Rohingyas : l’épouvantable quotidien dans les camps raconté par une porte-parole de l'UNICEF

Publié le 11 janvier 2018 | Modifié le 29 mars 2018

Des ordures et des excréments à même le sol, des centres de santé pillés et fermés, un accès à l’éducation restreint… Pour les enfants rohingyas, la vie dans les camps de réfugiés du Myanmar est un cauchemar.

Les violences qui ont éclaté au mois d’août au Myanmar - déclenchant ainsi ce que l'on appelle la crise des Rohingyas - ont poussé plus de 655 000 Rohingyas, dont plus de la moitié sont des enfants, à l’exil. Au terme d’un dangereux périple, ils ont trouvé refuge dans des camps au Bangladesh où l’UNICEF surveille de très près la malnutrition et le développement d’épidémies comme le choléra. Mais le conflit dans la région remonte à plusieurs années. En 2012 déjà, 120 000 Rohingyas avaient quitté leurs maisons pour s’abriter dans des camps de l’État de Rakhine, au sud-ouest du Myanmar. Leurs déplacements y sont étroitement contrôlés et restreints.

La porte-parole de l’UNICEF Marixie Mercado s’est rendue sur place et a pu constater l’ampleur du problème : « Certains camps sont dans des conditions sanitaires épouvantables, témoigne-t-elle. La première chose que l’on remarque en s’approchant des camps Nget Chaung 1 et 2 dans la commune de Pauktaw, c’est la puanteur qui vous retourne l’estomac. Certaines parties du camp sont des égouts à ciel ouvert. Les abris, posés sur des pilotis au-dessus des ordures et des excréments, vacillent constamment. Dans un des camps, le bassin où les gens puisent de l’eau n’est séparé des égouts que par un petit muret de terre. Il suffirait que la pluie tombe pour que les égouts s’écoulent dans le bassin. »

LA SANTÉ DES ENFANTS EN DANGER

Ces conditions de vie mettent gravement en péril les enfants. Mais pour ceux dont la santé est en danger, se faire soigner relève du parcours du combattant. « Il est très difficile pour les Rohingyas de quitter les camps pour des raisons médicales, explique Marixie Mercado. L’autorisation de voyager pour obtenir une assistance médicale ne peut être accordée que sur présentation d’un certificat signé par un médecin. Obtenir une autorisation de voyage coûte de l’argent, et beaucoup ne peuvent pas se le permettre. » Les rares Rohingyas qui parviennent à aller à l’hôpital sont soumis à des règles drastiques : « Ils n’ont pas le droit d’être en contact avec des personnes extérieures », déplore la porte-parole de l’UNICEF.

Les drames qui en résultent sont déchirants. « Un travailleur social m’a confié que sa fille s’était suicidée parce qu’elle ne supportait plus la douleur qu’elle éprouvait au ventre. Les services de santé du camp n’avaient pas pu l’aider », rapporte Marixie Mercado.

UNE GÉNÉRATION PRIVÉE D'ÉDUCATION

Sortir du camp étant très difficile, les enfants et les jeunes rohingyas doivent se contenter des rares services éducatifs qui y sont proposés. La plupart des cours ont lieu dans des salles de classe temporaires avec très peu de matériel et des enseignants bénévoles peu formés. Les restrictions empêchent les plus âgés de se rendre au seul lycée de la région. Et les discriminations dont sont victimes les Rohingyas donnent lieu à des statistiques accablantes : aucun musulman n’a pu aller à l’université de l’État de Rakhine depuis 2012.

Dans le nord de l’État, l’UNICEF et ses partenaires n’ont qu’un accès limité. Il est donc impossible de savoir précisément à quoi y ressemble la vie des enfants. Ce que l’on sait est toutefois extrêmement inquiétant. Avant le 25 août, l’UNICEF y prenait en charge 4800 enfants souffrant de grave malnutrition. Mais depuis cette date, ces enfants ne reçoivent plus les soins qui pourraient leur sauver la vie. « Les douze centres de santé mobiles gérés par nos partenaires ont été fermés car ils étaient pillés, détruits ou inaccessibles pour les équipes, énumère Marixie Mercado. Aucun des cinq centres de premiers secours que nous financions ne fonctionne et il n’y a plus de distribution d’eau potable ou d’aide alimentaire. »

Malgré ce sombre constat, l’UNICEF s’efforce de tout mettre en œuvre pour aider tous les enfants et améliorer la situation des jeunes Rohingyas. Nous appelons les États et les organisations internationales à peser de toute leur influence pour permettre à ces enfants d’avoir un avenir décent.

Au Bangladesh, les efforts se poursuivent :

Entre le 25 août et le 31 décembre, l'UNICEF a permis à 60 659 enfants âgés de 4 à 14 ans d'accéder à l'éducation dans 576 centres éducatifs.

Au total, 804 enseignants sont formés aux premiers apprentissages et à la pégagogie informelle.

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