Esraa, humanitaire de l’UNICEF : « Je dois aider mon peuple en Syrie »

Publié le 18 septembre 2015 | Modifié le 18 septembre 2015

Esraa Alkhalaf travaille pour l’UNICEF en Syrie sur des programmes de santé et de nutrition. Malgré l’insécurité et le danger permanent, Esraa reste avec beaucoup de courage pour venir en aide aux enfants de sa ville Alep. Les enfants syriens ont toujours besoin de nous…

Témoignage de Malene Kamp Jensen 

Esraa est douce et calme, avec une volonté de fer. Elle a été témoin des tirs des snipers, des combats féroces, des coupures d’électricité et d’eau, des méfaits d’un homme violent et a vu sa ville réduite en gravats. Mais Esraa reste à Alep en Syrie pour deux raisons : son dévouement aux enfants et aux femmes de la ville et son rêve d’enfant d’obtenir son diplôme de doctorat.

Esraa Alkhalaf essaie de rendre le sourire à une fillette déplacée dans le camp « Université » à Alep en Syrie, qui vit les ravages de la guerre  

Esraa Alkhalaf essaie de rendre le sourire à une fillette déplacée dans le camp « Université » à Alep en Syrie, qui vit les ravages de la guerre. ©UNICEF/Syria/Kumar Tiku

En juillet dernier, les deux rêves se sont rejoints. Esraa a obtenu son doctorat avec les honneurs et a terminé un périple qui symbolise bien la force et la persévérance de tant de femmes et d’hommes dans cette ville déchirée par la guerre.

Séparée de sa famille par le conflit syrien qui dure depuis quatre ans et demi, Esraa Alkhalaf a travaillé de longues journées au sein de l’équipe UNICEF sur place, et de longues nuits à la lueur d’une bougie pendant les coupures de courant pour finaliser ses études.

« Déjà enfant, je rêvais de devenir professeur à l’université » explique Esraa devenue Docteure Alkhalaf à 33 ans. « Mais avec la crise, j’ai pensé que je devais aider mon peuple via l’UNICEF. »
Elle a déménagé à Alep en 1998 pour aller à l’université et à l’école médicale puis a quitté la ville pendant quelques mois en 2013 pour des raisons familiales. Quand elle est revenue à Alep en octobre 2013, elle n’a pas reconnu la ville…

Alep, l’un des endroits les plus dangereux au monde

Esraa Alkhalaf avait perdu sa maison et « son » hôpital, mais elle a refusé de quitter la ville une nouvelle fois. Elle est l’une des douze collaborateurs de l’UNICEF qui sont encore présents à Alep. En étroite collaboration avec les partenaires de l’UNICEF, ils fournissent un soutien vital aux milliers de personnes qui vivent encore dans la ville.

« La vie est très différente maintenant » dit-elle. « Beaucoup de bâtiments sont détruits et il n’y a presque personne dans les rues après le coucher du soleil. Avant, Alep ne dormait pas de la nuit. Mais le plus triste, c’est de voir les gens sont fatigués et usés, tout particulièrement les enfants. »

Comme en témoigne la Docteure Alkhalaf, Alep est l’un des endroits les plus dangereux au monde, mais ses habitants comptent parmi les plus résistants. « Les enfants font la file pendant des heures par un temps extrêmement chaud pour ramener à la maison un peu d’eau » raconte-t-elle, ajoutant que les coupures d’eau peuvent durer des semaines. « Mais ils essayent de continuer à sourire. »

La situation dans tout le pays est catastrophique. Plus de 12 millions de personnes en Syrie ont besoin d’aide humanitaire. Près de la moitié d’entre eux sont des enfants. Il n’y a que 43% des hôpitaux qui fonctionnent complètement, l’accès à l’eau potable et à l’école ont baissé de moitié et le taux de malnutrition est monté en flèche. 

L’UNICEF toujours actif pour soutenir les enfants syriens

Malgré le contexte très difficile, l’UNICEF et ses partenaires :

  • ont fourni dans tout le pays en 2015 du matériel pour le traitement de l’eau à plus de 16 millions de personnes
  • ont permis à des millions d’enfants qu’ils puissent encore aller à l’école et soient vaccinés
  • ont distribué des suppléments nutritionnels

Malgré le risque d’insécurité, Esraa Alkhalaf reste à Alep. Elle utilise sa ténacité et son sens de l’humour comme moyens de survie.

L’hiver dernier, elle a dû se joindre à une longue file de gens qui évitaient les tirs des snipers en traversant un passage étroit d’une partie de la ville à l’autre. Il fallait se pencher en avant et regarder par terre, et puis littéralement courir pour sauver sa vie. Il pleuvait et la route était pleine de boue. « J’ai vu des gens qui portaient leurs bagages, leurs enfants et leur douleur » raconte la Docteur Alkhalaf.

Étant donné qu’elle se dirigeait vers une partie plus conservatrice de la ville, elle portait un voile pour couvrir ses cheveux et un long manteau rose et gris. Elle est restée figée sur place par ce qu’elle voyait. « Tout à coup, j’ai entendu un homme clairement énervé crier derrière moi : ‘Hé, la dame en rose… Oui, toi… Marie-Antoinette… Baisse la tête et avance.’ Et c’est vrai, avec mon manteau relevé pour éviter la boue, je lui ressemblais vraiment » rit-elle.

Mais son rire se change vite en humeur sombre et me passe un message venant droit du cœur : « J’ai envie de dire à toute personne qui d’une manière ou d’une autre peut aider à apporter la paix en Syrie et peut aider les enfants d’ici, s’il vous plaît, je vous en supplie, faites-le ! »

Le témoignage de Malene Kamp Jensen a été publié initialement en anglais.

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