Zéro enfant à la rue : on est loin du compte !

Publié le 13 octobre 2017 | Modifié le 16 octobre 2017

A la veille de la Journée mondiale du refus de la misère, l'UNICEF France et la Fédération des acteurs de la solidarité publient les résultats d'une enquête flash, réalisée le 4 septembre dernier, dans 40 départements, hors Paris. Ce jour-là, jour de la rentrée scolaire, certains enfants n’ont pas passé la même nuit que les autres en rentrant de l’école...

Paris, le 16 octobre 2017 - L'enquête nous révèle qu'ils sont nombreux à avoir dormi dans la rue ou dans des abris de fortune, faute de places dans les structures d’hébergement d’urgence et d’accès aux logements sociaux. Dans la nuit du 4 au 5 septembre, 63% des moins de 18 ans concernés par une demande d’hébergement au numéro d’appel d’urgence 115, n’ont pas été hébergés. Et, cette nuit-là, seulement 42% des enfants de moins de 3 ans concernés par une demande d’hébergement ont pu dormir à l’abri, le plus souvent dans des situations précaires (à l’hôtel pour 67% d’entre eux).

115 : une demande sur deux concerne des familles

Le  4 septembre dernier,   4 360 demandes ont été faites auprès des 115 dans les 40 départements du baromètre. Parmi celles-ci, 4 086 demandes d’hébergement ont été effectuées par 4 007 personnes différentes.  Durant cette journée, plus d’une demande d’hébergement sur deux concernait des familles, soit 2 120 personnes différentes, contre 32% pour les hommes isolés, 8% pour les femmes seules, 5% pour les couples sans enfant et 1% pour les groupes sans enfant et les mineurs non accompagnés.
1 118 mineurs faisaient partie des familles ayant appelé le 115 et 26% d’entre eux sont issus d’une famille composée de 3 enfants.

Jour de rentrée scolaire, les enfants concernés par une demande d’hébergement représentaient 29% de l’ensemble de la population enregistrée au 115. Les mineurs sont ainsi la classe d’âge la plus représentée,  et, parmi eux, 363 enfants de moins de trois ans dont plus de la moitié (58%) n’a pas obtenu de solutions d’hébergement. Ces résultats illustrent l’extrême précarité des familles et des enfants pour lesquels les conditions minimales d’accueil et de sécurité ne sont pas assurées. Les situations de mal-logement et de rue mettent les enfants et leur famille dans des conditions de vulnérabilité, expliquant en partie les stratégies de survie illustrées notamment par la mendicité.  
 

Les familles obtiennent peu de réponses positives du 115

Le 4 septembre 2017, seulement 36% des personnes sollicitant le 115 ont été hébergées. Parmi elles, 39% d’hommes isolés, 40% de femmes seules, 25% de couples sans enfant, 34% de personnes en famille, 30% de groupes sans enfants. Ainsi, ce jour-là, 1 404 personnes en famille sont restées sans solution d’hébergement. Ce résultat  reflète l’inadaptation du parc à l’accueil des familles et l’absence de places suffisantes pour répondre à l’ensemble des besoins d’hébergement.

Parmi les 1 172 mineurs concernés par une demande d’hébergement, 63% n’ont pas obtenu de solution d’hébergement pour la nuit du 4 septembre. La présence d’enfant(s) parmi les familles appelantes n’a pas eu cette nuit-là une incidence sur l’attribution de places d’hébergement.

Lorsque les mineurs sont hébergés,  ils le sont majoritairement à l’hôtel (58% contre 35% pour la population générale), et,  dans une moindre proportion en centres d’hébergements d’urgence (30%) et en structures hivernales (6%). Sur les 435 mineurs orientés ce jour-là, un seul a été orienté vers un CHRS avec sa famille. Ce constat alarmant interroge la dégradation des conditions d’hébergement proposées aux enfants et à leur famille ainsi que la capacité du plan de réduction des nuitées hôtelières à faire face à l’augmentation des sollicitations et à proposer des solutions alternatives inconditionnelles.

A Paris, seule une famille sur 10 se voir proposer un hébergement pour le soir même

Il est urgent de repenser  l’offre d’hébergement à destination des familles et des enfants pour assurer un accueil et des conditions de vie qui respectent leur dignité, leur intimité et le quotidien d’une vie familiale adapté aux besoins d’un enfant.  
Chaque nuit le 115 de Paris héberge plus de 4 500 familles représentant plus de 14 000 personnes. Malgré cela, toutes les demandes ne peuvent aboutir à une solution d’hébergement.  Le 4 septembre 2017, 247 familles (743 personnes, dont 386 mineurs) ont formulé une nouvelle demande au 115 de Paris. Parmi elles, seules 33 (67 personnes, dont 34 mineurs) ont eu une réponse positive. 214 familles (678 personnes, dont 352 mineurs) sont donc restées sans solution d’hébergement faute de place disponible, soit près de 87%.

En Seine-Saint-Denis, seuls 12% des mineurs en famille ont été hébergés

En Seine-Saint-Denis, 142 mineurs en famille ont été concernés par une demande d’hébergement le 4 septembre dernier. Parmi eux, seuls 17 ont été orientés vers une place d’hébergement, soit 12%. Ce 4 septembre 2017, les enfants de moins de trois ans n’ont pas été épargnés par cette absence de solution. Et sur 37 enfants de moins de trois ans concernés par une demande d’hébergement, seuls 6 ont pu être mis à l’abri.
Dans ce département, l’orientation des familles est systématiquement effectuée vers l’hôtel dès que leur composition familiale le permet, donc les familles nombreuses sont rarement hébergées faute de solutions d’hébergement adaptées.  

La vie à l’hôtel en Ile-de-France

Les familles qui sollicitent le 115 dans le 93 sont orientées vers des hôtels, situés dans l’ensemble de la région Ile-de-France. Ces hôtels n’offrent pas un cadre bien-traitant pour l’enfant et sa famille. Les chambres d’hôtel sont petites et contraignent les membres de la famille à vivre dans la promiscuité, sans respecter l’intimité de chacun. Les possibilités de cuisiner sont réduites voire inexistantes, avec parfois, un simple micro-onde partagé par plusieurs familles. L’enfant ne peut pas y recevoir ses amis, ni faire ses devoirs dans le calme. L’accès à l’école demeure très aléatoire, compte tenu du changement régulier d’hôtels. Lorsqu’ils sont scolarisés, cette mobilité empêche souvent ces enfants d’accéder aux tarifs sociaux de la cantine scolaire, renforçant les situations d’insécurité alimentaire. Propos recueillis auprès du SIAO 93