Protéger les enfants dits « sorciers », une priorité de l’UNICEF au Bénin

Publié le 09 mai 2012 | Modifié le 31 mars 2016

Le film « Le secret de l’enfant fourmi » vient de sortir sur les écrans français. Tourné dans le nord du Bénin, le film aborde notamment la question du traitement des enfants dits « sorciers » chez certaines communautés. Or, la protection de ces enfants, considérés comme vulnérables par notre organisation, fait partie intégrante du travail de l’Unicef sur le terrain. Interview de Jean Lockenga, chef de la section protection au bureau de l’Unicef Bénin.

 

 

 

Qu’est-ce qu’un enfant « fourmi » ou un enfant dit « sorcier » ?

Dans certaines communautés, notamment dans le nord du Bénin, les enfants nés prématurément, qui se présentent à l’accouchement par les pieds ou les jambes, dont la première dent sort à la mâchoire supérieure, dont la mère meurt suite à l’accouchement ou qui ont des déformations… sont considérés comme des enfants sorciers. Par conséquent, selon les rites de ces communautés, il faut éliminer ces enfants.

 

Comment ces enfants sont-ils perçus au Bénin ?

Ils sont vus comme des « porte malheur ». La vie de certaines communautés béninoises, notamment au nord, où persistent des pratiques d’infanticide rituel, est rythmée par des croyances très fortes. Selon ces croyances, il faut « laver » la communauté de ces enfants. Ainsi, la mort de ces enfants est considérée comme une délivrance. Des personnes sont chargées de mettre un terme à leurs jours, on les appelle les « réparateurs ». Dans d’autres cas, ces enfants peuvent être abandonnés, secrètement, sur la route, pour être finalement trouvés et amenés auprès d’ONG ou de structures d’accueil. Les communautés savent bien que les infanticides rituels sont illégaux, du coup, elles cachent ce qu’elles font. D’ailleurs, on craint que les enfants recueillis ne soient que la partie visible de l’iceberg.

 

Quel rôle joue l’Unicef en matière de protection, vis-à-vis de ces enfants ?

Pour l’Unicef et le gouvernement béninois, tous les enfants ont les mêmes droits. La question des enfants dit « sorciers » est donc une grande préoccupation. En 2001 et 2011, l’Unicef a mené des études, en association avec le Ministère de la Famille pour avoir une meilleure connaissance du sujet. Mais, dans la mesure où il s’agit d’un phénomène caché, il est très difficile d’obtenir des chiffres fiables qui en indiqueraient l'ampleur.

Concrètement, le travail de l’Unicef se situe à trois niveaux. D’abord, étant donné que ces pratiques culturelles sont préjudiciables à la vie des enfants, nous nous documentons sur ces pratiques. Pour accompagner le changement, il faut les connaître davantage et lister les résultats des études pour alimenter le dialogue sur ce sujet. Nous avons appuyé un forum national avec les médias de proximité, les ONG, les chefs traditionnels et les structures étatiques pour faire évoluer les choses. Un dialogue continu est prévu avec les dépositaires de ces pratiques et les ménages pour accompagner un processus de changement.

On doit aussi promouvoir la lutte contre l’impunité au sujet de l’infanticide rituel et de l’abandon des enfants. Le gouvernement et l’Unicef travaillent au renforcement de l’arsenal juridique. Nous continuons notre plaidoyer pour que le code de l’enfant introduit auprès de l’Assemblée Nationale fasse de l’infanticide rituel un crime. D’ailleurs, de manière générale, l’Unicef renforce les capacités des ONG et des structures de l’État pour la prise en charge des enfants vulnérables, y compris ceux accusés de sorcellerie, de façon temporaire ou plus durable. Les enfants qui n’ont pas la possibilité de retourner auprès de leurs familles, restent encore longtemps dans les centres d'accueil, en attendant une solution familiale de remplacement.

Enfin, l’Unicef appuie aussi le gouvernement en matière de santé communautaire, pour encourager les femmes à accoucher dans les centres de santé où les agents de santé sont tenus au secret professionnel. Ceci pourra contribuer à un dialogue avec les communautés sur les maladies, les malformations de naissance… car c’est aussi l’ignorance des causes des maladies qui amène certaines de ces communautés à adopter ces comportements préjudiciables à l'égard des phénomènes, pourtant, médicalement explicables.

En savoir plus

Le secret de l’enfant fourmi , un film de Christine François, est sorti le mercredi 2 mai (une production Agat Film & Cie). Avec Audrez Dana et Robinson Stévenin. Voir la bande-annonce.

 

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