les estimations portant sur la prévalence des troubles mentaux diagnostiqués reposent sur l’étude Global Burden of Disease Study (« Charge mondiale de la morbidité ») de 2019 de l’Institute of Health Metrics and Evaluation (IHME).
Les résultats d’enquête sur les sentiments de dépression ou de désintérêt font partie d’une étude plus large menée conjointement par UNICEF et Gallup visant à étudier la fracture intergénérationnelle. Dans le cadre du Changing Childhood Project, environ 20 000 personnes ont été interrogées par téléphone dans 21 pays. Tous les échantillons ont été établis à partir de calculs de probabilités et sont représentatifs à l’échelle nationale de deux populations distinctes : les personnes âgées de 15 à 24 ans et les personnes âgées de 40 ans et plus. L’enquête couvre l’ensemble du territoire de chaque pays, y compris les zones rurales, et la base d’échantillonnage inclut toute la population civile ne vivant pas en institution au sein de chaque groupe d’âge ayant accès à un téléphone. Les résultats du projet seront publiés dans leur intégralité par UNICEF en novembre.