Liban : l'escalade de la crise met les enfants en danger

Publié le 01 juillet 2021

« De plus en plus de familles sont obligées de recourir à des mesures d'adaptation négatives, notamment en sautant des repas, en envoyant leurs enfants travailler dans des conditions souvent dangereuses ou en mariant leurs jeunes filles » - Yukie Mokuo, représentante d'UNICEF.

Beyrouth, le 1er juillet 2021 - Selon une enquête publiée aujourd'hui par UNICEF, les enfants du Liban subissent de plein fouet l'un des pires effondrements économiques que le monde ait connus ces derniers temps[1].

Une série de crises qui se renforcent mutuellement, dont une récession dévastatrice, a laissé les familles et les enfants du Liban dans une situation désastreuse, affectant à peu près tous les aspects de leur vie, avec peu de ressources et pratiquement aucun accès à un soutien social.

« Sans aucune amélioration en vue, plus d'enfants que jamais se couchent le ventre vide au Liban. La santé, l'éducation et l'avenir même des enfants sont affectés par la flambée des prix et la hausse continue du chômage. De plus en plus de familles sont obligées de recourir à des mesures d'adaptation négatives, notamment en envoyant leurs enfants travailler dans des conditions souvent dangereuses, en mariant leurs jeunes filles ou en vendant leurs biens », a déclaré Yukie Mokuo, représentante d'UNICEF au Liban.

De l'effondrement économique du Liban

Selon une évaluation récente menée par l'UNICEF[2] :

  • Plus de 30 % des enfants se sont couchés le ventre vide et ont sauté des repas au cours du mois dernier.
  • 77 % des ménages n'ont pas assez de nourriture ou pas assez d'argent pour acheter de la nourriture. Dans les ménages de réfugiés syriens, ce chiffre atteint 99 %.
  • 70 % des ménages doivent acheter de la nourriture à crédit ou emprunter de l'argent.
  • 30 % des enfants ne reçoivent pas les soins de santé primaires dont ils ont besoin, tandis que 76 % des ménages ont déclaré être affectés par l'augmentation massive du prix des médicaments.
  • Un enfant sur dix a été envoyé au travail.
  • 40 % des enfants sont issus de familles où personne n'a de travail et 77 % sont issus de familles qui ne reçoivent aucune aide sociale.
  • 15 % des familles ont interrompu la scolarité de leurs enfants.
  • 80 % des personnes s'occupant d'enfants ont déclaré que leurs enfants avaient des difficultés à se concentrer sur leurs études à la maison - ce qui pourrait indiquer une faim ou une détresse mentale.

La dépression économique prolongée n'est qu'une des crises qui s'aggravent au Liban, qui subit l'impact de la pandémie de COVID-19 et les conséquences des explosions massives du port de Beyrouth en août 2020, ainsi que l'instabilité politique persistante. Si les 1,5 million de réfugiés syriens sont les plus durement touchés, le nombre de Libanais ayant besoin d'aide augmente rapidement.

« La Banque mondiale a décrit ce qui se passe au Liban comme l'un des trois plus grands effondrements économiques observés depuis le milieu du 19e siècle. Ce que montre l'enquête d'UNICEF, c'est que les enfants sont les plus touchés par cette catastrophe qui ne cesse de s'aggraver », a remarqué Yukie Mokuo.

UNICEF réitère son appel aux autorités nationales pour qu'elles mettent en œuvre une expansion majeure des mesures de protection sociale, qu'elles garantissent l'accès à une éducation de qualité pour chaque enfant et qu'elles renforcent les services de soins de santé primaires et de protection de l'enfance.

« Une action déterminée et concertée est indispensable pour atténuer les souffrances, en particulier chez les plus vulnérables, qui sont pris au piège dans une spirale de pauvreté », a déclaré Yukie Mokuo. UNICEF développe son programme et, avec le soutien de la communauté des donateurs, l'agence sera prête à aider davantage d'enfants et de familles. « Le bien-être et la sauvegarde des enfants doivent être une priorité absolue pour garantir le respect de leurs droits en toutes circonstances. Le Liban ne peut pas se permettre que des enfants soient privés de nutrition, non scolarisés, en mauvaise santé et exposés aux abus, à la violence et à l'exploitation. Les enfants sont un investissement, l'investissement ultime, dans l'avenir d'une nation. »

[1] Banque mondiale, Lebanon Economic Monitor, printemps 2021 : Lebanon Sinking (to the Top 3)
[2] Rapport d'UNICEF, Lebanon : L'avenir des enfants en jeu

Notes aux rédactions :
Pour en savoir plus : Le rapport UNICEF L'avenir des enfants en jeu
Accéder aux contenus multimedia ICI.
L'évaluation rapide d'UNICEF axée sur les enfants a été menée par téléphone auprès de 1 244 ménages en avril 2021.
Malgré des défis majeurs, UNICEF est mobilisé pour répondre à la crise économique, à l'impact de la COVID-19 et aux conséquences des explosions de Beyrouth.
Tout en travaillant à l'élargissement de son programme, UNICEF :

  • a lancé une subvention intégrée pour les enfants afin de soutenir jusqu'à 70 000 enfants.
  • travaille avec l'OIT et les autorités nationales sur un programme national de subventions sociales.
  • a intensifié ses efforts pour lutter contre la malnutrition et apporter un soutien en matière de santé mentale aux enfants vulnérables, en particulier ceux qui travaillent et ceux qui ont recours à d'autres mécanismes d'adaptation négatifs.
  • a dépensé 6,9 millions de dollars au premier trimestre 2021 pour assurer des services d'eau à 4 millions de personnes.
  • soutient le déploiement du vaccin COVID-19.
  • a soutenu les centres d'isolement, fourni des équipements de protection individuelle (EPI) et des kits de prévention et de contrôle des infections (IPC) depuis avril 2020.
  • soutient la réhabilitation des services pédiatriques et de maternité d'un hôpital et des écoles endommagées par les explosions du port de Beyrouth.
  • a fourni des premiers soins psychosociaux aux enfants et aux soignants touchés par les explosions, distribué des fournitures humanitaires essentielles, sauvé des vaccins de l'entrepôt central endommagé, et engagé les jeunes dans une réponse communautaire impliquant un travail rémunéré.

En savoir plus : UNICEF en action