Des services de garde d'enfants abordables et de qualité sont inaccessibles dans de nombreux pays parmi les plus riches du monde

Publié le 17 juin 2021

Selon un nouveau rapport de l'UNICEF, le Luxembourg, l'Islande, la Suède, la Norvège et l'Allemagne sont les mieux classés parmi les 41 pays de l'OCDE et de l'UE en matière de services de garde d'enfants, alors que la France se retrouve en 19e position.

Paris, le 18 juin 2021 - Des services de garde d'enfants abordables et de qualité sont inaccessibles dans bon nombre des pays les plus riches du monde, affirme UNICEF dans un nouveau rapport publié aujourd'hui. Le Luxembourg, l'Islande, la Suède, la Norvège et l'Allemagne sont les mieux classés parmi les pays à revenu élevé en matière de services de garde d'enfants. La Slovaquie, les États-Unis, Chypre, la Suisse et l'Australie sont les moins bien classés.

La France se trouve quant à elle dans le milieu du classement, à la 19e position.

Où en sont les pays riches en matière de garde d'enfants ? - publié par le Bureau de la recherche d’UNICEF - Innocenti, classe les pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et de l'Union européenne (UE) en fonction de leurs politiques nationales en matière de garde d'enfants et de congé parental. Ces politiques portent notamment sur l'accessibilité, le coût financier et la qualité des services de garde pour les enfants entre la naissance et l'âge scolaire.  

« Pour donner aux enfants le meilleur départ dans la vie, nous devons aider les parents à construire l'environnement nourricier et aimant qui est si essentiel à l'apprentissage, au bien-être émotionnel et au développement social des enfants », a déclaré Henrietta Fore, directrice générale d'UNICEF. « L'investissement des gouvernements dans des politiques favorables à la famille, notamment en matière de garde d'enfants, permet aux parents de disposer du temps, des ressources et des services nécessaires pour soutenir leurs enfants à chaque étape de leur développement. »

Les pays les mieux classés dans le classement du rapport combinent accessibilité financière et qualité des services de garde d'enfants organisés. Dans le même temps, ils proposent des congés longs et bien rémunérés aux mères et aux pères, donnant ainsi aux parents le choix de la manière de s'occuper de leurs enfants.

De l’importance des congés rémunérés

Les congés prénataux, maternels et paternels rémunérés permettent aux parents de nouer des liens avec leur bébé, favorisent le développement sain de l'enfant, réduisent la dépression maternelle et renforcent l'égalité entre les sexes. Toutefois, le rapport note que moins de la moitié des pays offrent au moins 32 semaines de congé à plein salaire aux mères. Lorsque le congé paternel est proposé - toujours beaucoup plus court - peu de pères le prennent en raison d'obstacles professionnels et culturels, bien que cette tendance soit en train de changer.

Grâce aux récentes réformes, la France offre désormais un congé paternité plus long que celui de la plupart des pays de l’OCDE et de l’UE. Cependant, les congés dont peuvent disposer les mères demeurent trop courts (18 semaines de congé à plein salaire) au regard des besoins de l’enfant et en comparaison avec les autres pays de l’OCDE. De plus, si les congés maternité et paternité sont relativement bien rémunérés, la faible indemnisation du congé parental d’éducation et l’existence d’obstacles culturels et professionnels, rendent celui-ci peu attractif. La France est ainsi classée 22e pour le critère « congés parentaux ».
UNICEF France recommande de renforcer l’attractivité du congé parental d’éducation en revalorisant son indemnisation et de repenser le rapport à la parentalité au sein de l’entreprise.

Les services de garde d’enfants doivent être accessibles, abordables et de qualité

Si un congé bien conçu aide les parents pendant les premiers moments de la vie d'un enfant, une fois que ce soutien prend fin et que les parents sont prêts à reprendre le travail, la garde d'enfants peut aider les parents à trouver un équilibre entre la prise en charge de leurs enfants, le travail rémunéré et la prise en charge de leur propre bien-être. Pourtant, la fin des congés payés coïncide rarement avec le début des droits à des services de garde d'enfants abordables, laissant les familles se battre pour combler ce vide.

Le manque de services de garde d'enfants abordables est également un obstacle majeur pour les parents, ce qui aggrave les inégalités socio-économiques au sein des pays. Dans les ménages à hauts revenus, près de la moitié des enfants de moins de 3 ans fréquentent les services d'éducation et d'accueil de la petite enfance, contre moins d'un sur trois dans les ménages à faibles revenus. En Irlande, en Nouvelle-Zélande et en Suisse, un couple disposant d'un revenu moyen doit dépenser entre un tiers et la moitié de son salaire pour payer la garde de deux enfants. Alors que la plupart des pays riches subventionnent largement la garde d'enfants pour les familles vulnérables, les parents isolés à faible revenu en Slovaquie, à Chypre et aux États-Unis doivent tout de même débourser jusqu'à la moitié de leur salaire.

La France est classée 7e concernant l’accès aux services d’accueil du jeune enfant. Cependant les inégalités liées à cet accès sont particulièrement marquées dans le pays : en 2017, 76,5 % des ménages à haut revenu avaient recours à ces services, contre seulement 31,6 % des ménages modestes. Dans le cadre de la Stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté adoptée en 2018, le gouvernement a pris un certain nombre de mesures visant à renforcer l’accessibilité des services d’accueil du jeune enfant pour les familles en situations de précarité. UNICEF France encourage la poursuite de ces efforts mais rappelle que le renforcement de l’accès aux modes d’accueil ne doit pas se faire au détriment de leur qualité, toute aussi importante pour le bien-être et le développement de l’enfant.

Le rapport note que les fermetures de structures d'accueil liées à la COVID-19 ont plongé les familles de jeunes enfants dans des circonstances encore plus difficiles. De nombreux parents ont eu du mal à concilier la garde des enfants et les responsabilités liées à leur emploi, tandis que d'autres ont entièrement perdu leur emploi.  

UNICEF plaide en faveur d'un congé parental payé d'au moins six mois et d'un accès universel à des services de garde d'enfants de qualité et abordables, de la naissance à l'entrée en première année d'école. UNICEF travaille avec les gouvernements, la société civile, les universitaires et le secteur privé - qui joue un rôle important pour influencer les politiques - pour plaider en faveur d'un plus grand investissement dans les familles.

Le rapport offre des conseils sur la manière dont les gouvernements et le secteur privé peuvent s'appuyer sur leurs politiques en matière de garde d'enfants et de congé parental, notamment par les moyens suivants :

  • Une articulation entre le congé maternité, le congé paternité et le congé parental, permettant la présence des parents durant la totalité de la première année de l’enfant. Cette articulation doit pouvoir favoriser la coparentalité ainsi qu’une certaine équité entre les parents et doit pouvoir être envisagée par tous les parents, quel que soit leur statut ;
  • Des services de garde d’enfants accessibles, abordables et de qualité pour tous les enfants, indépendamment de la situation familiale. Ces derniers doivent être alignés sur la fin du congé parental afin de qu’il n’y ait pas de vide dans l’aide disponible ;
  • Des investissements dans le personnel des services de garde d’enfants, ses qualifications et ses conditions de travail, afin d’encourager les normes les plus élevée possibles.

« Donner aux parents le soutien nécessaire pour donner aux enfants une base solide n'est pas seulement une bonne politique sociale, c'est aussi une bonne politique économique », affirme Henrietta Fore.