Covid-19 : les foyers pour mineurs à l’épreuve du confinement

Publié le 27 avril 2020

Pour les enfants et les jeunes confinés dans des foyers, la promiscuité et l’interruption des rencontres avec la famille peuvent être sources de difficultés. L’implication des éducateurs et des structures d’accompagnement peuvent parfois changer la donne.

Depuis la mise en place des mesures de confinement liées au Covid-19, plusieurs médias ont fait état du manque de moyens et de personnel dans les foyers où sont accueillis des mineurs relevant de l’Aide sociale à l’enfance (ASE). À Mulhouse, le foyer d’action éducative Marie-Pascale Péan de l'Armée du Salut ne fait pas exception à la règle. Plus d’une quarantaine d’adolescentes, âgées pour la plupart de 13 à 18 ans, y sont accueillies. La plupart d’entre elles sont « en grande souffrance et ont parfois des difficultés à supporter la vie institutionnelle », décrit le directeur de l’établissement Christophe Schroeder. Avec les mesures de confinement, les murs du foyer sont devenus presque infranchissables.

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« Même avec la répartition dans trois internats, cela peut être compliqué de faire vivre autant de jeunes sans espace d’oxygénation », reconnaît le directeur. Les éducateurs font donc montre d’ingéniosité. « Tout en respectant les mesures de distanciation, des ateliers d’aide aux devoirs sont organisés à l’extérieur en profitant du beau temps », explique Christophe Schroeder. La gravité de la situation n’échappe pas aux jeunes : la grande majorité d’entre elles respecte le confinement et les consignes de sécurité. Le nombre de fugues est en baisse. Le lien avec les familles à l’extérieur se maintient grâce au téléphone et aux conversations vidéo. Il est parfois nécessaire d’assurer une médiation lors de ces échanges et les éducateurs sont là aussi sollicités. Pour certaines familles, un soutien à la parentalité est proposé.

Des moyens à la hauteur des besoins

Avant le confinement, un accueil de jour était proposé et des visites d’éducateurs au domicile de certaines familles pouvaient avoir lieu. Ces activités ont été réduites en raison du contexte et le personnel est désormais concentré sur la gestion de l’internat, notamment de la scolarité des jeunes hébergées. La région de Mulhouse étant l’un des foyers actifs de propagation du Covid-19, la fermeture des écoles y avait été ordonnée une semaine avant que la mesure soit étendue à l’ensemble du pays. Du jour au lendemain, les jeunes et les éducateurs ont dû faire « l’école au foyer » sans forcément disposer du matériel nécessaire. Le conseil départemental du Haut-Rhin a heureusement fait livrer des tablettes et des téléphones au cours de la semaine écoulée, ce qui a permis de fluidifier la situation.

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Des masques ont également été distribués et un entretien téléphonique hebdomadaire entre le département et le foyer a lieu chaque semaine pour évaluer les besoins. « Cela fait du bien de voir que l’on n’est pas lâchés dans la nature », salue le directeur. Un fort soutien s’est également fait sentir de la part du personnel : plusieurs avaient spontanément proposé de repousser leurs congés pour être aux côtés des mineures pendant cette période tendue. Des renforts ont néanmoins pu enrichir l’équipe et il n’a finalement pas été nécessaire de bousculer les plannings. L’engagement des salariés a permis d’apaiser l’angoisse : « Voir que des gens étaient prêts à intervenir à n'importe quelle heure, ça a créé un dynamisme, une forme de sérénité, se réjouit Christophe Schroeder. Avec les renforts, on a aujourd’hui des marges de manœuvre, on est en mesure d’assurer la continuité de l’activité. »

Reconnaître la valeur du travail effectué

UNICEF France salue l’implication et la mobilisation de l’ensemble des personnels qui assurent la protection de l’enfance et de la jeunesse, particulièrement dans cette situation de crise. Si le directeur du foyer Marie-Pascale Péan se montre confiant pour l’avenir immédiat, il est plus réservé sur le moyen terme : « D’ordinaire, c’est de l’Education nationale que proviennent la plupart des signalements sur les situations familiales problématiques. Mais en ce moment, ces signalements ne se font pas, ces enfants et ces jeunes sont perdus de vue. Quand les écoles rouvriront, comment fera-t-on pour prendre en charge cette vague nouvelle alors que tous les dispositifs d’accueil sont saturés ? »

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Le directeur estime en outre qu’au même titre que pour les soignants, une revalorisation des métiers de l’éducation est indispensable : « On manque cruellement de reconnaissance dans notre secteur », déplore-t-il avant d’évoquer les salaires si bas que les travailleurs sociaux vivent eux-mêmes dans la précarité. Avec le confinement, la priorité est d’assurer la continuité du service, mais Christophe Schroeder voudrait que ni les mineures hébergées ni les personnels qui les encadrent ne soient oubliés : « On est moins visibles, mais on est là. »

Plus d'informations

UNICEF France déplore le déficit de moyens alloués à la politique de protection de l’enfance. Cela affecte de manière préoccupante l’effectivité des droits des enfants, voire renforce leur situation de danger et leur vulnérabilité et appelle à un renforcement global des moyens financiers alloués à cette politique publique.

  • En 2018, le nombre de mesures relevant du dispositif de protection de l’enfance était estimé à 341 000 en France (hors Mayotte), ce qui représente un peu plus de 2 % du nombre total d’enfants en France.  
  • 57% des enfants pris en charge sont des garçons et on compte 43% de filles. Plus de la moitié des enfants pris en charge ont entre 11 et 18 ans alors que l’âge moyen des enfants confiés est de 12 ans.
  • L’Observatoire national de l’action sociale relevait qu’au 31 décembre 2018, 161 700 mineurs et 19 400 jeunes majeurs étaient accueillis par l’Aide sociale à l’enfance (ASE). 47% des mineurs et jeunes majeurs accueillis le sont en famille d’accueil, 37% en établissements et 16% bénéficient d’autres formes d’accueil.
  • Le nombre de mineurs faisant l’objet de mesures ou de prestations de l’aide sociale à l’enfance est en augmentation depuis plus de 10 ans.
  • 36% des jeunes placés dans leur enfance déclarent un « mauvais » ou « très mauvais » état de santé, soit deux fois plus que les autres. Par ailleurs, selon le Défenseur des Droits, environ 17% des jeunes pris en charge par l’ASE présentent un handicap physique ou mental.
  • Les filles protégées par l’ASE sont 13 fois plus nombreuses à avoir un enfant à 17 ans (9% contre 0,7% pour l’ensemble des jeunes du même âge).
  • Les jeunes de 17 ans placés à l’ASE sont 5 fois moins nombreux à préparer le baccalauréat que l’ensemble des jeunes du même âge (13% contre 51%).
  • Une personne sans domicile sur quatre est un ancien enfant accueilli par l’ASE. Cette proportion s’élève à 40% pour les jeunes sans domicile de moins de 25 ans.
  • Environ 30% des moins de 30 ans, utilisateurs des services d’hébergement temporaire et de restauration gratuite nés en France ou arrivés avant 18 ans ont déjà bénéficié d’une mesure de l’ASE.