Carel de Rooy, « À Beslan, il faut soigner aussi les adultes »

Publié le 05 avril 2006 | Modifié le 31 août 2015

Interview du représentant de l'Unicef pour la Russie et le Bélarus, à l'occasion de l'ouverture du centre de soutien psychologique et social de Beslan.

Quelle structure existait jusqu’à présent pour apporter un soutien aux enfants ayant vécu la prise d’otage de Beslan ?

Il y a un centre à Vladikavkaz, à quelques kilomètres, qui s’occupait traditionnellement des problèmes de santé mentale. Avant le drame de Beslan, il y a un an et demi, on trouvait beaucoup des victimes de mines antipersonnel venues de Chechnya. Depuis, il accueille les enfants de Beslan. Des moyens ont été donnés et le spectre des thérapies psychoaffectives a été enrichi. Mais il y a beaucoup de besoins. Outre les 700 survivants de la prise d’otage, il y a les victimes indirectes qui n’étaient pas présentes à l’école mais qui ont gardé des traumatismes psychologiques, principalement les familles des enfants : en tout, ce sont près de 4 000 personnes qui ont besoin d’aide à Beslan.

Qu’est-ce qu’apporte le nouveau centre ?

C’est un satellite de celui de Vladikavkaz. Un bâtiment a été aménagé et 11 personnes ont été recrutées. Le centre est sur place et permet de travailler plus directement avec les familles. On s’est rendu compte en effet que des enfants pris en charge à Vladikavkaz présentaient de nouveau des troubles une fois revenus dans leurs familles. Il fallait compter avec elles. C’est un peu comme les consignes de sécurité dans les avions : il faut que l’adulte mette le masque à oxygène lui-même avant de pouvoir le mettre à son enfant. À Beslan, il faut soigner aussi les adultes pour que le soin apporté aux enfants soit efficace.

Etes-vous soutenus par les pouvoirs publics ou bien Beslan est-il tabou en Russie ?

Nous sommes soutenus et nous comptons bien l’être durablement afin que les actions soient poursuivies le plus longtemps possible. La moitié du personnel du centre de Beslan devrait finir son contrat à la fin de l’année. L’Unicef est engagé jusqu’en 2007 et a d’autres programmes à financer ailleurs en Russie. Nous avons donc besoin de partenaires : la Russie mais aussi l’Europe. D’autant plus que le centre de Beslan constitue un modèle que nous souhaiterions réitérer ailleurs : en Tchétchénie par exemple, où le besoin de ce type de structure est criant.

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