Des milliers d'enfants risquent de mourir en Ethiopie et au Mozambique

Publié le 11 juin 2021

Note d'information du Palais des Nations de Genève sur la situation des enfants au Tigré, en Ethiopie, et à Cabo Delgado, au Mozambique. Ceci est un résumé de ce qui a été dit par le porte-parole d'UNICEF, James Elder, à qui toute citation peut être attribuée - lors de la conférence de presse d'aujourd'hui au Palais des Nations à Genève.

Genève, le 11 juin 2021 – « Comme vous l'avez vu et entendu, UNICEF, le PAM et la FAO sont extrêmement préoccupés par la situation dans la région du Tigré où le risque de famine est imminent, à moins que l'aide alimentaire, l'aide aux moyens de subsistance et d'autres interventions vitales ne continuent d'être renforcées, que l'accès sans entrave ne soit garanti et que les hostilités ne cessent.

Le responsable de la nutrition d'UNICEF est actuellement au Tigré et, à son départ, il fera un exposé de la situation à ce Palais mardi.

Et comme vous l'avez peut-être entendu de la part de la directrice générale d'UNICEF : Nous voyons "davantage de jeunes enfants et de bébés glisser dangereusement vers la maladie et la mort potentielle à cause de la malnutrition. UNICEF travaille avec ses partenaires pour apporter un soutien en matière de nutrition, de soins de santé et d'eau potable. Cependant, sans accès humanitaire pour intensifier notre intervention, on estime que 33 000 enfants souffrant de malnutrition sévère dans les zones actuellement inaccessibles du Tigré risquent de mourir. Le monde ne peut pas permettre que cela se produise".  

Bien que ce chiffre de 353 000 n'atteigne pas le seuil nécessaire pour déclencher une déclaration officielle de famine (20 % de la population recensée), ne jouons pas avec la terminologie quand des gens meurent.

Le plus grand nombre de personnes en insécurité alimentaire en une décennie

Juin est un mois critique, car c'est le moment où la saison de plantation des céréales se termine pour l'année. Lorsque j'étais au Tigré en mai [...], j'ai vu la dévastation des cultures et du bétail. Et nous avons tiré la sonnette d'alarme pour que les gens puissent planter maintenant afin d'avoir de la nourriture plus tard dans l'année. Cela ne s'est pas produit. Les problèmes sont nombreux, mais la sécurité de l'accès reste primordiale.

Et nous avons maintenant le plus grand nombre de personnes classées comme étant dans des conditions d'insécurité alimentaire catastrophique en une décennie (depuis la famine de 2010-11 en Somalie.) Cela risque de provoquer la mort inutile de dizaines de milliers d'enfants.

Enfin, lorsque nous pensons à la famine, nous pensons souvent à un manque de nourriture. Mais, de plus en plus, la crise ne concerne pas seulement l'insécurité alimentaire, mais aussi l'eau potable, l'assainissement et les soins de santé - en particulier la prévention et le traitement des maladies. L'eau et l'assainissement sont tout aussi importants que la nourriture pour les enfants et les familles confrontés à la famine et à l'insécurité alimentaire.

La réponse d'UNICEF :

  • UNICEF, chef de file du groupe pour la nutrition, intensifie son intervention nutritionnelle dans le Tigré dans les sept zones, en se concentrant sur le dépistage et le traitement des enfants souffrant d'émaciation sévère. Depuis février, 250 000 enfants de moins de cinq ans ont subi un dépistage de l'émaciation et plus de 7 000 d'entre eux ont été admis pour être traités.
  • UNICEF prévoit que sur les 56 000 enfants du Tigré qui auront besoin d'un traitement contre l'émaciation grave en 2021, 33 000 ne seront pas traités si l'accès sans entrave n'est pas garanti. Cela peut conduire à des niveaux extrêmement élevés de décès d'enfants de moins de cinq ans dans la situation actuelle où plus de 70 % du système de santé ne fournit plus de services. Le manque d'accès entrave aussi systématiquement les évaluations et les enquêtes visant à mieux comprendre les besoins et les déterminants de la dénutrition.
  • UNICEF a besoin de 10,7 millions de dollars US pour fournir des aliments thérapeutiques prêts à l'emploi aux enfants du Tigré et des zones voisines touchées dans les régions d'Amhara et d'Afar. Ce financement permettra également à UNICEF et à ses partenaires de fournir des médicaments de routine et d'intensifier le traitement de l'émaciation et les conseils aux mères et aux soignants sur les pratiques d'alimentation recommandées pour les nourrissons et les jeunes enfants. »

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« Permettez-moi de me tourner vers le Mozambique et Cabo Delgado.

