« Le choléra n’a pas besoin de visa pour passer les frontières »

Publié le 02 octobre 2012 | Modifié le 24 juin 2015

En Afrique de l’Ouest et du Centre, notamment dans plusieurs pays du Sahel où les enfants sont déjà fragilisés par la malnutrition, une épidémie de choléra se propage… L’UNICEF renforce ses actions pour protéger et soigner les enfants et leurs familles. Interview de François Bellet, ingénieur et spécialiste « Eau - Hygiène - Assainissement » au bureau régional UNICEF Afrique Ouest et Centre.

Pourquoi craindre aujourd’hui une propagation du choléra dans cette région ?

 

La bactérie y est déjà présente depuis les années 70 et les épidémies y sont récurrentes, mais les facteurs d’aggravation sont de plus en plus présents : une urbanisation croissante des quartiers pauvres couplée à un faible niveau d’accès à l’eau potable et l’assainissement (toilettes, etc.), une souche de choléra plus virulente (la même que celle présente en Haïti en 2010), et de plus en plus de mouvements de population (dus aux conflits armés mais aussi au fait que les facilités de transport s’améliorent avec le développement économique)… La saison des pluies, dans laquelle nous sommes en ce moment, est particulièrement propice à la propagation : juste avant, pendant la saison sèche, les points d’eau sont moins nombreux, on y observe une concentration des agents pathogènes ; quand les fortes pluies et les inondations arrivent, les bactéries se dispersent, l’eau propre est moins disponible et le risque de propagation du choléra est maximum. Aujourd’hui sont concernés 15 des 24 pays que compte la région « Afrique Centre et Ouest » telle que définie par l’UNICEF, où 60 000 cas ont été rapportés, dont 1000 décès. Le choléra n’a pas besoin de visa pour passer les frontières…

 

En quoi les enfants sont-ils particulièrement vulnérables ?

 

Et bien non seulement parce que leurs organismes sont plus fragiles, mais aussi parce qu’ils risquent davantage d’être en contact avec la bactérie : en marchant à quatre pattes dans un environnement insalubre, en grignotant et mettant souvent les mains à la bouche, en jouant avec les ustensiles touchés par tous ou même le gobelet de la jarre d’eau du puits… Ceux souffrant déjà de malnutrition, comme nombre d’enfants aujourd’hui dans les pays du Sahel, sont encore plus exposés au choléra : l’état de malnutrition entraîne une déficience immunitaire, qui rend plus vulnérable aux diarrhées, qui accroissent elles-mêmes l’état de malnutrition… C’est un cercle vicieux. On peut les traiter rapidement, avec des sels de réhydratation orale, mais encore faut-il qu’ils ne soient pas ensuite à nouveau en contact avec les bactéries. On pense aux enfants vivant dans les milieux très ruraux, sans accès à un puits d’eau potable et à des sanitaires, mais ceux de milieux urbains ne sont pas moins à risque : à Conakry par exemple, la capitale de la Guinée, la vidange des fausses septiques se fait dans une décharge située en plein cœur de la ville… Imaginez lorsqu’arrive la saison des pluies le risque de contamination des enfants qui vivent dans les bidonvilles alentours !

 

Quelles actions mène l’UNICEF sur le terrain pour combattre le choléra ?

 

Nous travaillons à plusieurs niveaux, depuis le génotypage, pour localiser les épicentres des épidémies et pouvoir « suivre » la propagation, jusqu’aux actions de sensibilisation au sein des villages et des familles (gestes d’hygiène quotidienne mais aussi lors de pratiques ponctuelles collectives « à très haut risque », comme par exemple la pêche collective dans les mares d’eau stagnante, à la saison sèche) en passant par la construction de toilettes et de puits d’eau potable
Nous intervenons à la fois en situation d’urgence, pour soigner les enfants et prévenir la propagation d’une épidémie, et sur le long terme, à travers des programmes de développement. Avec une approche « intégrée », en prenant en compte tous les secteurs et en travaillant en partenariat avec les gouvernements, les communautés et des ONG locales, on observe de bons résultats. On sait aujourd’hui combattre efficacement les épidémies. Tout cela coûte cher et demande des fonds, évidemment, mais il faut savoir qu’ il est plus cher de répondre à une urgence que de la prévenir… Avec les actuelles inondations record dans la région, il faut dès maintenant agir pour éviter une année terrible en 2013.

 

Qu’est ce que le choléra ?

 

C’est une infection diarrhéique aiguë, provoquée par l’ingestion d’aliments ou d’eau contaminés par le « bacille Vibrio cholerae », et dont on peut mourir en quelques heures si l’on ne reçoit pas de traitement. On peut traiter jusqu’à 80% des cas avec les sels de réhydratation orale.

 

Inscrivez-vous

Suivez toutes les actualités de l'UNICEF

Soutenir nos actions