UNICEF France publie une étude inédite sur la scolarisation des enfants guyanais

Publié le 07 juillet 2021

UNICEF France publie aujourd’hui, avec le soutien du Défenseur des droits, l’étude « Guyane : les défis du droit à l’éducation », panorama actualisé des enjeux de scolarisation et de réussite éducative en Guyane. Conduite entre septembre 2019 et avril 2021, cette étude fait le constat des fragilités du système éducatif en Guyane, renforcées par la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19.

Paris, le 8 juillet 2021 - En Guyane, 56,3 % de la population est âgée de moins de 30 ans. Alors que l’académie de Guyane est l’une des plus petites de France, avec environ 85 000 enfants scolarisés en 2020, certaines estimations évoquent plus de 10 000 enfants qui n’accèdent pas à l’école. Plus encore, la Guyane fait face à une forte croissance de ses effectifs scolaires, sans que l’offre éducative soit à la hauteur des besoins réels. Le droit à l’éducation est pourtant garanti à tous les enfants sur le territoire français conformément à la Convention internationale des droits de l’enfant.

Dans ce contexte, l’étude, menée entre septembre 2019 et avril 2021 par une équipe de chercheurs des universités de Guyane et de Nanterre(1), dresse un état des lieux de l’éducation en Guyane, notamment via des enquêtes de terrain dans des espaces urbains du littoral guyanais (Matoury, Saint-Laurent-du-Maroni), et des territoires isolés sur les « fleuves-frontières » de Guyane (Camopi, Grand-Santi). Elle permet de faire ressortir certaines problématiques communes à l’ensemble du territoire.

Des inquiétudes en matière d'équité et de qualité

Concernant l’accès à la scolarisation, UNICEF France s’inquiète :

  • de l’insuffisance d’infrastructures scolaires générant des taux de remplissage jusqu’à 150 % de certains établissements
  • des difficultés d’inscription scolaire pour de nombreuses familles, qui font face à des exigences illégales de pièces administratives et des « refus guichet » en particulier pour de nombreux enfants étrangers ou vivant dans des quartiers informels,
  • des difficultés d’accès aux services essentiels liés à la scolarisation, comme le transport scolaire (trajets longs, coûteux voire risqués pour de nombreux enfants), l’hébergement et la restauration scolaire, qui constituent des facteurs importants d’absentéisme et de décrochage scolaire, alors que de très nombreux enfants vivent sous le seuil de pauvreté(2) et sont scolarisés à distance de leur lieu de résidence.

Concernant la qualité de l’éducation, l’étude soulève également des inquiétudes :

  • Le manque structurel d’enseignants titulaires, en partie compensé par l’encouragement de mobilités professionnelles depuis l’Hexagone et le recours massif à des contractuels, mais non formés.
  • Malgré certains dispositifs pertinents, la diversité linguistique et culturelle est difficilement prise en compte, alors qu’on estime que 70 % d’enfants n’ont pas le français comme langue maternelle - qu’ils parlent une langue étrangère ou une des 12 langues de France pratiquées sur le territoire.
  • La distance, à la fois géographique, culturelle et linguistique, entre familles et institution scolaire, empêche des formes de coopération pourtant nécessaires à la réussite scolaire.

Des recommandations pour améliorer la situation

Les résultats de cette recherche font écho aux propres constats d’UNICEF France, présent sur le territoire guyanais depuis la rentrée 2020. L’étude comporte des recommandations pour améliorer l’accès des enfants de Guyane à l’école et leur réussite scolaire, parmi lesquelles UNICEF France identifie 3 leviers déterminants pour une plus grande effectivité du droit à l’éducation :

  • assurer une mise en œuvre effective de l'obligation scolaire notamment pour les enfants des territoires isolés et les enfants étrangers, dans le respect de la loi n°2019-791 du 26 juillet 2019 pour une école de la confiance et du décret n°2020-811 du 29 juin 2020 ; enregistrer toutes les demandes d’inscription scolaire afin de disposer de chiffres fiables et de planifier les constructions scolaires en adéquation avec des besoins actualisés,
  • évaluer l’offre d’hébergement scolaire des élèves scolarisés loin de leur famille dans les internats et les familles hébergeantes afin d’en dresser un diagnostic précis ; procéder d’urgence à la rénovation des internats scolaires qui le nécessitent afin d’offrir aux élèves éloignés de leur famille des conditions dignes et sécurisantes d’accueil, dont les week-ends et vacances scolaires pour les enfants ne pouvant rentrer chez eux ; encadrer, accompagner et contrôler les conditions d’accueil des élèves dans les familles hébergeantes pour prévenir tout phénomène de maltraitance,
  • développer la professionnalisation et la pérennisation de postes de « médiateurs » entre les institutions éducatives et les familles, dans et en dehors de l’école, au bénéfice des élèves et des enfants non scolarisés, notamment en s’appuyant sur la « pair-aidance ».

Conformément à sa mission d’être le garant de l’effectivité des droits de l’enfant en France et face aux disparités territoriales particulièrement criantes en France ultra-marine, UNICEF France a pris l’initiative de mener cette étude en Guyane. Ce rapport est un cri d’alarme qui doit pousser les autorités françaises à agir d’urgence et de manière plus efficiente pour que la Convention internationale des droits de l’enfant soit pleinement respectée partout, tout le temps.

UNICEF France s’engage à travailler avec les institutions et acteurs de l’éducation en Guyane pour contribuer à une plus grande effectivité du droit à l’éducation pour chaque enfant.

  1. Grégory Bériet, maître de conférences en histoire, Silvia Lopes Macedo, maîtresse de conférences en sociologie, Abdelhak Qribi, maître de conférences en sciences de l’éducation (université de Guyane) / Alexandra Vié, doctorante en sociologie au sein du Graphes (université Paris Nanterre).
  2. D’après l’Insee, en 2017, la moitié de la population guyanaise vit sous le seuil de pauvreté national (Insee analyse Guyane, n°46, Juin 2020.)

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