Covid-19 : au-delà de la crise sanitaire, une menace sur les droits des filles et l'égalité des genres

L'année 2020 devait être l'année des 25 ans de la Déclaration de Pékin, l'année où les droits des femmes et des filles devaient être réaffirmés et des engagements concrets pris pour les promouvoir et les faire respecter. En lieu et place, la pandémie mondiale du Covid-19 a frappé, menaçant aujourd'hui considérablement ces droits.

S’il est encore trop tôt pour disposer de données complètes, il existe déjà de nombreux signalements très préoccupants. L’impact socio-économique de la pandémie affecte les familles et communautés à une échelle mondiale : une baisse des revenus des foyers qui induit une réduction des capacités à subvenir aux besoins de base ce qui augmente les tensions dans les foyers. Les mesures de distanciation physique et de confinement adoptées pour lutter contre la pandémie ont réduit les possibilités d’accéder aux services essentiels et limité les capacités de réponse des organisations, services gouvernementaux et autres.

Ces conditions sont des facteurs de risques importants pour les filles, notamment adolescentes.

Une réelle menace d’augmentation des violences basées sur le genre

La pandémie expose encore plus les filles aux violences basées sur le genre (VBG), en particulier les femmes et les filles confrontées à de multiples formes de discrimination (femmes/filles vivant avec un handicap, avec le SIDA/VIH, femmes/filles réfugiées, …). 

  • Pour chaque trimestre de confinement, 15 millions de cas supplémentaires de violences basées sur le genre sont anticipés.
  • 13 millions de mariages d’enfants sont prédits dans les 10 prochaines années s’ajoutant aux 150 millions de cas déjà prévus pour cette même période, 4 millions de filles pourraient être mariées avant leur 18 ans dans les deux prochaines années.
  • La pandémie pourrait entraîner 2 millions de cas de mutilations génitales féminines (MGF) qui auraient pu être évités, soit une réduction d’un tiers des progrès accomplis pour atteindre l’objectif de développement durable d’éliminer les MGF.
  • En Éthiopie, où vivent 15 millions d'enfants mariés et où UNICEF intervient depuis des décennies pour mettre fin au mariage des enfants, les risques de recrudescence du nombre de mariages précoces inquiètent. Les autorités locales ont, en effet, empêché plus de 540 mariages d'enfants d’avoir lieu, au cours des mois de mars et avril 2020.

La déscolarisation des filles, un autre risque en perspective

En raison du confinement et de la pandémie du Covid-19, au pic de la crise, plus de 1,5 milliards d’enfants et de jeunes ont vu leur scolarité interrompue en raison des fermetures d’écoles, dont 743 millions de filles. Elles sont confrontées à un risque plus grand de ne plus jamais y retourner.

Les filles sont en effet exposées aux risques de violences basées sur le genre, d’être mariée avant leurs 18 ans. La fermeture des écoles  aggrave le fardeau du travail non rémunéré des filles.  En l’absence d’écoles, elles sont privées  de l’accès à un repas nutritif - souvent le seul, ou à des kits d’hygiène. Elles perdent leurs liens sociaux.

  • Au Mali, Niger et Soudan du Sud, 3 pays où les taux de scolarisation et de réussite pour les filles sont parmi les plus faibles, la fermeture des écoles a forcé 4 millions de filles à arrêter d’aller à l’école.
  • 23,8 millions d’enfants, d’adolescents et de jeunes, du pré-primaire à l’enseignement supérieur, pourraient abandonner ou ne pas avoir accès à l’école l’an prochain en raison du seul impact économique de la pandémie, dont 11,2 millions de filles et de jeunes femmes.

« L’école est bien plus qu’un lieu d’apprentissage. Pour de nombreux enfants, c’est une bouée de sauvetage en matière de sécurité, de santé et de nutrition. Si nous n’agissons pas maintenant – en renforçant les services qui sauvent des vies pour les enfants les plus vulnérables – nous subirons les retombées dévastatrices de la COVID-19 pendant plusieurs décennies », prévient Henrietta Fore, Directrice générale d’UNICEF.

Des services de santé essentiels devenus difficiles d’accès ou inaccessibles

Par peur de contamination ou pour cause de fermeture sanitaire, les centres de soins voient leur accès restreint ou impossible, limitant considérablement le soin des filles et des femmes et l’accès à des produits d’hygiène menstruelle ce qui aggrave certains risques :

  • Les complications liées à la grossesse et à l'accouchement sont l'une des principales causes de décès chez les filles âgées de 15 à 19 ans.
  • Seulement  un peu plus d’une adolescente enceinte sur deux bénéficie d'au moins 4 visites de soins prénataux et les besoins de 4 adolescentes sur 10 en matière de contraceptifs modernes ne sont toujours pas satisfaits dans le monde.
  • Du fait de la pandémie, 47 millions de femmes vivant dans des pays à revenu moyen ou faible n’auraient pas accès à des moyens de contraception, et il pourrait y avoir 7 millions de grossesses non désirées.

Ces difficultés pourraient résulter en une augmentation de la mortalité infantile et maternelle.

Une fracture numérique à combler

Même si l’accès à un téléphone portable a augmenté à l’échelle mondiale, les femmes sont moins susceptibles d’en avoir un.  On estime que 443 millions de femmes sont « non-connectées ». Pourtant, l’accessibilité est primordiale. La technologie permet l’accès à l’information sur les mesures de lutte contre le Covid-19 ou sur les services essentiels encore accessibles, mais sert aussi à pallier aux fermetures d’école.

Face à ces constats, UNICEF en collaboration avec les communautés, les gouvernements, les organisations de la société civile, et autres agences, s’engage et travaille pour que ces risques encourus par les filles ne deviennent pas pour autant une fatalité.

Le 11 octobre, Journée mondiale des filles, rappelle l’importance de se mobiliser pour la défense des droits des filles dans le monde. Il est primordiale d’œuvrer tous ensemble pour offrir un avenir à toutes les filles.

 

 

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