Après l'attaque brutale qui a eu lieu à Palma en mars, quelque 2 000 enfants enregistrés n'ont aucune idée de l'endroit où se trouvent leurs parents - ou s'ils sont même en vie.

Ce qui se passe à Cabo Delgado est une crise des enfants - une urgence sur une urgence - un cocktail mortel dû aux impacts du changement climatique, du conflit et de la COVID-19.  

Les femmes et les enfants, en particulier, ont désespérément besoin du soutien de la communauté internationale - de l'eau potable à l'assainissement de base, en passant par la nutrition, l'éducation et les soins pour les blessures physiques et mentales. Et ils ont besoin de protection.

De nombreux enfants ont subi des traumatismes profonds. S'ils ne sont pas traités, ils pourraient devenir la source d'une crise longue et prolongée qui pourrait rapidement s'étendre à d'autres régions.

Une crise longue et prolongée

Les habitants d'Ibo et de Cabo Delgado se sont à peine remis de la destruction que le cyclone Kenneth a laissée sur son passage en 2019, arrachant des vies et détruisant des écoles, des maisons et des soins de santé.  

Nous entendons des témoignages de meurtres et de mutilations présumés - souvent de manière barbare destinée à semer la terreur.

Des filles et des femmes ont raconté des histoires horribles de viols et de violences sexuelles et sexistes.

De nombreux rapports non vérifiés font état de garçons enrôlés de force dans les combats et de filles enlevées pour servir d'"épouses" à des militants.

Plus d'un tiers des établissements de santé de Cabo Delgado ont été endommagés ou détruits. Dans les zones les plus touchées par les combats, aucun établissement ne fonctionne.

Plus de 220 écoles et de nombreux systèmes d'approvisionnement en eau ont été attaqués. Si cela est vérifié, cela pourrait constituer des violations graves contre les enfants.

Les attaques ciblées des groupes armés ont déplacé un tiers de la population de Cabo Delgado.

Ce qui est effrayant, c'est que nous n'avons pas une vision complète de ce qui arrive aux enfants en raison des contraintes de sécurité et d'accès.

Nous rappelons à toutes les parties à ce conflit leur obligation de permettre l'accès humanitaire et de protéger les civils, en particulier les femmes et les enfants, ce qui est une obligation fondamentale en vertu du droit humanitaire international.

UNICEF travaille avec le gouvernement et ses partenaires pour répondre à la situation. Mais les besoins sont énormes.

Au moins 33 000 enfants souffrent de formes de malnutrition potentiellement mortelles qui nécessitent des soins spécialisés ; et avec la malnutrition qui devrait augmenter d'ici la fin de l'année à Palma, Macomia et Quissanga, ce nombre va augmenter.

Plus de 300 000 enfants d'âge scolaire sont déplacés et dépendent de l'enseignement d'urgence. Comme dans le reste du pays, les écoles ont été fermées pendant une année entière à Cabo Delgado à cause de la COVID-19.

En collaboration avec les autorités nationales, provinciales et de district, et les partenaires humanitaires, UNICEF :

  • Achemine des fournitures et des services vitaux aux enfants et aux familles déplacés, y compris ceux qui ont fui Palma, et aux communautés qui les abritent.
  • Élargit et renforce le soutien psychosocial aux enfants au niveau communautaire, ainsi que les systèmes d'orientation et les services essentiels de protection de l'enfance.
  • Fournit aux enfants souffrant de malnutrition sévère (au moins 33 500) des laits et des aliments thérapeutiques spéciaux.  
  • Met en place d'un mécanisme de surveillance, de rapport et de réponse aux droits de l'enfant.

Mais les besoins dépassent les fonds disponibles. UNICEF lance un appel pour une aide humanitaire d'environ 90 millions de dollars US afin de couvrir les enfants dans le besoin dans tout le Mozambique. »

Accéder aux contenus multimedia sur le Tigré ici et sur Cabo Delgado ici.