Les enfants qui traversent l’Europe rêvent d’une vie normale

Publié le 02 septembre 2015 | Modifié le 19 septembre 2018

Des milliers d'enfants et de familles fuient la violence au Moyen-Orient, en Asie et en Afrique. Tous ne rêvent que d’une chose : vivre en paix en Europe et aller à l'école.
Récit d’Aleksandar Lazovski, spécialiste de la protection sociale à l’UNICEF.

Quand je suis arrivé le samedi 22 août dans la ville de Gevgelija en Macédoine près de la frontière avec la Grèce, j’ai vu des gens et des enfants totalement désespérés, la peur dans les yeux. Des milliers d’enfants et de familles fuyant des zones de conflit au Moyen-Orient, en Asie et en Afrique venaient de forcer le passage d’un cordon policier pour entrer en Macédoine. La bousculade qui en a résulté les a laissés exténués et effrayés, courant vers le centre-ville.

Dans la confusion, des enfants ont été séparés de leur famille et erraient le long des voies ferrées toutes proches. Mon collègue et moi-même étions inquiets. Nous sommes partis à leur recherche pour les ramener dans un centre de protection improvisé jusqu’à ce qu’on puisse les réunir avec leurs parents ou tuteurs. Ce fut une terrible épreuve pour eux, mais heureusement, tous ont pu rejoindre leur famille.

Cependant, pour la plupart de ces enfants, cet incident n’a été qu’une épreuve de plus dans un périlleux voyage en quête de sécurité. Quelque 2 000 à 3 000 personnes, la plupart du temps par sous-groupes de 50 à 100 personnes, passent maintenant chaque jour de la Grèce à l’ancienne République yougoslave de Macédoine. Ils ont d’abord fait la périlleuse traversée de la mer Égée. Bientôt, ils continueront vers la Serbie puis vers d’autres pays de l’Union européenne. 

Après avoir voyagé pendant des jours, les jeunes enfants en particulier sont déshydratés ou fiévreux parce qu’ils ont dormi dehors. Des enfants et des adultes arrivent pieds nus parce que leurs chaussures n’ont pas tenu après autant de kilomètres de marche.
Certaines familles viennent de Syrie ou d’Irak, alors que d’autres ont fait tout le chemin depuis l’Afghanistan. Toutes ne rêvent que d’une chose : vivre en paix, libérées de la menace de la violence, du déplacement forcé et de la mort.

Mascut, 3 ans, vient de Syrie. Il joue avec une balle dans l’espace « ami des enfants » soutenu par l’UNICEF en Macédoine, près de la frontière grecque. Il a patienté pendant 6 heures en plein soleil avec sa maman et sa sœur pour pouvoir passer la frontière. Maintenant, il profite d’un peu de répit avant de continuer son voyage vers la Serbie. ©UNICEFMK/2015/TomislavGeorgiev

La plupart des enfants auxquels j’ai parlé ne veulent pas partager leur vécu de la guerre. Ils préfèrent parler de leurs espoirs pour l’avenir, dont fait toujours partie un retour à l’école. L’autre jour, j’ai observé un groupe d’enfants de différentes nationalités qui jouaient à faire semblant qu’ils étaient en classe. Malgré le fait qu’ils ne parlaient pas tous la même langue, ils se sont organisés en « professeurs » et « élèves », partageant le même rêve éveillé d’être juste des « enfants normaux ». 

Cinq jours sont passés depuis la scène chaotique à la frontière entre la Grèce et la Macédoine et les services disponibles se sont améliorés. Il y a un nouveau Centre d’Accueil des Migrants à quelque 500 mètres de la frontière et nous travaillons avec nos partenaires pour veiller à ce que les enfants et les familles qui arrivent ici bénéficient des services essentiels pour les soutenir dans la suite de leur voyage. Une seconde tente sert d’espace sûr pour les femmes et les enfants, où ils ont accès à des services de soutien.

Cependant, nous devons faire beaucoup plus pour répondre aux besoins humanitaires grandissants. Il n’y a pas assez d’abris pour recevoir le nombre de personnes passant la frontière et beaucoup d’entre eux sont obligés de s’asseoir pendant des heures dehors sous le soleil brûlant. Il y a besoin de plus d’installations sanitaires et il n’y a pas d’eau courante. J’ai vu des parents laver leurs enfants avec de l’eau en bouteille. 
Mais nous sommes ici pour aider et jour après jour, ça ira mieux. J’espère que bientôt les enfants que j’ai rencontrés auront ce qu’ils désirent le plus : une vie normale où ils pourront s’asseoir dans une vraie classe au lieu d’une classe imaginaire.

Lamar, 4 ans, a voyagé avec sa maman pendant plus de deux mois de Syrie au passage frontalier de Gevgelija. Elles sont en route pour l’Allemagne où elles espèrent rejoindre le papa de Lamar qui a réussi à atteindre l’Allemagne il y a 4 mois. Sa maman nous raconte que leur maison a été réduite en cendres et qu’ils n’ont plus rien. L’espoir de réunir leur famille et d’avoir une vie meilleure leur donne le courage de continuer. © UNICEFMK/2015/TomislavGeorgiev

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